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Cancer de la prostate : pas de valeur ajoutée pour les robots chirurgicaux

En 2011, 39 hôpitaux possédaient un robot chirurgical pour l’ablation de la prostate. Quatre ans plus tard, ils sont plus du double ! Fin 2016, la Haute Autorité de la Santé (HAS) a rendu un avis favorable pour le remboursement de cette opération. Mais, selon la HAS, le traitement du cancer de la prostate par robot chirurgical n’a pas de valeur ajoutée par rapport aux techniques déjà existantes. 

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Cancer de la prostate : pas de valeur ajoutée pour les robots chirurgicaux

Le robot a quatre bras : trois servent à opérer et le quatrième est muni d’une minuscule caméra endoscopique. Cet outil permet au chirurgien de travailler à distance. Assis à une console dans un coin du bloc opératoire, il voit le champ opératoire en trois dimensions et peut commencer l’ablation de la prostate. Chaque semaine, le Dr Eric Barret pratique cinq opérations avec ce robot. "Vous voyez qu’on a l’œil complètement sur la prostate. On manipule des instruments dont la finesse nous permet d’avoir des gestes plus précis", explique-t-il.

Selon ce chirurgien urologue, cette technologie bénéficie aussi aux patients : "On utilise simplement des petites incisons, donc avec un traumatisme de la paroi abdominale qui va être moindre. Pour le patient, on a une récupération qui va être derrière plus rapide. Ce qui nous permet de faire sortir les gens un ou deux jours après leur chirurgie dans des conditions tout à fait acceptables."

Aucune étude fiable sur les avantages du robot chirurgical

Malgré une utilisation croissante de ces robots chirurgicaux, actuellement, aucune étude fiable ne montre les avantages de cette pratique pour les patients par rapport à une chirurgie ouverte ou à une coelioscopie conventionnelle. Un manque d’études fiables, souligné par la Haute Autorité de santé. Mais la HAS s’est tout de même prononcée en faveur du remboursement de cette chirurgie, qui a représenté, en 2015, 40% des ablations de la prostate.

Le Pr Jacques Belghiti, en charge du dossier à la HAS, explique cette décision favorable : "Alors que la chirurgie par robot assistée existe depuis quinze ans, il y a avait très peu d’études réalisées. Ces études étaient essentiellement sous la dépendance de l’industrie qui fabrique le robot en situation de monopole. Elle n’avait pas du tout intérêt à faire des études comparatives. Avec le remboursement, on pense avoir les moyens de pousser à faire ces études."

Des robots vendus plus d'1,5 million d'euros

L'enjeu est aussi d'inventer un robot moins coûteux. L'entreprise, qui fabrique aujourd’hui ces machines, est en situation de monopole. Selon les modèles, les prix peuvent atteindre 1,5 million d’euros. Une somme qui pourrait conduire certains praticiens à proposer des opérations inutiles. "Quand vous avez convaincu au prix d’efforts importants, votre direction de l’achat d’un robot qui est un investissement important, forcément vous êtes tentés d’utiliser le robot même pour des indications abusives", explique le Pr Mickaël Peyromaure, urologue.

Une prostatectomie par robot est un surcoût pour l’hôpital de 2.000 euros en moyenne. Au coût de l’appareil s’ajoutent aussi des coûts de maintenance. Le remboursement de l’opération pourrait encore augmenter le nombre d’établissements équipés.

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