Ch@t : Sexe et grand-âge

Ch@t du 7 juin 2010 Avec les réponses du Pr. Gérard Ribes, psychiatre et sexologue et de Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste.

La rédaction d'Allo Docteurs

Par La rédaction d'Allo Docteurs

Rédigé le , mis à jour le

Les réponses de Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste

Peut-être pourriez-vous tenter de parler avec lui pour "décoller" du rapport sexuel et réinjecter un espace affectif qui fasse repartir une nouvelle dynamique entre vous. D'autre part, pour ressusciter du désir chez lui, il serait bien de tenter de lui échapper quelque part, de l'intriguer, de lui manquer un peu car c'est grâce au manque que renait le désir de l'autre.

Il faut de la patience pour que votre mari reprenne confiance en lui. Un tel traitement après un cancer est traumatisant. Comment est-il par ailleurs ? Déprimé ? Il serait bien qu'il aille voir son médecin pour voir s'il n'y a pas de conséquences physiologiques pouvant répercuter sur ses facultés sexuelles, mais il serait bien aussi qu'il puisse être accompagné psychologiquement dans cette phase encore sensible 2 ans après son opération. Ne perdez pas espoir, il vaut toujours mieux aller voir quelqu'un pour rien que de laisser les choses s'enkyster.

Les brûlures, la sécheresse peuvent être la conséquence d'un déséquilibre hormonal. Aussi avez-vous la bonne gynécologue qui a su bien doser votre traitement ? Mais il ne faut pas minimiser comme je l'ai écrit dans mon livre "La femme en crise" la dimension psychologique de cette étape existentielle. A partir de 45 ans le tout nouveau rapport au corps et au temps peut provoquer une grande remise en question, de la déprime ce qui peut provoquer des brûlures locales qui sont la trace d'une angoisse qui se dit à travers le corps : à défaut de la mettre en "mots" elle s'exprime en "maux" ! La peur du contact, réapprivoiser un corps qui change, autant de raisons de se sentir remise en question dans sa féminité. Par contre, il ne faut jamais cesser de se mettre de la crème comme on en met au contour des yeux et de la bouche pour assouplir à la fois la muqueuse et se réapproprier ce lieu intime.

Peut-on quantifier le désir ? Il n'y a pas de norme. Le désir sexuel c'est un peu comme l'appétit, face à un bon plat, bien cuisiné, le plaisir de la dégustation ravit les papilles ! Tout dépend si vous êtes célibataire ou en couple, votre état de santé, ce qui vous arrive dans la vie. Il faut cesser de cantonner le sexuel à la performance pour se donner une liberté de laisser la place à l'imprévu.

Bravo pour ce témoignage encourageant pour tous nos tchatteurs, il est vrai qu'avec l'avancée en âge c'est aussi l'occasion d'exprimer ses désirs et de lever les tabous qui nous empêchent d'être nous-mêmes. Cette capacité de jouer à laquelle vous faites allusion, d'échanger des regards, des caresses rend l'acte poétique car il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un acte d'amour !

Avant d'imputer l'impossibilité de la pénétration à la dimension de l'organe de votre partenaire, je vous propose de vous livrer à une petite introspection. N'avez-vous pas des réticences, des peurs ? Avec vos partenaires précédents, aviez-vous des problèmes avec la pénétration ? Votre partenaire en avait-il avec ses précédentes compagnes ? Ces questions pourront peut-être vous mettre sur la piste pour trouver le réel obstacle qui vous empêche de savourer pleinement la rencontre sexuelle. Vous semblez aussi avoir du mal avec la rencontre buccale ? Cela vous procure-t-il du dégoût ? Cela réveille-t-il d'autres scènes enfouies dans votre inconscient, c'est peut-être en suivant ce chemin que vous trouverez une nouvelle harmonie.

A moins que vos caresses soient maladroites et irritantes voire brutales, il me semble que ces brûlures sont la marque d'une intensité de contact qu'il ne supporte pas. Par ailleurs, a-t-il d'autres symptômes dans d'autres circonstances que l'acte sexuel lui-même ? Vous repousse-t-il quand vous voulez l'embrasser ? En a-t-il parlé à son médecin ? D'autre part, vous entendez-vous bien ? Le plus important est de décoder le sens de cette brûlure qui est sans doute le signe d'une blessure plus profonde.

Un andrologue vous répondrait mieux que moi. Cependant, à partir de 55-60 ans, même si un homme ne subit pas la ménopause il a lui aussi à affronter un tout nouveau rapport à son corps et au temps. Il subit aussi un bouleversement hormonal et une certaine crise d'identité plus ou moins violente quand il prend conscience qu'il en est sensiblement au milieu de sa vie. Baisse de désir ou recherche d'une partenaire plus jeune pour se prouver que tout marche encore, autant de manifestations d'une andropause psychologique qui correspond à une crise existentielle, qui est aussi une occasion de grandir dans sa masculinité, de se repositionner dans la lignée des hommes de sa famille. Mais tous les hommes ne vivent pas une andropause bruyante et beaucoup ont une vaillante sexualité tardive et deviennent mêmes pères très tard !

Beaucoup de femmes se posent cette question. Rassurez-vous, il n'en est rien. C'est une question en effet très personnelle. Ne parle-t-on pas du "pénis-biberon" ? Certaines femmes ont l'impression en buvant l'homme qu'elles aiment de fusionner complètement avec lui. Tout dépend du contexte de la relation, cet acte peut-être ou sordide ou très poétique.

