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Ehpad : un médecin démissionne pour dénoncer un manque de personnel

Le Dr Marcellin Meunier, médecin coordinateur de l'Ehpad de Notre-Dame-de-Monts, a présenté sa démission mercredi 19 juin.

Rédigé le , mis à jour le

Ehpad : un médecin démissionne pour dénoncer un manque de personnel
Marcellin Meunier devant l'entrée de l'Ehpad dont il a la charge depuis 2004.

Nouveau cri d’alarme depuis l’Ehpad vendéen "Les Oyats". Dans cet établissement qui accueille 80 résidents, cela fait deux mois que le médecin coordinateur, Marcellin Meunier, dénonce un manque chronique de moyens humains. 

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Mercredi 19 juin, il a remis officiellement sa démission à la direction. "Par l’annonce de cette démission, je souhaite me désolidariser des décisions prises par la direction, qui vient d’admettre une nouvelle personne dans l’établissement alors que  les moyens sont déjà insuffisants", explique le Dr Marcellin Meunier.

 

 

"Une maltraitance insidieuse"

Cela fait deux mois qu’il dénonce publiquement, d’abord dans un message publié sur Facebook puis dans les médias, le manque de moyens humains. "Je me sens complice d’une maltraitance qui ne dit pas son nom, mais qui est quotidienne, lancinante, insidieuse", avait-t-il déclaré le 22 mai lors de sa venue sur le plateau du Magazine de la Santé

Ce médecin a la responsabilité de l’équipe soignante de l’Ehpad et y déplore un épuisement physique et moral généralisé qui entraîne des arrêts maladie à répétition. Mi-mai, une quinzaine de salariés étaient en arrêt de travail, et n’étaient pas remplacés. Un mois plus tard, certains l’ont été mais la surcharge de travail demeure. D’après une étude de l’Assurance maladie, on recense en moyenne 94,6 accidents du travail pour 1000 salariés dans le secteur de l’aide et des services à la personne, soit près du triple de la moyenne nationale.

D’où cette décision de démission du Dr Meunier. Il n’arrêtera toutefois pas du jour au lendemain d’encadrer le personnel soignant. "J’ai un préavis de trois mois. Je vais donc poursuivre mon travail durant cette période, mais j’émettrais systématiquement un avis défavorable en cas d’accueil envisagé d’un nouveau résident", précise ce gériatre. Il confie également avoir pris contact avec d'autres Ehpad en France afin de se constituer en collectif et porter des messages communs.

1,6 million d'euros proposé au vote

"Ma décision est révocable, dans le cas où davantage de moyens soient alloués pour les résidents et le personnel", précise-t-il. Marcellin Meunier demande toujours un remplacement immédiat des personnes actuellement en arrêt maladie et l’embauche de 15 à 20 personnes supplémentaires afin de retrouver un bon fonctionnement au sein de l’établissement. Cela correspond à une augmentation d’environ 25% du rapport soignants-patients, comme préconisé dans le rapport Libault publié fin mars.

Fin mai, une nouvelle directrice a été nommée dans cet Ehpad des Oyats, et le Conseil départemental de Vendée a décidé de proposer au vote, le 21 juin, une dotation exceptionnelle d'1,6 million d'euros pour l'ensemble des Ehpad du département.

Le maire de Notre Dame-de-Monts, qui préside le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) dont dépend l’établissement, estime que celui-ci "dispose des moyens normaux et nécessaires pour une telle capacité". Raoul Grondin ajoute qu’ "il est faux d’affirmer qu’il est spécifiquement en difficultés ". Contactée à plusieurs reprises, l’ARS Pays de la Loire n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Des députés préconisent de doubler le personnel

Dans un rapport d’information déposé en mars 2018 auprès de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, les députés Monique Iborra (La République en Marche) et Caroline Fiat (La France insoumise) préconisaient que l’Etat double le personnel soignant dans les Ehpad en investissant de 6 à 8 milliards d’euros dans un délai de quatre ans. Un avis qui n’a pas été suivi par la ministre Agnès Buzyn dans sa feuille de route  pour "relever le défi du viellissement à court et moyen terme" datée de mai 2018. La ministre des Solidarités et de la Santé avait annoncé le déblocage de 360 millions d’euros afin de recruter de nouveaux professionnels soignants dans les Ehpad entre 2019 et 2021.

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