Affaire des respirateurs Philips : la marque connaissait-elle les risques ?

Selon des documents consultés par Franceinfo, Philips avait connaissance des problèmes liés à la mousse en polyuréthane de ses respirateurs et n’a jamais prévenu les autorités sanitaires ni les utilisateurs.

Mathieu Pourvendier avec AFP
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Au niveau pénal, la justice française s'est saisie depuis juin de plusieurs plaintes pour tromperie aggravée et mise en danger de la vie d'autrui, déposées par des patients
Au niveau pénal, la justice française s'est saisie depuis juin de plusieurs plaintes pour tromperie aggravée et mise en danger de la vie d'autrui, déposées par des patients  —  shutterstock

L’affaire des respirateurs Philips continue et les dernières informations accablent l’entreprise néerlandaise. Ce 18 novembre, Franceinfo révèle avoir consulté une série de documents transmis au pôle santé publique du parquet de Paris. Ces derniers, partagés par un collectif d’avocats français, américains, italiens et autrichiens, sont désormais utilisés dans l'enquête préliminaire que mène depuis juin 2022 la justice française pour "mise en danger de la vie d'autrui", "tromperie aggravée" et "administration de substances nuisibles".      

5,3 millions de respirateurs rappelés dans le monde

Depuis juin 2021, Philips a été contraint d'engager une campagne massive de rappel de plusieurs modèles défectueux de respirateurs, utilisés notamment par des patients souffrant d'apnée du sommeil. En tout, 5,3 millions de respirateurs ont été rappelés à travers le monde.

Ces appareils, utilisés par 350 000 patients en France et 1,5 million en Europe, contiennent une mousse insonorisante. C'est elle qui est en cause puisqu'elle peut émettre des particules pouvant être inhalées ou ingérées par le patient.

Ces particules semblent provoquer des irritations et des maux de tête. Le groupe avait aussi évoqué en juin 2021 un risque "potentiel" de cancers à long terme.       

Des mousses réservées à l'usage industriel

Les documents du collectif d’avocats, relayés par Franceinfo, révèlent que l’entreprise Philips et ses sous-traitants américains (Polymer Technologies, SoundCoatr, Parmount Dye) auraient eu connaissance des problèmes concernant la mousse en polyuréthane. La société l’aurait su bien avant les premières plaintes mais n'aurait informé ni les utilisateurs, ni les autorités sanitaires.       

Le fabricant américain de ces mousses, Wm. T. Burnett, se dédouane quant à lui de toute responsabilité. Son représentant, Lee Lawler, a affirmé dans une audition devant la cour de Pennsylvanie que son entreprise n’avait jamais été consultée sur l’utilisation médicale de ces mousses. Initialement réservées à l’utilisation industrielle, ces mousses contiennent des matériaux toxiques dont un retardateur de flammes, selon les documents consultés par Franceinfo.

À lire aussi :  Un risque d'interférences entre les appareils respiratoires Philips et des implants médicaux

3 074 signalements d’effets indésirables

La justice française s'est saisie depuis juin 2022 de plusieurs plaintes pour tromperie aggravée et mise en danger de la vie d'autrui, déposées par des patients. Le pôle santé publique du parquet de Paris a déjà reçu 26 plaintes. Parmi elles, huit plaintes pénales ont été enregistrées, dont quatre seraient liées à des cas de cancer. 

Le 29 septembre dernier, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) stipulait dans un compte-rendu avoir reçu depuis juin 2021, moment où elle s'est saisie de l'affaire, 3 074 signalements d’effets indésirables. Parmi eux, "159 déclarants mentionnent un cancer dans leur dossier médical".

Aucune étude scientifique ne permet actuellement de confirmer ou d'infirmer l'existence d'un lien entre l’utilisation des respirateurs Philips et le développement d'un cancer. Depuis plusieurs mois, l’ANSM étudie la faisabilité d'une étude épidémiologique indépendante en France.

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