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Viol conjugal, osez briser le tabou !

Le viol conjugal est un sujet tabou souvent sous évalué dans notre société. Selon le Collectif Féministe Contre le Viol (CFCV), près de 75 000 femmes sont victimes de viol chaque année. Dans 30 % des cas, les viols seraient le fait du conjoint ou du partenaire...

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Viol conjugal, osez briser le tabou !

Dr Hélène Jacquemin-Le Vern, gynécologue et sexologue

 

Que dit la loi ?

 "En France, le viol est un crime depuis 1810. "Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol". En France, depuis 1990 le viol entre époux est reconnu par un arrêt de la Cour de cassation, comme dans 51 autres pays. Suivant les juridictions, il y a des nuances. Le viol est parfois étendu à la fellation, cunnilingus ou masturbation le plus important étant l'absence de consentement valide. En France depuis 1992 les violences commises par un conjoint sont reconnues comme circonstances aggravantes par le code pénal, ce qui est puni de 20 ans (15 ans seulement s'il s'agit d'un homme inconnu) de réclusion criminelle."

En étendant ce crime aux époux, le législateur s'est opposé au sacro-saint mais archaïque "devoir conjugal" ?

 "La Cour de cassation a confirmé cette jurisprudence en affirmant clairement que "la présomption de consentement des époux aux actes sexuels ne vaut que jusqu'à preuve du contraire". Etre marié (concubin ou pacsé) ne peut plus signifier le pouvoir de disposer du corps de l'autre, ne pas tenir compte de son désir, de son refus. Le consentement s'impose donc toujours, même au sein d'un couple."

Un homme marié ne peut donc pas imposer à son épouse une relation sexuelle si elle ne le désire pas.

"Les violences conjugales sont multiples : viol, chantage, insultes, menaces, climat de peur, coups, interdictions de sortir… Le harcèlement conjugal : ce sont des agissements répétés d'un conjoint ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de la vie conjugale. Le harcèlement altère la dignité, la santé psychique et physique."

Est-ce que ces hommes violents ont un profil particulier ?

"Ce sont des hommes ordinaires, on les retrouve dans toutes les catégories sociales. Ils savent donner une bonne image d'eux. Ils sont souvent très aimables et serviables avec les proches, ce qui leur permet de dire à leur partenaire : "tu vois c'est toi qui est distante, frigide, tu n'as jamais envie, tu vois les autres me trouvent gentil, toi tu ne m'aimes plus". Les hommes se sentent aimés s'ils sentent un désir sexuel chez leur partenaire."

Pourquoi ces hommes sont-ils violents ?

Ils veulent dominer leur partenaire, ou alors c'est un moyen pour eux de régler un conflit et d'obtenir satisfaction rapidement car ils sont incapables de gérer leurs pulsions sexuelles, et ils ne peuvent communiquer autrement.

Pourquoi reste-t-on sous l'emprise d'une personne violente ?

La femme espère qu'il va changer. Elle a peur des représailles sur les enfants, a le sentiment d'exagérer les faits. La femme se sent seule à affronter les difficultés et à organiser son départ. Elle ne sait pas à qui s'adresser ou à qui faire confiance. Il peut aussi y avoir des obstacles d'ordre financier ou encore une peur panique d'affronter le système judiciaire. Porter plainte reste difficile, car comment caractériser ce qui est un viol entre conjoints (en dehors des coups). Un rapport sexuel non désiré, mais que l'homme aura réussi à obtenir de sa compagne à force d'insistance mais sans réelle violence, est-il un viol ? Et s'il l'est, comment en prouver l'existence  ? Et qu'attendre d'un recours en justice ? Qu'est-ce que consentir lorsque l'on n'aime plus, que l'on ne désire plus, que l'on se dispute quotidiennement ? La réponse est souvent dans le divorce.

Que faut-il faire en cas de viol conjugal ?

La première chose à faire est d'en parler car le silence ne protège pas au contraire. Famille, amies, associations, médecin, il y a forcément un interlocuteur possible.

Deuxièmement, il est conseillé de faire procéder à un constat à l'hôpital ou par un médecin, au moins pour faire prendre en compte votre état psychologique. Le viol conjugal laisse en général peu de traces physiques, car la violence employée est plus morale que concrète (je sais que je dois le faire, je dois "passer à la casserole" sinon les représailles seront trop dures...).

Plus que le recours à la justice, la nécessité serait d'empêcher la montée en puissance de ce cercle vicieux et d'arrêter, tant qu'il est encore temps, l'escalade de la violence, afin de faire comprendre à l'autre que ses actes ne resteront pas impunis, que vous ne vous enfermerez pas dans une passivité délétère.

Porter plainte est fortement conseillé si vous n'avez pas d'autres moyens de sortir de cette spirale de violence afin de vous protéger.

 

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