Cinq décès liés à une infection par une bactérie mangeuse de chair : faut-il s'inquiéter ?
Cinq personnes ont perdu la vie à cause du Vibrio vulnificus aux Etats-Unis. Un problème qui pourrait s'accentuer au fur et à mesure que les océans se réchauffent.
Par Robin Couturier
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Les maladies infectieuses peuvent être causées par des bactéries, des virus, des champignons ou des parasites
Allodocteurs - Newen France
Les autorités sanitaires de l'État de Louisiane, au sud-est des États-Unis, sont en état d’alerte. Le 6 août dernier, le département de la santé local signalait que neuf cas d'infections graves au Vibrio vulnificus avaient été recensés depuis le début de l’année. Vibrio vulnificus est une bactérie mangeuse de chair particulièrement agressive, présente dans les eaux côtières chaudes. Bilan : les neuf victimes ont été hospitalisées et cinq d’entre elles ont perdu la vie.
Les infections aux bactéries du genre Vibrio, aussi appelées vibrioses, peuvent advenir dans deux cas de figure : le contact entre une plaie ouverte et de l’eau contaminée, ou l’ingestion de fruits de mer infectés. Dans le cas louisianais, "les neuf cas signalés cette année étaient tous liés à des plaies exposées à l'eau de mer, et tous les patients présentaient des problèmes de santé sous-jacents", précise le département de santé de Louisiane.
Un problème lié au changement climatique
D’après les informations du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), une hausse du nombre des cas pendant l’été n’a rien d’étonnant. “La vibriose est principalement observée dans les régions côtières et tend à se manifester plus fréquemment durant les mois les plus chauds, lorsque la température de la mer est plus élevée”, nous indique l’organisation. De surcroît, le nombre de cas recensés devrait augmenter dans les années à venir, puisque l’ECDC précise que “l'augmentation des températures liée aux changements climatiques favorise la prolifération des vibrions”.
Aux États-Unis, et concernant le cas du Vibrio vulnificus, la dynamique est déjà bien lancée. Un article, paru dans la revue Nature en 2023, rapportait qu’entre 1988 et 2018, le nombre d’infections de plaies par Vibrio vulnificus a été multiplié par huit, en passant de 10 à 80 cas par an. Le même article estime qu’entre 2041 et 2060, le nombre d’infections pourrait encore doubler.
Du Vibrio en Europe ?
Alors, ce phénomène présente-t-il un risque pour la France ? Le fait est que les infections au Vibrio vulnificus restent encore rarissimes dans le pays. Dans son rapport d’activité de 2024, l’Institut Pasteur ne recensait que trois cas, toutefois tous sévères, dont un mortel. En comparaison, les infections liées aux autres espèces de Vibrio, moins graves, s’élevaient à 180. La grande majorité avait entraîné des gastro-entérites.
Cela étant, à l’instar de l’est américain, le problème pourrait prendre de l’ampleur y compris sur les côtes européennes. D’après le rapport 2023 du Lancet Countdown, depuis 1982, la longueur du littoral propice à la transmission d’infection par Vibrio a augmenté de 329 km par an. Par ailleurs les mers européennes sont particulièrement propices à la propagation de la bactérie, puisque de plus en plus chaudes. Le site de l’Union Européenne Climate Adapt le déplore : "La hausse des températures à la surface de la mer a conduit à ce qu'un pourcentage plus élevé du littoral européen soit adapté aux Vibrio spp. pathogènes, augmentant ainsi le risque de transmission de maladies.”
Comment se protéger de la bactérie mangeuse de chair ?
Pour prévenir ce type de transmissions, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a publié une carte évolutive indiquant l’"indice de compatibilité des vibrions".
L’ECDC fournit en supplément des recommandations pour limiter les risques liés à l’infection : entre autres, évitez d'entrer dans l'eau si vous avez des coupures ou des plaies ouvertes, couvrez toute plaie avec un pansement imperméable avant de nager. Nettoyez et désinfectez toutes les plaies qui ont été en contact avec de l'eau de mer ou des fruits de mer crus.