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Déficit en vitamine B9 (acide folique) : les descendants trinquent

Des travaux réalisés sur la souris démontrent qu'un déficit en vitamine B9 (acide folique) durant la grossesse est susceptible d'affecter le développement physiologique des individus sur plusieurs générations. Cette découverte, réalisée par une équipe anglo-canadienne, a fait l'objet d'une publication, le 26 septembre 2013, dans la prestigieuse revue Cell.

Rédigé le , mis à jour le

Déficit en vitamine B9 (acide folique) : les descendants trinquent
Déficit en vitamine B9 (acide folique) : les descendants trinquent

Des malformations cérébrales, cardiaques et utérines chez l'enfant comptent parmi les conséquences fréquentes d'un déficit en acide folique (vitamine B9) durant la grossesse. Cependant, les nombreux processus au travers desquels cette vitamine B9 interagit avec l'organisme sont encore largement méconnus.

Des malformations de génération en génération

La présence d'acide folique initie de multiples cascades d'évènements au niveau moléculaire. Des chercheurs de l'Université de Calgary (Canada) ont cherché à court-circuiter l'une de ces séries d'évènements en réduisant la production d'un des maillons de la chaîne (par altération, chez des souris femelles, du gène codant pour ce "maillon").

Les malformations symptomatiques d'un déficit en vitamine B9 étant apparues chez les souriceaux nés des porteuses de cette mutation, qu'ils soient ou non eux-mêmes porteurs de cette mutation. La chaîne d'événements sur laquelle les scientifiques étaient intervenus se révélait donc impliquée dans le processus de développement de l'embryon.

Plutôt que de disséquer toutes les souris non porteuses de la mutation présentant des malformations, les chercheurs leur ont donné l’opportunité d’avoir une descendance.

A leur plus grande stupeur, la nouvelle génération présentait elle aussi des malformations typiques d'une carence en vitamine B9... alors même que les parents n'étaient pas porteurs de la modification génétique empêchant la production du fameux "maillon".

"Épigénétique", pas génétique !

Pour comprendre ce phénomène, il faut savoir que les gènes d’un individu ne s’expriment pas tous simultanément. Leur activité est notamment régulée par de petites molécules (les groupements méthyles) qui interagissent avec les histones (les protéines autour desquelles s’enroulent l’ADN). De façon schématique, la présence de ces groupements méthyles empêche le déroulement de l'ADN, interdisant donc la transcription des gènes.

Or, l’une des chaînes d’évènements initiée par la présence de vitamine B9 aboutit précisément à la production de ces groupements méthyles. En d’autres termes : lorsque la vitamine B9 vient à manquer (ou, comme dans l’expérience anglo-canadienne, lorsque sa présence est sans effet), l’ensemble du processus régulant l’expression des gènes est bouleversée. Rien n’empêchant le déroulement de l’ADN, ceux-ci risquent fort d’être transcrits à tort et à travers. L’information génétique portée par l’ADN peut donc être intacte, un nombre anormalement élevé ou anormalement bas de facteurs de transcription peut très fortement influer sur l’expression des gènes. Le problème n’est pas d’ordre génétique mais, selon la formule consacrée, épigénétique.

Selon toute vraisemblance, les malformations provoquées par le déficit en B9 provoqueraient une production réduite de groupements méthyles, engendrant à leur tour de nouvelles malformations caractéristiques. Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont implanté les ovules fécondés de souris de première génération dans l'utérus de souris témoins. Le taux de malformation dans la génération suivante s’est avéré très faible... Faible, mais pas nul ! Il apparaît donc qu’une faible méthylation de l’ADN contenu dans l’ovule suffit à entraîner ces symptômes.

Les chercheurs anglo-canadiens ont pu observer des conséquences physiologiques du déficit initial en vitamine B9 sur cinq générations de souris. Compte-tenu d'une longévité et d'un temps de gestation supérieurs chez l'homme, les chercheurs estiment que cette "instabilité épigénétique trans-générationnelle" serait moins marquée chez l’homme, et toucherait nécessairement "un plus faible nombre de générations".

Source : Mutation in Folate Metabolism Causes Epigenetic Instability and Transgenerational Effects on Development, N. Padmanabhan, E. Watson et coll. Cell 2013 doi: 10.1016/j.cell.2013.09.002

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