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Alexandre Yersin, l'héritier de Pasteur

Alexandre Yersin a marqué le XIXe siècle en isolant le bacille de la peste. Retour sur son incroyable histoire.

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Alexandre Yersin, l'héritier de Pasteur

L'Institut Pasteur fête cette année ses 130 ans mais il n'a pas pris une ride et reste à la pointe de la recherche. Créé par Louis Pasteur en 1888, il a vu son histoire jalonnée de découvertes majeures : la mise au point des vaccins contre la tuberculose, contre la poliomyélite ou encore la découverte du virus du sida. Les disciples de Louis Pasteur ont permis de grandes avancées thérapeutiques. Parmi eux : Alexandre Yersin qui a isolé le bacille de la peste.

Concurrence japonaise

15 juin 1894. Alexandre Yersin débarque dans le port de Hong-Kong. Le jeune médecin d'origine suisse fait face à une ville dévastée par la peste où s'amassent les cadavres. Identifier le microbe responsable de ce fléau millénaire est la mission confiée à Alexandre Yersin. En 1894, la peste parvient aux portes de l'Indochine, alors colonie française. Directement menacée, la France fait donc appel à ce jeune disciple de Pasteur.

Possédant une très bonne connaissance de la bactériologie, Alexandre Yersin est également un explorateur qui a fait ses armes sur les terres hostiles d'Indochine. Pourtant, lorsqu'il arrive à l'hôpital de Hong-Kong, personne ne l'attend comme le sauveur. Yersin subit en particulier l'âpre concurrence de l'équipe japonaise du Pr Kitasato. Mandaté par les Britanniques, il est bien décidé à ne pas laisser le jeune Français lui voler la vedette. Mis à l'écart dans sa cahute faite de bambous, Alexandre Yersin s'aménage un laboratoire de fortune mais il lui manque la pièce maîtresse pour ses recherches : les cadavres décédés de la peste confiés aux Japonais et jamais à Yersin.

A la recherche de cadavres de pestiférés

Sans cadavre, sa mission est vouée à l'échec car le jeune chercheur en est convaincu : le responsable de la peste se terre dans les bubons, les abcès disséminés sur les corps des victimes. Il doit absolument se procurer cette matière peu ragoûtante mais essentielle. Le 20 juin 1894, en pleine nuit, Alexandre Yersin soudoie un marin anglais chargé de surveiller la morgue de l'hôpital. Il se rend dans la cave où quelques cadavres sur le point d'être enterrés sont recouverts de chaux et d'un drap.

Après avoir récupéré des bubons, Alexandre Yersin s'empresse d'examiner les bubons sous microscope. Il incise les bubons, prélève un peu de pus, il y ajoute une préparation pour le colorer puis il glisse la lame sous son microscope. L'opération dure quelques minutes à peine mais elle fait basculer le destin de l'humanité. Alexandre Yersin découvre un microbe qui pullule dans le bubon et qui est, selon lui, l'agent de la peste.

Pour en avoir le coeur net, Alexandre Yersin inocule le germe à des rongeurs. Il s'enferme dans son laboratoire jusqu'à obtenir la preuve qu'il cherche. Dès le lendemain, les premiers animaux meurent. La découverte est incroyable, ses circonstances le sont tout autant. Car le bactériologiste de talent a bénéficié d'un coup de pouce du destin. Son manque de moyens par rapport à l'équipe japonaise s'est avéré être un atout. Le Pr Kitasato étant équipé d'une étuve à 37°C alors que le bacille de la peste se développe beaucoup mieux à 30°C.

Une découverte qui marque l'histoire de la médecine

Coup de chance ou coup de génie ? Grâce à Yersin, le combat contre la peste commence. Il expédie à l'Institut Pasteur de Paris 21 tubes contenant des échantillons du bacille de la peste. Les prélèvements parviennent entre les mains de Pasteur à l'été 1895. Mais il faudra attendre l'avènement des antibiotiques, un demi-siècle plus tard pour pouvoir guérir la peste. Dans la droite lignée de Pasteur, Alexandre Yersin a ainsi révolutionné la bactériologie et marqué l'histoire de la médecine.

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