Japon : des cellules souches au secours des ouvriers de Fukushima

Japon : des cellules souches au secours des ouvriers de Fukushima

Des cancérologues japonais ont proposé de stocker les cellules souches du sang des ouvriers travaillant dans la centrale de Fukushima. Cette technique a pour but de régénérer le sang des patients dont les tumeurs sont éliminées par radiothérapie. Dans le cas des ouvriers japonais, cette technique n'aurait qu'une efficacité très partielle.

Marie Chagneau
Rédigé le

Un groupe de cancérologues japonais a lancé un appel pour que l'on stocke les cellules souches du sang des ouvriers travaillant dans la centrale nucléaire accidentée de Fukushima par mesure de précaution en cas d'exposition à des niveaux mortels de radiation.

Des centaines d'ouvriers tentent depuis le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 d'éviter une catastrophe nucléaire dans le nord-est du japon. Ils essaient d'extraire des eaux irradiées du site et de remettre en marche le système de refroidissement des 3 réacteurs accidentés.

"La fermeture complète de ces réacteurs va prendre des années, expliquent les médecins japonais, le risque d'une exposition accidentelle aux radiations s'accroit ainsi pour les ouvriers et le stockage des cellules de leur sang sera d'autant plus important".

La technique consiste à prélever des cellules souches de sang qui circule dans le corps humain, à éliminer les tumeurs par radiothérapie, puis à transplanter les cellules souches prélevées préalablement pour favoriser la production de nouvelles cellules chez les patients.

Selon le professeur Gilles Freyer, cancérologue au CHU de Lyon, la technique proposée par ses confrères japonais n'aurait qu'une "efficacité très partielle" pour éviter les cancers des ouvriers japonais. "Il est peu probable que leurs cellules souches soit encore saines. Il est déjà trop tard. Et même si elles l'étaient, le prélèvement des cellules souches n'est pas une panacée. Il peut résoudre le problème de la radiation des cellules du sang : les ouvriers auraient de nouveaux globules, et on leur éviterait ainsi de mourir précocement d'anémies sévères. Mais ce prélèvement de cellules souches ne permet absolument pas d'éviter tous les cancers induits. La radioactivité détruit les poumons, le système neurologique, le système digestif, la thyroïde... Et avec ou sans prélèvement de cellules souches, ces cancers vont apparaître un jour ou l'autre à moyen terme."

Enfin, l'idée d'un stockage des cellules souches d'une centaine de personnes (une centaine d'ouvriers travaillent à Fukushima) paraît difficile à organiser. "Le prélèvement de cellules souches est une technique lourde, coûteuse, et prend beaucoup de temps car il faut stimuler la production de cellules avant de les prélever", précise le Pr. Gilles Freyer.

De toutes façons, l'appel des médecins japonais a peu de chances d'être entendu. Les responsables du secteur nucléaire au japon se sont opposés à l'idée du prélèvement car ils "craignaient pour leur réputation."

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