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Attentats du 13 novembre : une recherche inédite sur le stress post-traumatique

Un protocole de recherche, baptisé “Remember” et incluant plus de 100 rescapés des attentats de Paris, tente de mieux cerner le mécanisme du stress post-traumatique et sa persistance dans le temps. Cela pourrait permettre d’améliorer la prise en charge des victimes.  

Rédigé le , mis à jour le

Attentats du 13 novembre : une recherche inédite sur le stress post-traumatique

“Quand on vit un événement comme ça, sur la longueur, on se demande pourquoi ça nous arrive d’être en dents de scie, d’oublier des choses, des heures, de se demander si on a fait des choses, de passer d’un état limite du lunatisme en fait. Il y a des dents de scie partout, des dents de scie de perte de mémoire, des dents de scie de comportement… Et c’est quand même la cinquième année !” Mathieu, 40 ans, était au Bataclan le soir du 13 novembre 2015. Cinq ans après, les séquelles, comme des ondes de choc, sont encore présentes. Il souffre de stress post-traumatique.

Le programme "Remember"

C’est le cas d’un grand nombre de ceux qui participent au programme de recherche “Remember” selon le Pr Francis Eustache, directeur de recherche Inserm à l’Université Caen Normandie (14).

“Ce sont des personnes qui ont vécu un événement hors du commun. C’étaient des personnes qui étaient dans la fosse du Bataclan, des personnes qui ont été mitraillées sur les terrasses, qui ont été menacées dans leur propre intégrité corporelle, et qui ont vu autour d’elles des personnes mourir dans des conditions effroyables. Donc, cet événement vient un petit peu tout bouleverser.”  

Une souffrance qui résiste au temps 

Pour certains comme Mathieu, ce bouleversement entraîne un trouble de stress post-traumatique. Cette souffrance résiste au temps, avec la survenue de terribles flash-back. “Une fois, je me suis retrouvé dans un supermarché et rien que le tilt du néon m’a fait me remémorer des bruits que j’ai entendus, des bruits d’armes… Et donc c’est assez déstabilisant de se retrouver à se dire « mais tout allait bien et d’un coup pourquoi je me remets à penser à ce genre de choses ?». 

Si le 13 novembre ressurgit n’importe quand, c’est que ses traces dans la mémoire ont été désorganisées, mal archivées, à cause du traumatisme. Ce processus est au cœur des recherches coordonnées par le Pr Francis Eustache. C’est ce qu’il appelle une intrusion. Il s’agit d’une blessure psychique qui peut s’ouvrir à tout moment.  

Le rôle-clé du mécanisme de l'oubli

Parmi les participants au protocole, certains ont réussi à cicatriser, d’autre non. En leur faisant faire des exercices qui reproduisent la lutte du cerveau contre les flash-back, l’équipe a montré le rôle-clé d’un des mécanismes de l’oubli. Pierre Gagnepain, directeur du protocole Remember à l’Inserm-CNRS, explique : “en fait, l’oubli correspond à un processus actif et qui permet notamment de nous protéger contre ce type de souvenirs. 

Et ce qu’on trouve, c’est que les personnes qui sont résilientes, qui ont été exposées aux attentats mais qui n’ont pas développé de troubles de stress post-traumatique, ont une capacité accrue à mobiliser ce système d’oubli actif ou contrôle. Ce mécanisme, chez les personnes qui ont malheureusement développé un trouble de stress post-traumatique, est complètement altéré. Il ne fonctionne pas”.

L'espoir de nouveaux traitements 

Cette recherche pourrait faire émerger de nouveaux traitements du stress post-traumatique. Selon Pierre Gagnepain, jusqu’ici “la plupart des traitements sont focalisés autour du traumatisme et essaient de soigner directement le traumatisme. Et donc l’espoir que ça donne, c’est qu’on puisse stimuler ou « réparer » ces mécanismes de contrôle pour aider la personne à faire face à ce souvenir traumatique”. 

Grâce à l’engagement des participants, les résultats de cette recherche pourraient donc limiter à l’avenir les souffrances des victimes de traumatisme majeur.