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Violences sexuelles : les femmes handicapées en première ligne

Les violences sexuelles à l'encontre des femmes en situation de handicap sont un sujet tabou, dont on parle très peu dans les médias. Pourtant, les femmes handicapées sont en première ligne. Pourquoi sont-elles des proies faciles ? Que peuvent faire ces femmes ? Quelles sont les aides possibles ?

Rédigé le , mis à jour le

"Violences sexuelles : les femmes handicapées en première ligne", chronique de Lucile Degoud, journaliste, du 22 avril 2019

Si des données précises et récentes manquent sur le sujet, selon une enquête de 2014 de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, 34% des femmes en situation de handicap déclarent avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part d'un partenaire, contre 19% pour les autres femmes. Chez les femmes en situation de handicap, 61% déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel.

Toutes les études sur le sujet, même si elles sont rares, montrent que les femmes en situation de handicap sont plus victimes de violences sexuelles que les autres femmes.

Pourquoi sont-elles plus touchées que les autres ?

On pourrait penser que les femmes en situation de handicap sont plus protégées et pourtant, c'est tout le contraire. Les femmes handicapées, qu'il s'agisse d'un handicap physique ou psychique, sont plus vulnérables que les autres. Et cette vulnérabilité les expose et en fait des proies faciles, comme une double peine.

  • Une femme en fauteuil roulant ne peut pas se débattre ou courir si elle est agressée.
  • Une femme malvoyante ne peut pas voir son agresseur.
  • Une femme sourde ne peut pas l'entendre.
  • Une femme muette ne peut pas crier.
     

Il existe aussi des handicaps plus complexes, comme l'autisme. Une des caractéristiques de l'autisme, c'est de ne pas comprendre l'implicite, les sous-entendus, de ne pas percevoir les mauvaises intentions, et du coup de ne pas se méfier, de ne pas voir le danger dans une situation et d'avoir en plus du mal à s'exprimer pour dire non. Selon une enquête publiée en janvier 2019, 88% des femmes autistes de haut niveau déclarent avoir subi des violences sexuelles au cours de leur vie.

Lieu et contexte de ces agressions

Les violences sexuelles à l'encontre des femmes en situation de handicap, comme pour les autres femmes, ont d'abord lieu dans la famille et dans l'entourage proche. En premier lieu, l'agresseur est le mari, le conjoint ou l'ex. De nombreuses femmes en situation de handicap sont victimes de viol conjugal.

Ces femmes sont également victimes d'agressions sexuelles dans les institutions spécialisées qui les accueillent, comme les IME (Instituts médico-éducatifs) ou les ESAT (Établissements et services d'aide par le travail).

Des agressions commises par le personnel (soignant)

Le fait que les agresseurs soient souvent les aidants complexifie la libération de la parole. Il est très compliqué de parler et de porter plainte quand on est victime d'agression sexuelle. Mais pour ces femmes, cela est encore plus compliqué. Le handicap lui-même peut empêcher la libération de la parole. Pour ces femmes vulnérables, il est extrêmement difficile de parler, car ce sont les personnes censées prendre soin d'elles qui très souvent deviennent leur bourreau. Il y a cette peur : "Si je parle, qui va s'occuper de moi ?".

Quand il s'agit du conjoint, la dépendance économique empêche aussi de parler. La plupart des femmes en situation de handicap ne travaillent pas et touchent l'Allocation aux adultes handicapés (AAH), dont le montant maximal est de 860 euros par mois. Ce montant est fonction du revenu du foyer donc si le mari gagne bien sa vie, l'allocation est moins importante.

Quelles solutions pour ces femmes ?

Si ces femmes ne peuvent pas parler des violences qu'elles subissent à leur entourage, malheureusement il n'y a pas grand-chose à faire. Des associations comme la FDFA (Femmes pour le dire, femmes pour agir), sont très investies sur ce sujet. Cette association a une permanence téléphonique "Ecoute violences femmes handicapées". Si ces associations ont le mérite d'exister, très peu de femmes en situation de handicap appellent ces lignes pour différentes raisons, comme la peur de dénoncer ou la difficulté à s'exprimer. Il y a donc un vrai problème pour repérer les femmes victimes d'agressions.

Et quand on arrive à les repérer, un autre problème se présente : il y a peu de places dans les centres d'hébergement d'urgence pour les femmes victimes de violences et encore moins de places accessibles aux personnes en situation de handicap. Or, il est essentiel que ces femmes puissent parler, s'exprimer, pour être prises en charge physiquement et psychologiquement.

Une prise de conscience des politiques

Il existe en tout cas une volonté politique affichée avec différentes initiatives. L'actuel secrétaire d'Etat à la protection de l'enfance, Adrien Taquet, s'est engagé sur ce sujet en 2018, en publiant une tribune dans le journal La Croix : "La violence sexuelle envers les femmes en situation de handicap est un tabou". Il était à l'époque député La République en marche des Hauts-de-Seine.

En décembre 2018, une table ronde consacrée aux violences faites aux femmes handicapées a été organisée au Sénat. Le sujet commence donc à être étudié mais si les tribunes, les rapports... sont un bon début, il faudrait désormais passer à l'action.

Des pistes envisagées

Il existe des pistes à explorer :

  • Plus de prévention avec une meilleure formation de tous les professionnels, soignants, éducateurs, qui travaillent dans les établissements qui accueillent des personnes handicapées.
     
  • Instaurer des consultations gynécologiques dans les établissements afin d'avoir un lieu et un cadre propice à l'échange pour déceler d'éventuelles violences sexuelles.
     
  • Ne plus calculer l'allocation aux adultes handicapés en fonction du foyer pour casser la dépendance économique à l'égard du mari, du conjoint, afin de faciliter un départ du domicile si besoin. C'est un voeu de certaines associations.
     
  • Construire plus de logements accessibles dans les centres d'accueil d'urgence.
     
  • Une meilleure formation des policiers et des gendarmes pour accueillir et recueillir les plaintes des femmes en situation de handicap.
     

De nombreuses mesures concrètes peuvent être mises en place. On attend donc des actions mais pour cela, il faut des moyens...

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