Fringale compulsive pathologique ou simple grignotage ?

La fringale compulsive est désormais reconnue comme une pathologie mentale, d'après la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Publiée en avril 2013, la dernière version de la "bible" de la psychiatrie admet ce trouble comme une maladie à part entière, comme c'était déjà le cas pour l'anorexie ou la boulimie. Mais comment distinguer un grignotage répété d'une fringale compulsive pathologique ?

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Fringale compulsive pathologique ou simple grignotage ?
Fringale compulsive pathologique ou simple grignotage ?

La fringale compulsive, une maladie mentale à part entière

Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) est aux psychiatres ce que le VIDAL est aux médecins généralistes. La cinquième édition du DSM a été publié le 18 mai 2013 après avoir été révisée par l'Association Américaine de Psychiatrie (APA).

Parmi les nombreux changements proposés dans cette dernière version, l'hyperphagie boulimique, plus communément appelée la fringale compulsive, devient une pathologie mentale isolée rentrant dans la catégorie des troubles alimentaires compulsifs.

Ce changement est étonnant alors qu'il était précédemment défini comme un trouble aigu, c'est-à-dire un symptôme, et non une pathologie mentale à part entière. Ce changement de statut de l'hyperphagie boulimique permettrait aux personnes souffrant de ce trouble d'être reconnues par l'Assurance-maladie qui pourrait alors prendre en charge leur pathologie, ce qui n'est pas négligeable quand on sait que plus de 50% des obèses en souffrent.

Le DSM-5 est d'ailleurs assez contesté de certains spécialistes de la santé qui soulignent que la nouvelle version du manuel définit trop "facilement" des pathologies à part entière, que eux, ne considèrent alors que comme des symptômes (comme par exemple ici la fringale compulsive).

A quel moment le grignotage devient pathologique ?

La fringale compulsive est à distinguer d'un simple grignotage et répond à une définition médicale bien précise. Cela devient pathologique quand les aliments pris en dehors des repas sont absorbés sur une courte période avec une quantité importante de nourriture sans sensation physique de faim. L'individu mange en cachette à l'abri des regards, jusqu'à l'apparition de sensations de distension abdominale inconfortable.

S'y associent à cela une perte de contrôle du comportement alimentaire, une souffrance marquée et une sensation de culpabilité pendant la crise. Ne soyez pas inquiets, le grignotage est "normal" et il ne faut pas considérer qu'un morceau de chocolat par-ci ou une tarte à la framboise par-là, fait de votre alimentation une conduite pathologique. Heureusement que non et il faut savoir se faire plaisir... raisonnablement.

En cas de doute sur vos conduites alimentaires, consultez impérativement votre médecin traitant ou un médecin nutritionniste.

Selon le DSM, l'hyperphagie boulimique se caractérise par...

1. Des épisodes récurrents de crises de boulimie avec absorption, en une courte période de temps (moins de 2 heures), d'une quantité de nourriture importante. Ceci s'accompagne d'un sentiment de perte de contrôle sur le comportement alimentaire pendant la crise (par exemple, sentiment de ne pas pouvoir s'arrêter de manger ou de ne pas pouvoir contrôler ce qu'on mange ou la quantité de ce que l'on mange).

2. Durant les crises de boulimie, au moins trois des critères suivants d'absence de contrôle sont présents :

  • prise alimentaire nettement plus rapide que la normale ;
  • l'individu mange jusqu'à l'apparition de sensations de distension abdominale inconfortable ;
  • absorption de grandes quantités d'aliments sans sensation physique de faim ;
  • prises alimentaires solitaires afin de cacher aux autres les quantités ingérées ;
  • sensations de dégoût de soi, de dépression, ou de grande culpabilité après avoir mangé.

3. Le comportement d'hyperphagie boulimique est source d'une souffrance marquée.

4. Il survient en moyenne au moins 2 fois par semaine sur une période de 6 mois.

5. Il n'est pas associé à des comportements compensatoires tels que vomissements, prise de laxatifs, exercice physique intensif) et ne survient pas au cours d'une anorexie mentale ou d'une boulimie.

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