Vous avez raison, il me semble que l'andropause psychologique est une expérience de passage qui correspond à une étape de transition. Pour certains hommes, il faut plusieurs années pour accepter les transformations progressives de leur corps et de leurs différentes capacités : sportives, intellectuelles, sexuelles. Quand ils ont intégré qu'ils ont commencé de vieillir, une nouvelle énergie les gagne, ils viennent de passer un cap et, comme après chaque crise existentielle, une nouvelle dynamique psycho-biologique les anime à nouveau.

Avez-vous pensé à consulter un urologue ? Il serait aussi intéressant d'aller parler à un psy pour parler de votre histoire. Un homme peut très bien avoir du désir sans érection et peut très bien avoir une éjaculation sans orgasme. Le désir est beaucoup plus subtil et il me semble que derrière le problème technique que vous décrivez se blottit une peine affective qu'il serait bon d'explorer. Une peur, un manque de confiance en vous. A quoi vous renvoie cette brûlure ? Avez-vous repéré à quel moment de l'acte vous vous coupez de vos sensations ? Est-ce que c'est la même chose quand vous vous masturbez ? Il s'agit peut-être plus d'un problème de rencontre de l'autre alors que finalement vous fonctionnez très bien physiquement, ne perdez pas courage la virilité ne peut jamais se mesurer en terme de performance !

En effet, si vous avez des antécédents de cancer du sein dans votre famille il faut être prudent, mais quel est le degré de parenté des personnes atteintes dans votre famille ? D'autre part, il y a différentes façons de prescrire un traitement hormonal. C'est le travail d'un bon gynécologue de connaitre ces nuances. Un traitement hormonal micro-dosé sous forme d'un gel qu'on applique sur la peau allié à la prise d'une progestérone naturelle n'aura pas le même effet et les mêmes conséquences qu'un traitement hormonal par patch administré à forte dose. Il faut trouver le ou la bon(nne) gynécologue, je vous l'accorde cela n'est pas facile. D'autre part, l'homéopathie, l'acupuncture ainsi que la phytothérapie peuvent avoir des effets bénéfiques. Cela ne fait bien sûr pas l'économie d'un cheminement intérieur qui aide à intégrer et à dépasser les turbulences de cette étape délicate. Sachez qu'après la ménopause on retrouve une sacrée vitalité et que la féminité n'a pas fini d'éclore !

Les réponses du Dr Gérard Ribes, psychiatre et sexologue

Vous avez tout à fait le droit de poser vos limites.

C'est compliqué... Car en effet il faudrait qu'il puisse consulter.

Les traitements hormonaux vont en effet modifier le sperme au bout d'un certain temps, il peut y avoir une évolution.

Baisse de la testostérone.

Elles sont à peu prés identiques.

L'andropause concerne peu d'hommes car elle correspond à une baisse de testostérone. Si elle est corrigée les problèmes de sexualité évoluent favorablement.

Plus manque de désir.

Il existe des crèmes qui permettent de corriger la sècheresse vaginale. Elles se trouvent dans toutes les pharmacies.

Jusqu'à la fin de ses jours. Par contre on n’est jamais dans l'obligation d'avoir une sexualité, il faut que cela corresponde à un besoin, à un désir. Il est en effet plus difficile d'atteindre l'orgasme en vieillissant cela nécessite une stimulation plus importante.

Jusqu'à la fin de la vie.

Si les nerfs érecteurs n'ont pas été touchés, il pourra en effet reprendre une vie sexuelle. Très souvent après une opération il est nécessaire de recourir à un traitement à type d'injection pour préserver les capacités érectiles avant la reprise de la sexualité. Très souvent l'inquiétude des hommes âpres l'intervention rajoute des difficultés.

Les mêmes que les plus jeunes.

Il n'y a pas de relation entre sécheresse vaginale et trouble du désir. Pour la sécheresse vaginale l'utilisation de la crème est très bien. Les traitements hormonaux ont en effet des effets positifs sur la libido mais dans des âges plus avancés (70 ans). La question serait peut-être : comment allez-vous vous rendre désirable ?

La routine est souvent un élément important pour la disparition du désir. Comment allez-vous casser la routine ? Par contre, vous n'êtes pas "anormale".

Vous avez le droit de ne pas vouloir avoir une sexualité. La communication est un élément clé pour une sexualité agréable.

Oui.

On peut penser qu'il existe en effet une relation de cause à effet qui empêche une érection chez votre mari. Par contre la sexualité ne se résumant pas à l'érection, les caresses peuvent être un bon "palliatif" pour garder une relation sexuelle.

Très souvent les problèmes de désirs existent après un certain temps de vie commune si cela pose un problème dans votre relation de couple je ne pourrai que vous conseiller de voir un sexologue.

La question principale en EHPAD est la question de l'intimité et de comment on la protège.

Cela n'est pas anormal si cela correspond à ses besoins. La difficulté est peut être pour vous si vous êtes la partenaire.

Non, mais avant le sujet était tellement tabou que ça n'était pas évoqué. Par contre, quelque soit l'âge la sexualité n'est jamais une obligation.

S'il n'y a pas de contre indication les médicaments pour l'érection ne sont pas dangereux. Par contre il vaut mieux les considérer comme des palliatifs qui vont permettre de se rassurer et de reprendre une activité sexuelle sans médicaments.

La question ne se pose pas en termes de normalité ou d'anormalité mais de fantasmes.

Il est normal après un temps d'abstinence d'avoir une diminution du désir et des érections.

Si ni l'un ni l'autre n'est demandeur, ne vous créez pas des obligations.

Chacun est libre de mener sa vie comme il le souhaite.