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Contre la tuberculose, un anti-inflammatoire ?

Une molécule, connue de longue date, se révèle efficace contre la tuberculose sous toutes ses formes, même sur les souches les plus résistantes. Mais les essais cliniques s'annoncent difficiles à mettre en place.

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Contre la tuberculose, un anti-inflammatoire ?
Contre la tuberculose, un anti-inflammatoire ?

Un anti-inflammatoire bon marché pourrait être le remède miracle à la tuberculose, la maladie infectieuse la plus répandue dans le monde, dont de nouvelles souches multi-résistantes continuent de tuer près de 2 millions de personnes. D'après une étude menée par des chercheurs du Weill Cornell Medical College, à New York aux Etats-Unis, et publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, la molécule oxyphenbutazone serait efficace pour tuer toutes les formes, même "dormantes", du bacille de la tuberculose.

Une molécule commercialisée dans les années 50

L'oxyphenbutazone est connue depuis longtemps : commercialisée dans les années 1950 sous le nom de Tandearil, il s'agissait d'un anti-inflammatoire efficace pour les douleurs liées à l'arthrite. Le médicament est tombé dans l'oubli dans les années 1970, perdant même son brevet, en raison de doutes sur sa toxicité.

D'après le chercheur Dr Carl Nathan, auteur de la présente étude, cette toxicité serait finalement préférable à la plupart des effets secondaires liés aux actuels traitements anti-tuberculeux. "Quand la forme de la tuberculose devient résistante au traitement, on donne en général des médicaments de second choix, souvent toxiques et chers, qu'il est difficile d'utiliser dans les pays en voie de développement", explique-t-il.

Pour trouver quel était le traitement le plus efficace contre les formes les plus résistantes de la tuberculose, les chercheurs ont d'abord identifié les conditions dans lesquelles la bactérie pouvait être attaquée : faible taux d'oxygène, acidité, etc.

Ils ont reconstitué ces conditions dans un tube. En y testant 5 600 médicaments, ils ont constaté que l'oxyphenbutazone pouvait tuer la bactérie. La tuberculose étant en général traitée par antibiotiques, il est étonnant qu'un anti-inflammatoire soit aussi efficace. "Mais tout médicament peut avoir plusieurs effets, cela dépend des récepteurs sur lesquels il agit - il est donc tout à fait probable que cette molécule puisse avoir une efficacité sur une bactérie", explique le Pr. Bertrand Dautzenberg, pneumologue à l'hôpital de la Pitié-Sâlpétrière.

Des essais cliniques impossibles ?

Mais il ne suffit pas d'avoir déterminé l'efficacité de la molécule, encore faut-il maintenant la tester sur l'être humain dans le cadre d'une action contre la tuberculose.

Or, dans le processus précédant une autorisation de mise sur le marché, la FDA (Food and Drug Administration - l'équivalent de notre ANSM, l'Agence nationale de sécurité du médicament) impose que toute molécule fasse d'abord l'objet d'essais cliniques sur des animaux.

C'est là que ça se corse. Il s'avère en effet impossible de tester l'oxyphenbutazone sur des souris, dans la mesure où l'animal métabolise beaucoup trop vite le médicament, bien plus vite que l'être humain.

Pour le Dr Nathan, puisque l'oxyphenbutazone a déjà été utilisée et commercialisée pour d'autres usages, et que ses effets sont connus, l'obligation du test sur les animaux pourrait être levée par les autorités concernées.

Reste la question cruciale du financement des études - ce financement vient en général des industries pharmaceutiques, qui espèrent un retour sur investissement si la molécule objet des recherches donne lieu à des profits ultérieurs. Or, en l'occurrence, l'oxyphenbutazone est depuis les années 1970 tombée dans le domaine public, et vendue sans ordonnance.

"Il est difficile aujourd'hui de lancer des essais cliniques sur un médicament aussi daté, l'oxyphenbutazone étant désormais essentiellement utilisée par les vétérinaires", s'inquiète le Dr Nathan. "Aucune entreprise pharmaceutique ne va payer pour des études, s'il n'y a pas de profit à en tirer."

Source : "Pain Drug Can Kill Resistant Tuberculosis", Weill Cornell Medical College, 10 septembre 2012.

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