On vous dit tout sur le don de sang rare, qui concerne un million de Français !

L'Etablissement français du sang a lancé un vaste appel au don de sang rare. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Explications.

Mathis Thomas
Rédigé le , mis à jour le
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Du sang rare coule peut-être dans vos veines ? La semaine dernière, à l'occasion d'une campagne de don, l'Etablissement français du sang (EFS) appelait les personnes ayant un sang rare à se mobiliser. 

Mais de quoi parle t-on quand on parle de sang rare ? Et pourquoi est-il si “rare” finalement ? Pour le professeur Jacques Chiaroni, directeur de l’EFS PACA-Corse et spécialiste de l’immuno-hématologie géographique, la présence de sang rare dans la population française demeure encore trop méconnue. “Les sangs dits classiques, connus de tous comme les groupes A, B, O ou AB, représentent 98% de la population française. Mais parmi les 2% restants, on retrouve 380 autres groupes, dont 250 sont considérés comme rares.” 

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Peu de transfusions compatibles

Pour faire partie de ce club restreint, “il faut que le groupe sanguin soit présent chez moins de 0,4% de la population”, précise le professeur Chiaroni. “Chaque sang rare est caractérisé par une nomenclature, comme le VeL négatif, ou le U négatif par exemple, qui peut-être inscrite sur la carte de donneur.” Cela permet de faciliter les recherches de donneurs compatibles. “Chaque population a son cortège de sang rare, et certaines en ont largement plus que d’autres", poursuit Jacques Chiaroni. "C’est notamment le cas des populations d’ancestralité africaine.”

C’est cette catégorie de population que vise particulièrement la première campagne de dons organisée par l’EFS. 

“Le don de sang est statistiquement moins fréquent chez les populations d’origine africaine et antillaise. Ce qui entraîne des difficultés pour les malades porteurs d’un sang rare pour trouver une transfusion compatible.” - Pr. Jacques Chiaroni, directeur de l’EFS PACA-Corse

D’autant plus que le gène porteur de sang rare se perd avec la métissage. “Pour avoir du sang rare, il faut avoir deux parents d’ancestralité africaine, complète-t-il. Si un enfant est issu d’un métissage, il bénéficiera d’un groupe sanguin classique, ce qui a tendance à faire baisser le taux de présence de sang rare, en France notamment.” 

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Mobiliser et lutter contre les idées-reçues

Pour répondre à la demande continue, les poches de sangs rares ne suivent pas un parcours classique. “Les poches de sang classique sont conservées au maximum 42 jours avant d’être utilisées. Ici, on parle d’une conservation de plus de 30 ans, dans un gigantesque frigo situé à Créteil (Val-de-Marne)”, détaille le Pr. Chiaroni. 

Même avec cette réserve, les 300 à 500 poches par an nécessaires pour transfuser les patients amenuisent le stock disponible. Le directeur de l’EFS PACA-Corse sait que la tâche peut parfois être ardue. 

“Il faut convaincre des populations qui n’ont pas toutes la même symbolique du sang."

"Par exemple, dans la communauté comorienne, le don de sang dans des établissements spécialisés reste rare. La religion musulmane tient une place importante et certains pensent que le Coran les empêche de donner leur sang. Nous avons travaillé avec le grand mufti de Marseille pour faire comprendre que le don de sang n’est pas interdit, et pourrait même être encouragé dans les écrits.” 

Quand toutes les informations sont entre leurs mains, les personnes n’hésitent plus à venir donner”, se félicite le professeur Chiaroni. “On estime entre 700 000 et 1 million le nombre de personnes possédant un sang rare”, poursuit-il. “Il est crucial de faire connaître cette problématique pour sauver des vies.”