Lait maternel : un appel urgent au don

Les dons de lait maternel, indispensable à la survie des grands prématurés, sont en forte diminution en France depuis quelques semaines. Reportage.

Camille Leclercq
Rédigé le , mis à jour le
Les dons de lait maternel en baisse  —  Magazine de la Santé

Il existe un geste aussi altruiste que le don de sang mais bien moins connu, le don de lait maternel. Les lactariums alertent sur la pénurie, leurs réserves sont presque vides.

"Je suis en train de tirer mon lait pour ma fille quand elle est en garde. Je le fais pour ma fille la semaine et les vendredis, samedis et dimanches, où elle n'est pas gardée, je tire pour le lactarium", explique Perrine Kossmann.

Un don généreux et altruiste

Le lactarium est l’établissement à qui elle donne son excédent de lait. Le matériel lui est fourni, quelques règles d’hygiène sont à respecter mais rien de très compliqué pour cette maman. Elle s’est lancée il y a quatre mois et justement aujourd’hui, le collecteur est de passage. 

Direction le congélateur, dans lequel Perrine conserve un litre et demi du précieux liquide. 

"Bravo Madame Kossmann… 2 millilitres pour un repas, à raison d’1 litre 5, ça fait au moins 750 repas pour les nouveaux-nés donc félicitations…", se réjouit Hervé.

De l’or blanc coule dans ce biberon, c'est le lait de Perrine, maman d’une petite fille de 15 mois. Il lui a fallu deux mois pour recueillir cette quantité. C'est une démarche altruiste, évidente, pour la maman. 

"C’est un don qui me tenait à cœur pour les bébés qui n’ont pas la chance de pouvoir avoir du lait maternel directement de leur mère…", explique Perrine.

Avant d’être redistribué aux nourrissons les plus vulnérables, le lait de Perrine prend la direction du lactarium de l’hôpital Necker. En ce moment, la denrée se fait rare. Il y est traité 40 litres de lait par jour, un tiers de moins que d’habitude.  

Des stocks qui se vident

"Parfois dans l’année, on a des moments de creux comme ça, deux fois par an. Normalement à cette époque là on voit une remontée dans les dons et cette année on ne voit pas les remontées, on s’affole un petit peu", explique Laurence Marini, technicienne biologiste au lactarium de l'hôpital Necker.

Les stocks se vident et peinent à se remplir. Cette pénurie risque de perturber les soins dans les services de néonatalogie. Pour les bébés de moins de 32 semaines et 1.500 grammes, le lait maternel attribué sur prescription médicale est irremplaçable.

"Le lait de femme est considéré comme un médicament parce qu'il prévient certaines complications spécifiques de la prématurité. Si les bébés sont nourris avec du lait artificiel, ils vont avoir des complications infectieuses, des complications digestives, leur hospitalisation va être prolongée. Du coup la pénurie est alarmante parce qu'on risque d’être en difficulté pour nourrir ceux pour lesquels c’est vital", alerte le Dr Virginie Rigourd, pédiatre et responsable du lactarium à l'hôpital Necker-Enfants Malades AP-HP.

19 lactariums en France

La petite Clémence a bénéficié de ce médicament naturel pendant ces dix premiers jours de vie. C'est un acte solidaire salué par sa maman.

"Les femmes qui font un don de lait, c’est un geste très généreux à un moment de sa vie où c’est compliqué d’être disponible pour penser à autre chose que son propre enfant donc je les remercie profondément", confie Cécile Santoul.

Le don de lait est possible pour la plupart des femmes allaitantes. Il suffit de se rapprocher d’un lactarium. On en compte 19 en France métropolitaine. 

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