Contamination au cadmium : êtes-vous concernés par le dépistage ?

Le dépistage au cadmium en laboratoire devrait être remboursé à partir de cet été. Mais il ne concernera pas l'ensemble de la population française.

Julie Zulian

Par Julie Zulian

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La pollution peut avoir de graves conséquences sur notre santé

Le dépistage du cadmium, un métal lourd et toxique, naturellement présent dans l'environnement, devrait être remboursé d'ici cet été, a indiqué le gouvernement à nos confrères du MondeMais il ne concernera pas toute la population.

Les représentants des laboratoires de biologie médicale et de l'Assurance maladie sont parvenus à un accord début avril. Le prix de ce test, qui consiste en une prise de sang ou un prélèvement urinaire, est fixé à un tarif de 27,50 euros.

Il sera pris en charge à 60% par l'Assurance maladie, à 40% par les complémentaires santé et devra être prescrit par un médecin. Jusqu'ici, cette prise en charge n'existait qu'en milieu hospitalier.

Qui sera concerné par le dépistage ? 

Ce dépistage ne s'adressera qu'aux "personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence", d'après le document signé par l'Assurance maladie et les syndicats de biologie médicale.

Les salariés de l’industrie au contact avec le cadmium dans le cadre de leur travail seront aussi concernées par le remboursement, ajoute l'association Que Choisir.

Le ministère de la Santé s'est défendu au Monde de ce choix d'un "dépistage ciblé". Il répond à un avis de la Haute Autorité de Santé (HAS) émis en 2024, recommandant un dépistage des personnes "potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence" lorsque les sols sont contaminés au delà d'un certain seuil.

Les sites où les teneurs en cadmium dans les sols font partie des plus élevées sont identifiés d'après une carte établie en 2011 par le Groupement d'intérêt scientifique (GIS) sur les sols. La carte indique des zones rouges où figurent notamment le Jura, la Charente-Maritime, les Hauts-de-France ou le sud du Massif central.

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Une carte Gis Sol indique les zones les plus exposées au cadmium parmi lesquelles figurent le Jura, la Charente, le Nord, le sud du Massif central... © Gis Sol

Mais ces relevés remontent à 2011. La cartographie de l’exposition a ainsi pu évoluer en quinze ans. De plus, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) indique que la première source d'exposition au cadmium vient de notre alimentation. 

Ce métal lourd se retrouve en effet dans nos assiettes, principalement dans les pommes de terre, le chocolat, les céréales, le riz, les biscuits salés ou sucrés, les pâtisseries ou les viennoiseries.

Et"il faut entre dix et trente ans pour éliminer la moitié de la teneur en cadmium absorbée par notre organisme", rappelait la toxicologue Géraldine Carne, coordinatrice de l'expertise de l'Anses sur le cadmium au sein de l'unité de l'évaluation des risques liés aux aliments, sur le plateau du Mag de la Santé.

À quels problèmes de santé expose le cadmium ? 

Le cadmium est naturellement présent dans les roches à partir desquelles se forment les sols. Mais les activités humaines contribuent à augmenter sa présence dans les sols. C'est notamment le cas avec l'usage d'engrais minéraux phosphatés, qui constituent une source d’apport en cadmium dans les sols agricoles. 

L'étude publiée par l'Anses sur le cadmium en mars dernier révèle que près de la moitié de la population adulte française (47,6%) dépasse les valeurs de référence. Et c'est le cas de près d'un enfant sur cinq, ce qui représente des risques pour la santé.

En cas d’exposition prolongée, le cadmium peut entraîner des problèmes rénaux et des risques pour les tissus osseux. Depuis 2012, le cadmium est reconnu comme un "cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel. Il est aussi suspecté d’induire d’autres cancers (pancréas, vessie, prostate et sein)", indique l'Anses.

Il est ainsi suspecté d’augmenter les risques de cancer du pancréas dont les chiffres ont augmenté ces dernières années, avec 16 000 nouveaux cas diagnostiqués en France en 2023, d'après la Fondation pour la recherche médicale (FRM).

Mais pour l'heure, le dépistage du cadmium ne permet pas de juger de l'évolution de l'état de santé de la personne testée ni des risques individuels encourus. Et à ce jour, aucun traitement de désintoxication au cadmium n'existe.