Affaire du Mediator : "Il faut mettre Servier hors d'état de nuire"

Le procès en appel du Mediator s'ouvre ce 9 janvier. La Docteure Irène Frachon qui avait révélé le scandale, continue aujourd'hui son combat contre le médicament et son fabricant, les Laboratoires Servier. Entretien.

La rédaction d'Allo Docteurs
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Le combat d'Irène Frachon contre le Mediator
Le combat d'Irène Frachon contre le Mediator  —  Le Mag de la Santé - France 5

L’affaire du Mediator est de retour devant la justice. Ce lundi 9 janvier s’ouvre le procès en appel des Laboratoires Servier, fabricant du Mediator. Ce médicament, un anti diabétique détourné de son usage et utilisé comme un coupe-faim, a fait des milliers de victimes, qu'elles soient "touchées par la tromperie, touchées dans leur corps, touchées très gravement avec des opérations cardiaques ou décédées", détaille la docteure Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest qui a lancé l'alerte sur le Mediator.

De nouveaux morts du Mediator chaque mois

Aujourd'hui, la médecin continue de se battre pour la reconnaissance des victimes et la condamnation de toutes les personnes impliquées dans le scandale. Car plus de 13 ans après son retrait du marché français, des patients continuent de décéder des suites des blessures cardiaques provoquées par la prise de ce médicament. "Cathy est morte le 6 décembre dernier, après une longue agonie et Suzanne est morte le 25 décembre 2022. Ses enfants m'ont dit 'on n'imaginait pas qu'on pouvait souffrir autant" raconte la Dre Frachon.

Ce qu'elle dénonce aujourd'hui, c'est le comportement de plusieurs médecins, sociétés et institutions scientifiques "qui ont opposé un déni farouche et qui ont protégé le laboratoire Servier alors que leur travail était de protéger les victimes". Devant ces attitudes qu'elle qualifie de "deuxième déflagration" après celle de la compréhension du drame du Mediator , la Docteure Frachon assène : "je ne peux pas le pardonner".

"Il faut montrer qu'on est capable de reconnaître un labo délinquant"

En effet, pour la pneumologue, une partie du problème à l'heure de l'ouverture de ce procès en appel est la persistance de "conflits d'intérêts qui sont extrêmement mal gérés et qui alimentent la défiance et le complotisme".

"5 millions de Français ont été exposés à ce poison et aujourd'hui Servier a pignon sur rue. Mais comment est-ce possible ?" s'indigne encore Irène Frachon. "Comment est-ce possible qu'on leur ait proposé une subvention gouvernementale l'année dernière ? Comment est-ce possible que l'on décore les anciens membres qui ont ourdi des complots pour protéger le Mediator ? Il faut assainir tout cela et montrer qu'on est capable d'avoir la clairvoyance, de voir ce que c'est qu'un labo délinquant et de le mettre hors d'état de nuire."

Le procès en appel de l'affaire du Mediator, qui débute à Paris ce lundi 9 janvier, devrait durer jusqu'au mois de juin 2023. En mars 2021, les Laboratoires Servier et l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avaient été reconnus coupables de "tromperie aggravée" et d'"homicides et blessures involontaires" dans cette même affaire.

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