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#MeToo : ce qui a changé un an après

Le collectif citoyen et féministe #NousToutes a lancé un appel à descendre dans la rue samedi 24 novembre dernier pour dénoncer les violences faites aux femmes. #NousToutes rappelle le hashtag #MeToo. Un an après, quelles sont les conséquences du mouvement #MeToo ? Y a-t-il un avant et un après ?

Rédigé le , mis à jour le

Crédit photo : ©Pixabay/surdumihail - Vidéo : "", chronique de Lucile Degoud, journaliste, du 27 novembre 2018

Qu'est-ce que le mouvement #MeToo ?

Le 5 octobre 2017, des dizaines de femmes, actrices, mannequins, journalistes... accusent le producteur américain Harvey Weinstein de harcèlement, d'agressions et pour certaines même de viol. Le scandale est révélé dans le New-York Times. S'il n'est pas très connu en France, Harvey Weinstein est un homme très influent à Hollywood, très respecté.

Dans la foulée, l'actrice Alyssa Milano invite toutes les femmes à raconter sur Twitter les agressions qu'elles ont subies sous le hashtag #MeToo, qui signifie "Moi aussi". Partout dans le monde, dans ce mouvement spontané, des centaines de milliers de femmes révèlent sur les réseaux sociaux ce qu'elles ont vécu. C'est un véritable séisme et le mouvement prend une ampleur que personne n'imaginait.

En France, c'est une journaliste, Sandra Muller, qui lance le hashtag #BalanceTonPorc et rassemble 159.000 témoignages en seulement trois jours.

Un mouvement souvent critiqué

Certaines femmes révèlent des noms sur les réseaux sociaux, des témoignages de harcèlement dans la rue, au travail, de propos sexistes, d'agressions sexuelles, de viols, de violences conjugales. Il y a une véritable libération de la parole des victimes. La société prend alors conscience de la nature des violences faites aux femmes et de la fréquence. Et ces violences ne sont pas marginales en France, les chiffres font froid dans le dos :

  • 1 femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint
  • 250 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol chaque jour
  • 1 femme sur 3 a déjà été harcelée ou agressée sexuellement au travail.
     

Ces chiffres expliquent pourquoi le mouvement #MeToo a connu un tel écho. Les anti-#MeToo parlent, eux, de "guerre des sexes", "On ne peut rien faire, on ne peut plus draguer""Bientôt, il faudra signer un papier avant de coucher avec quelqu'un"... Des discours irresponsables quand on évoque des violences punies par la loi.

Quels changements après #MeToo ?

Le mouvement #MeToo a permis de libérer la parole des victimes et de favoriser une prise de conscience collective. Le nombre de plaintes déposées pour violences sexuelles a explosé en France en un an (+ 23%). Les victimes osent parler et portent plainte parfois même pour des faits prescrits. Ce mouvement a aussi permis de faire changer la loi. Il existe désormais une nouvelle législation en France pour renforcer la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Cette loi a été adoptée en août 2018 avec des avancées notables :

1 - Allongement du délai de prescription pour les crimes sexuels commis sur mineurs de 20 à 30 ans, à compter de la majorité de la victime

2 - Création d'une infraction d'outrage sexiste, qui permet de verbaliser le harcèlement de rue.

Des mesures sont prises même si des associations de défense des droits des femmes trouvent que le texte ne va pas assez loin, ou que certains articles sont difficilement applicables.

Quelles conséquences sur la santé des femmes ?

Ce mouvement a également permis de s'intéresser aux conséquences de ces violences sur la santé des femmes. Être victime de violences sexuelles a un impact physique et psychique. Une équipe de chercheurs américains a voulu savoir plus précisément quelles étaient les conséquences du harcèlement sexuel au travail et des agressions sexuelles sur la santé des femmes.

Les résultats de l'étude ont été publiés en octobre 2018, un an tout juste après #MeToo dans le Jama, une revue médicale américaine. Cette étude a été réalisée auprès de 304 femmes, âgées de 40 à 60 ans en bonne santé et non fumeuses. Il y avait un entretien, un examen clinique et des questionnaires. Dans ce panel, une femme sur cinq a été victime de harcèlement sexuel au travail et/ou d'agression sexuelle. 

Les résultats montrent que les femmes ayant déjà été harcelées sexuellement au travail présentent plus d'hypertension et de troubles du sommeil que les autres. Et les femmes qui ont été victimes d'agression sexuelle présentent davantage de dépression, d'anxiété et de troubles du sommeil que les autres. Même si le panel reste limité, ces résultats confirment que les violences sexuelles ont un impact significatif sur la santé des femmes et qu'il s'agit d'un enjeu de santé publique.

Que peuvent faire les pouvoirs publics ?

De nombreuses actions restent à mener :

  • Former tous les acteurs concernés dans les domaines de la santé, de la justice, de la police.
     
  • Mener une vraie politique publique contre les violences faites aux femmes pour mieux dépister, mieux accompagner les victimes, mieux les prendre en charge. Mais cela réclame plus de moyens humains et financiers.
     
  • Miser sur la prévention et cela passe par l'éducation dans les familles et à l'école. Il faut éduquer dès le plus jeune âge, les filles et les garçons, à l'égalité et à la non-violence.
     

#MeToo a eu le mérite de mettre sur la place publique et probablement de façon irréversible, un sujet jusqu'alors tabou : les violences faites aux femmes. Les choses bougent mais il y a encore beaucoup à faire et il faut continuer à se battre contre toutes les violences faites aux femmes.

Pour plus d'informations :

Si vous êtes concernée, vous pouvez appeler Violences Femmes Info au 3919, appel anonyme et gratuit. Vous pouvez aussi consulter le site Stop-violences-femmes.gouv.fr.

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