Non, le risque de caillot sanguin n'est pas plus élevé avec le vaccin AstraZeneca

Le vaccin AstraZeneca est pointé du doigt après la survenue de cas de caillots sanguins. Mais le risque de thrombose n’est pas plus élevé chez les personnes vaccinées que dans la population générale.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Image d'illustration.  —  Crédits Photo : StanislavSukhin

"Par précaution", le Danemark, l’Islande et la Norvège ont suspendu leur vaccination anti covid avec le vaccin AstraZeneca après l’enregistrement de cas de thrombose, ou caillots sanguins.

Mais pour l'Agence européenne des médicaments (EMA), rien ne démontre à ce jour un risque d'une plus forte coagulation sanguine chez les personnes vaccinées contre le covid-19. "Les informations disponibles à ce jour indiquent que le nombre de thromboembolies chez les personnes vaccinées n'est pas supérieur à celui observé sur l'ensemble de la population", a ainsi affirmé l'agence dans un communiqué.

"Il n’y a actuellement aucune indication selon laquelle la vaccination a provoqué ces conditions, qui ne sont pas répertoriées comme effets secondaires de ce vaccin" appuie-t-elle encore.

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Un adulte sur 500 tous les ans

Le 11 mars, l’EMA comptait en effet 30 cas de "thromboembolies" parmi cinq millions de personnes vaccinées jusqu'à présent en Europe. Une fréquence qui n’est pas plus élevée que dans la population générale, comme le démontre le docteur Dominique Dupagne sur Twitter : "tous les ans en France, (pendant 52 semaines), environ un adulte sur 500 souffre d'une thrombose (phlébite, embolie pulmonaire). Chaque semaine, il y en a donc en moyenne 52 fois moins, soit 1/(500X52) : 1 adulte sur 26.000" calcule-t-il.

Ce qui l’amène à faire ce constat : avec ou sans vaccin, "on a une « chance » sur 26.000 de faire une thrombose (...). Donc si on vaccine 2.600.000 soit (26.000 X 100) adultes, on aura de base 100 thromboses totalement indépendantes du vaccin."

Pas de lien de cause à effet

Avec cinq millions de vaccinés par AstraZeneca, comme en Europe actuellement, on en aurait donc environ deux fois plus qu'avec 2,6 millions, soit 200 thromboses. "C'est pour cela que les quelques dizaines de thromboses constatées chez les 5 millions de vaccinés AstraZeneca ne permettent pas d'affirmer que le vaccin induit un risque de thrombose" conclut le médecin.

Pas de lien de cause à effet, donc, entre le vaccin et les caillots sanguins, et pas d’inquiétude. Pour le docteur Dupagne, "on commencerait à s'inquiéter si l'on constatait un nombre de thromboses supérieur à celui attendu. On peut appliquer le principe de précaution comme le Danemark, ou privilégier la protection contre la covid-19 qui tue avec certitude comme les autres pays."

Colère des spécialistes

"Un principe de précaution vous pouvez le mettre en place" quand "vous n'avez pas une maladie qui est en train de dévaster l'ensemble de la planète", abonde le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Henri Mondor à Créteil (AP-HP), spécialiste de la vaccination invité de franceinfo le 12 mars.

"Si vous aviez une vraie inquiétude, un nombre très important de thromboses, beaucoup plus important que ce qui était attendu, je comprends qu'on arrête tout d'un coup, mais là, pour quelques cas, sans lien du tout avec le vaccin, c’est assez étonnant" poursuit-il.

Pas de suspension en France

Le dossier reste suivi de près au niveau européen, et l’EMA continue de surveiller les chiffres de thrombose. Le Danemark doit d’ailleurs réévaluer sa décision de suspension dans deux semaines.

Et en France ? Le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué le 11 mars qu’il n’y avait "pas lieu de suspendre" les injections du vaccin anti-covid d'AstraZeneca dans notre pays. "Le bénéfice apporté par la vaccination est jugé supérieur au risque à ce stade", a-t-il affirmé.

Pour autant, "chaque dossier est analysé" pour déterminer s'il existe "un lien de causalité avec la vaccination", a-t-il ajouté. "Si la situation devait évoluer, nous prendrions des décisions".