Hausse des cas de chikungunya, dengue, West Nile virus... faut-il vraiment s'inquiéter ?

Ces maladies tropicales transmises par les moustiques remontent jusqu'en Europe et le nombre de cas recensés chaque année augmente en France. En première cause de ce fléau : le réchauffement climatique.

Par Robin Couturier

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Comment reconnaître un moustique tigre et que faire en cas de piqûre ?

Allodocteurs.fr - Studio TF1

Dengue, chikungunya, Zika, West Nile virus… On croyait ces maladies transmises par les moustiques confinées dans les régions les plus tropicales du monde. Et pourtant, elles sont bien présentes en France. Le phénomène inquiète à tel point que ces maladies, dites arboviroses, font l’objet d’une surveillance renforcée. Entre le 1er mai et le 30 novembre, période d’activité des espèces de moustiques vecteurs, Santé publique France publie chaque semaine un rapport recensant tout nouveau cas importé ou autochtone de ces maladies tropicales au potentiel épidémique. Doit-on s’inquiéter ? Comment se protéger de ces arboviroses ? On fait le point.

Regardons d'abord du côté des trois arboviroses transmises par le moustique tigre. Au 30 août, jour des dernières mesures prises par Santé publique France, la situation était la suivante : 46 cas autochtones, c'est-à-dire survenus sur le territoire hexagonal, de chikungunya ont été relevés en Occitanie, en Nouvelle-Aquitaine et en Île-de-France. Concernant la dengue, le nombre de cas autochtones est de six cas, répartis entre l’Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine et la région PACA. Aucun cas autochtone n'est à déplorer à ce jour en 2026 pour Zika.
Des statistiques qui restent bien en deçà du nombre de cas importés – 126 cas de chikungunya, 353 cas de dengue et 11 de Zika, quand  – mais qui traduisent tout de même une activité du moustique tigre à l'intérieur de l’Hexagone.

La France "colonisée" par le moustique tigre

Pour cause, depuis plus de 20 ans, les départements français font l'objet d’une véritable colonisation par le moustique tigre (Aedes albopictus). En 2004, l’insecte n’était implanté que dans les Alpes-Maritimes. Le dernier recensement, réalisé en 2025, établit que sur les 96 départements français, "81 départements sont colonisés par le moustique vecteur".

Propagation du moutique tigre en France entre 2004 et 2025

Propagation du moutique tigre en France entre 2004 et 2025

Santé publique France

Comment expliquer une telle évolution ? Sur ce point, c’est notamment l’Institut de recherche et développement (IRD), organisme de recherche public, qui nous éclaire. L’IRD est formel, c’est bien le réchauffement climatique qui "accélère la propagation du moustique tigre partout en Europe". D’après l’institut, les températures plus élevées qui nous rapprochent des climats tropicaux "augmentent la fertilité et l’espérance de vie (des moustiques tigres), et accélèrent le développement des larves". Si d’autres facteurs rentrent en compte dans la propagation de l’insecte, l’IRD rapporte que "plus de 99 % des changements à venir dans l’aire de répartition du moustique et dans le risque de transmission seront attribuables au changement climatique".

Aujourd’hui, en France, le moustique tigre a colonisé, en général, moins de 40 % des communes des départements concernés. Un chiffre qui pourrait exploser selon l’IRD. D’après les prévisions de l’organisme quant à un futur proche, "le moustique tigre et la dengue devraient s’étendre partout sur l’Hexagone d’ici 50 ans sous l’effet du réchauffement climatique, sauf dans les zones de montagnes". Alors, "le risque de transmission autochtone de dengue pourrait concerner 71 à 95 % du territoire".

L'infection au West Nile virus, une maladie transmise par le moustique commun

Cela dit, le moustique tigre n’est pas le seul à inquiéter. Une autre arbovirose inquiète les autorités. Toujours d’après les rapports de Santé publique France, au 30 août 2026, 39 cas autochtones d'infection au virus West Nile (ou virus du Nil occidental) ont été rapportés. Cette affection d’origine ougandaise et qui s'intensifie en Europe possède une particularité par rapport aux autres arboviroses précédemment citées : elle est transmise par les moustiques communs, du genre Culex, présents partout sur le territoire, lorsqu'ils sont eux-mêmes contaminés par des oiseaux migrateurs infectés.

Cette année, le West Nile virus fait l’objet d’une attention toute particulière, puisque l’agence nationale déplore qu’"en 2026, (sa) circulation est particulièrement intense et les premiers cas ont été recensés de manière plus précoce que les années précédentes". Cette infection est généralement sans symptôme, mais elle peut provoquer un état grippal dans environ un cas sur cinq et, dans moins de 1% des cas, peut entraîner de graves complications neurologiques. Ces complications peuvent être mortelles : cinq décès sont ainsi survenus en août 2026 en Macédoine du Nord et un aux Pays-Bas, rapporte l'AFP.

Comme pour la dengue et le chikungunya, les conditions climatiques pourraient expliquer cette situation. En effet, le virus du Nil occidental "avance progressivement vers le nord de l’Europe sous l’effet de l’évolution des zones humides, des déplacements d'oiseaux migrateurs, des modifications environnementales favorisant la prolifération des moustiques vecteurs, du réchauffement climatique dans les zones septentrionales", liste l'Agence Régionale de Santé (ARS) d'Île-de-France.

Comment limiter la propagation de ces maladies ?

Si la cause climatique présente la perspective d’une prochaine explosion des arboviroses comme une fatalité, Santé publique France préconise tout de même une poignée de mesures pour limiter au mieux la prolifération des moustiques et la propagation des maladies qu'ils sont susceptibles de transmettre.

  • "la suppression des eaux stagnantes (pots, bâches, gouttières, etc.) permet de limiter le développement des larves de moustique  ;
  •  pour éviter les piqûres, il est conseillé d’adopter des gestes simples : porter des vêtements couvrants, utiliser des répulsifs et installer des moustiquaires (notamment sur les poussettes, sur les fenêtres et les portes)."

Quant aux personnes qui prévoient de voyager dans des régions où frappent les épidémies d’arboviroses, il est nécessaire de se renseigner et de se protéger au mieux des piqûres. L’enjeu est de limiter au maximum les risques de propager le virus une fois rentré sur le territoire.