Pesticides, cadmium, alcool... quels sont les inconvénients du régime méditerranéen ?

Si le régime méditerranéen présente un fort potentiel pour de nombreux aspects de notre santé, encore faut-il limiter les quelques risques qu'il comporte. Décryptage.

Par Robin Couturier

Rédigé le

Alimentation équilibrée : ce qu'il faut savoir pour manger sainement

Allo Docteurs - Newen Digital

Des légumes, des fruits, du poisson et surtout… de l’huile d’olive. D’aucuns diront que le régime méditerranéen est l’un des plus savoureux, l’un des plus colorés, mais surtout l’un des plus sains. Si ces affirmations sont en partie vraies, il reste néanmoins quelques points à éclairer pour le bien de notre santé. Quels sont les pièges à éviter quand on choisit le régime méditerranéen ? Quels comportements adopter pour profiter au mieux des bienfaits de cette diète ? On fait le point.

D’abord, il faut bien le dire : oui, le régime méditerranéen présente de nombreux bienfaits pour notre santé. De nombreuses études l’ont montré, cette alimentation qui repose avant tout sur la consommation de fruits, de légumes, de poissons et d’huile d’olive, est associée à de nombreux effets positifs pour le cerveau, la tension artérielle ou encore la santé cardiovasculaire.

Un régime réservé aux riches ? 

Cela étant, sommes-nous vraiment tous égaux face au régime méditerranéen ? Si la question peut sembler étonnante, la réponse l’est au moins tout autant. En 2017, une étude publiée dans l'International Journal of Epidemiology s’est attardée sur les effets du régime méditerranéen en fonction des différents groupes sociaux économiques parmi presque 19 000 individus. À score d’adhésion similaire pour ce fameux régime, des disparités apparaissent entre les différents groupes. Concrètement, l’étude a estimé que le régime méditerranéen est associé à un risque cardiovasculaire plus faible, mais que cela n’est vrai que quand il s’agit des personnes appartenant aux groupes socio-économiques les plus favorisés.

Les chercheurs tentent d’expliquer ce phénomène par plusieurs hypothèses, dont celle-ci : les sujets de statut socio-économique plus élevé consomment des produits de qualité supérieure. Ce sont eux qui, d’après l’étude, "ont tendance à consommer davantage de légumes biologiques, qui peuvent contenir des concentrations plus élevées d'antioxydants, des concentrations plus faibles de cadmium et une incidence moindre de résidus de pesticides, (...) comparativement aux aliments issus de l'agriculture conventionnelle.”

Attention au cadmium et aux autres métaux nocifs ! 

Alors, une question se pose : le régime méditerranéen peut-il être une porte ouverte aux résidus toxiques par notre alimentation ? Une nouvelle étude publiée en 2024 dans la revue Science of The Total Environment s’est penchée sur le sujet. Les chercheurs ont ici analysé l‘exposition aux métaux essentiels et aux autres métaux nocifs de femmes enceintes qui suivaient un régime méditerranéen. Les résultats de l’étude suggèrent qu'une plus grande adhésion au régime méditerranéen chez ces femmes enceintes était associée à une plus grande exposition aux métaux essentiels mais aussi aux non essentiels. Parmi ces derniers, on trouve entre autres le cadmium, l’aluminium ou le plomb. Les chercheurs concluent par cette recommandation claire : “Il est donc important de privilégier les aliments sains, pauvres en métaux toxiques, parmi les groupes d'aliments traditionnels du régime méditerranéen.”

Faut-il intégrer le vin dans le régime méditerranéen ?

S’il est question des risques du régime méditerranéen, une ultime question subsiste : celle de l’intégration ou non de l’alcool dans son menu. Pour cause, méditerranéen rime avec bons vins… Le fait qu’un (seul) verre par jour soit bon pour notre santé est un mythe qui a la peau dure. Et quand il s’agit de le fondre dans un discours en faveur du régime méditerranéen, nombreux sont ceux qui vantent les mérites de la bouteille. Parmi ces mordus du pinard, on trouve même parfois des médecins qui affirment qu’avec modération, le vin n’est pas nocif, voire qu’il contribue aux bons effets du régime. Qu’en est-il vraiment ?

Tout d’abord, il faut dire que les études prônant les bienfaits d’une consommation d’alcool modérée et/ou occasionnelle sont largement contestées. Une méta-analyse regroupant 107 études et publiée dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs, fait le distinguo entre les travaux qualitatifs et ceux qui ne répondent pas aux critères de qualité. Ce sont ces derniers, en l’occurrence, qui attribuent un risque de mortalité significativement plus faible pour les consommateurs occasionnels d’alcool. L'analyse conclut : "les études présentant des biais de sélection sur toute la durée de vie peuvent induire des associations positives trompeuses en matière de santé. Ces biais sont fréquents en épidémiologie de l'alcool et peuvent fausser la communication sur les risques sanitaires."

Si tant est qu’il faille le rappeler, les experts de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) martèlent qu’il n’existe pas un niveau de consommation d'alcool sûr. “Quelle que soit la quantité d'alcool ingérée, le risque pour la santé du buveur est présent dès la première goutte de n’importe quelle boisson alcoolisée”, explique la docteure Carina Ferreira-Borges, conseillère régionale pour le programme Alcool et drogues illicites au Bureau régional de l’OMS pour l’Europe, dans un communiqué de l'organisation. Alors, pour la bonne tenue de son régime méditerranéen, mieux vaut éloigner le vin et le remplacer, pourquoi pas, par un grand verre de gaspacho.