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Première greffe de foie entre deux porteurs du VIH

Des médecins américains ont annoncé ce 30 mars avoir réalisé la première greffe de foie au monde entre deux porteurs du VIH, trois ans après la levée de l'interdiction aux États-Unis de procéder à de telles interventions.

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Première greffe de foie entre deux porteurs du VIH
Images de l'intervention (crédits : Johns Hopkins Medicine)

"Il y a environ deux semaines, nous avons réalisé pour la première fois au monde une greffe de foie [d’une personne [décédée] porteuse du VIH à un autre patient porteur du VIH]", a déclaré Dorry Segev, professeur de chirurgie à l'hôpital universitaire Johns Hopkins Medicine à Baltimore, dans un communiqué.

Première application de la loi HOPE de 2013

La législation américaine interdisait toute greffe d'organe prélevé sur un malade infecté par le VIH jusqu'à la promulgation en 2013 de la loi HIV Organ Policy Equity act (dont l’acronyme, HOPE, qui signifie "espoir" en anglais). Auparavant, les porteurs du VIH pouvaient recevoir des organes provenant de donneurs séronégatifs mais, étant donné la pénurie de donneurs d'organes [1], nombre d'entre eux décédaient avant d'être greffés.

Images de l'intervention (crédits : Johns Hopkins Medicine)

Le foie a été greffé chez un patient infecté par le VIH il y a plus de vingt ans, ont précisé les médecins.

Un rein prélevé sur la même donneuse a été greffé sur un autre patient, porteur comme elle du VIH, une intervention qui avait déjà été menée à plusieurs reprises en Afrique du Sud (la premère en 2015), mais qui constitue une première sur le territoire des États-Unis.

Les deux receveurs, dont l'identité n'a pas été divulguée pas plus que celle de la donneuse, récupèrent bien après ces opérations chirurgicales, a fait savoir l'équipe médicale.

Risque d’exposition à une souche VIH différente

Ces opérations présentent des "risques uniques", a souligné Christine Durand, professeur assistant de médecine et d'oncologie à Johns Hopkins Medicine.

Ces risques incluent notamment la possibilité pour le receveur d'être exposé à une seconde souche du virus, voire à une souche plus résistante, a-t-elle précisé. Aucun détail n'a été communiqué concernant les souches infectant les patients greffés, ni sur les traitements suivis par les patients, ni sur l'éventuelle mise en place d'un protocole opératoire spécifique.

Si l'hôpital universitaire a été le premier à réaliser cette première mondiale, le professeur Segev a estimé que des dizaines d'établissements aux États-Unis disposaient d'assez d'expérience avec des greffes entre personnes séronégatives pour pouvoir en faire entre individus séropositifs.

Des centaines de malades concernés

L'annonce de ces greffes a été saluée par des organisations militantes, comme la HIV Medicine Association (HIVMA).

"Pour les patients vivant avec le VIH, des donneurs décédés porteurs de la même infection constituent une source unique d'organes, ce qui pourrait sauver la vie de centaines de malades séropositifs affectés par des défaillances rénales et hépatiques", a relevé Carlos del Rio, président du conseil du HIVMA, dans un communiqué.

Selon l’hôpital Johns Hopkins Medicine, entre 500 et 600 personnes infectées par le virus du sida meurent chaque année aux Etats-Unis avec des organes suffisamment sains pour être greffés.

En France, le sujet n'est pas à l'ordre du jour

Contacté par Allodocteurs.fr, Olivier Bastien, directeur Prélèvement Greffe organes-tissus à l’Agence de la Biomédecine, explique que dans l’état actuel de la législation, les personnes porteuses du VIH ne peuvent être donneurs, pas même à d’autres patients porteurs du VIH. Il souligne toutefois que ces derniers peuvent tout à fait être receveurs de greffons sains.

"La position a évolué en Afrique du Sud – où les besoins sont très importants – et aux Etats-Unis, et une réflexion est amorcée en France sur ces questions, mais pour l’heure il n’y a pas d’évolution prévue", poursuit-il. "Mais en France, au cas par cas, maladie par maladie, des dérogations existent au principe [de greffe de tissus sains]. Par exemple, il y a une dérogation qui existe depuis cinq ans, qui a été élargie en décembre 2015, concernant les patients atteints [d’hépatite C] : un patient qui a été atteint par le virus et qui [dont la maladie évolue favorablement] (ce qui est notamment validé par une quantification du génome virale) peut donner ses organes à un autre patient atteint d’hépatite C. La chose est très encadrée, et implique beaucoup de précautions. Mais cela montre que [de telles] réflexions ne sont pas vaines."

 


[1] Environ 122.000 personnes sont actuellement inscrites en liste d'attente aux Etats-Unis. Plusieurs milliers succombent avant que leur tour ne vienne.

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