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Comment communiquer avec des proches qui ont des troubles de la mémoire ?

Lorsqu'un de nos proches commence à perdre ses repères ou la mémoire, on ne sait pas toujours comment réagir et l’aider. Comment réussir à rester en relation ? Comment interpréter certaines attitudes déroutantes ? Antoine Piau, gériatre, propose des solutions.

Rédigé le , mis à jour le

Comment communiquer avec des proches qui ont des troubles de la mémoire ?

Les troubles du comportement font partie des complications fréquentes des démences, notamment dans la maladie d'Alzheimer. Il est nécessaire de comprendre pourquoi ils surviennent afin de mieux réagir et moins subir. Sinon, cela peut être dévastateur pour le patient et les aidants.  

La maladie d'Alzheimer

Dans la maladie d’Alzheimer, la personne peut souffrir d'atteintes : 

  • De la mémoire récente.
  • De savoir-faire comme s’habiller.
  • Du langage avec des difficultés à trouver ses mots.
  • De l’autonomie (par exemple faire ses comptes).  

La personne elle-même est anosognosique, elle ne sait pas qu’elle est malade, selon elle, tout va bien.  

Des troubles avec des conséquences directes sur le comportement   

Comprendre les conséquences logiques sur le quotidien :

Le trouble de la mémoire récente.
La personne n'est pas inattentive, c'est juste que sa mémoire ne fonctionne pas, les neurones qui l'hébergent sont détruits. Si cette personne vous demande 30 fois si untel vient à 18h, et bien pour elle la 30ème fois est en toute bonne foi la 1ère. Autrement dit, si vous vous énervez, elle ne va pas comprendre. La confrontation est stérile, vous devez donc répéter inlassablement et détourner son attention quand vous sentez que vous perdez patience.  

Le trouble du langage.
Au début de la maladie il s’agit surtout de difficultés à dénommer les choses, puis des difficultés à comprendre. Cela peut compliquer le quotidien.. La personne peut vous dire "passez-moi le peigne" en montrant une brosse à dent mais dans sa tête elle a bel et bien dit "brosse à dent". Ici aussi elle n’en a pas conscience et ne comprendra pas que vous ne compreniez pas, le malade c’est vous  ! À nouveau la confrontation serait contreproductive.
Sa compréhension est la bonne avec les informations dont elle dispose.

Le trouble des praxies.
Une personne est apraxique, si par exemple elle a "désappris" à faire sa toilette. Mais elle n’en a toujours pas conscience. Si vous essayez sans préambule de la déshabiller pour la savonner, vous allez être bien reçu  ! Encore une fois, sa réaction sera tout à fait rationnelle. C’est vous qui êtes un brin troublant ! 

Les troubles du comportement sont logiques, rationnels et pour partie inévitables, le comprendre permet de prendre du recul et de mieux réagir.  

Ne pas aller à la confrontation, "jouer le jeu"... quelles autres solutions  ?   

Les techniques sont pragmatiques. Un bébé crie parce qu’il ne sait pas parler et on ne règle rien en lui criant dessus, encore moins en le contenant.
Pour ces personnes, il est possible de communiquer avec le non verbal, par l'attitude, le bon sens, la déduction et par la musicalité de la voix (la prosodie). Ce vecteur de communication est très puissant et fonctionne très bien chez les patients qui ont un trouble de la communication. Démence ou pas, c’est un vecteur de communication efficace. 

Si on devait résumer quelques points clefs : 

  • Comprendre ce qu’il se passe, pour prendre du recul, ne pas se braquer et ne pas subir. 
  • Gérer sa communication non verbale (l’attitude prévaut sur les mots).
  • Fuir le conflit frontal lorsqu’il y a des incompréhensions liées au langage.
  • Faire preuve d’imagination pour détourner l’attention.
  • Ne pas être trop pressé au risque de perdre du temps.
  • Reporter les soins, ne pas imposer un cadre rigide.
  • Passer la main, communiquer, se faire aider et ne pas s’isoler.   

Que faire des calmants et des psychotropes ?

Tous ces troubles sont logiques. Autrement dit les médicaments psychotropes ne seront pas efficaces. Il faut s'adapter. Face à une personne qui refuse d'être déshabillée pour sa toilette, ce n’est pas un anxiolytique ni même un antipsychotique qui aidera. Car cette personne ne délire pas, elle réagit rationnellement à une agression de votre part qui est incompréhensible pour elle. Les médicaments sont donc uniquement utilisés dans de très rares cas sur de courtes périodes et ce n'est vraiment pas la première réaction à avoir.

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