Dominique Baudis : le premier Défenseur des droits est mort

Journaliste vedette de la télévision, longtemps maire de Toulouse et, depuis 2011, premier Défenseur des droits, Dominique Baudis est décédé ce jeudi 10 avril 2014. Il avait 66 ans.

La rédaction d'AlloDocteurs
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"Dominique Baudis, Défenseur des droits, est décédé le 10 avril 2014 à l'hôpital du Val-de-Grâce où il avait été admis le 5 avril 2014 à l'issue d'un courageux combat contre le cancer qu'il a mené sans relâche au cours de ces derniers mois", a annoncé l'institution dans un communiqué.

Dominique Baudis avait subi deux chimiothérapies. Ses dernières apparitions publiques l'avaient montré considérablement affaibli.

Il rêvait d'avoir plusieurs vies

"Modestement bourré d'orgueil, il rêvait d'avoir plusieurs vies", disait justement un des proches de cet homme qui fut le "gendre idéal" pour des millions de téléspectateurs du temps où il présentait le journal télévisé. Et son rêve fut réalisé: notable centriste, député, écrivain, il fut aussi président du comité éditorial du Figaro, du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) et de l'Institut du Monde Arabe (IMA).

Un parcours de haute volée assombri par la funeste année 2003: il est mis en cause par des prostituées de la région de Toulouse dans l'affaire du tueur en série Patrice Alègre. Accusé de proxénétisme, viol, meurtre et actes de barbarie, il révèle publiquement cette sordide affaire au journal de TF1 et, le front perlé de sueur - image qui frappe les esprits -, dénonce la calomnie.

Il ne sera totalement innocenté par la justice qu'en 2005. Davantage séducteur que guerrier, Dominique Baudis - regard bleu et silhouette de jeune homme - était introverti, posé, solitaire, prudent dans sa carrière et discret dans sa vie, alors que tout son parcours professionnel ne fut qu'une longue exposition au public.

Dominique Baudis naît à Paris le 14 avril 1947. Après Sciences-Po, il est coopérant militaire à la radio et télévision libanaise et débute comme correspondant de TF1 (alors chaîne publique) au Proche-Orient de 1974 à 1976.

Il présente ensuite le journal télévisé de la première chaîne, de 1978 à 1980, puis celui de FR3, jusqu'en 1982, année où il est chargé par cette chaîne d'assurer les relations avec le Sénat.

Un journaliste, un écrivain, un homme politique

Son élection à la mairie de Toulouse en 1983 - où il succède à son père, Pierre, maire depuis 1971 - marque le début d'une riche carrière politique, toujours dans les rangs des centristes où il s'était situé dès 1965 en devenant responsable du mouvement des Jeunes démocrates.

Les mandats s'accumulent: en 1984, il est élu au Parlement européen, en 1986, au conseil régional Midi-Pyrénées, qu'il préside, et à l'Assemblée nationale pour un mandat plusieurs fois reconduit, sous l'étiquette UDF. S'il avait voulu, il aurait pu alors être ministre.

Mais il assurait préférer s'occuper à plein temps de la ville rose où il sera facilement réélu trois fois. Il sera maire pendant 18 ans.

Sa nomination, en 2001, à la tête du CSA par le président Jacques Chirac l'oblige à démissionner de ses fonctions. Là, il s'emploie au lancement de la télévision numérique terrestre (TNT) en mars 2005.

En 2007, il est élu à la tête de l'Institut du Monde Arabe (IMA) où il succède au gaulliste Yves Guéna, mettant en avant son expérience proche-orientale qui lui a permis d'écrire plusieurs livres sur la région ("La Passion des chrétiens du Liban" en 1978, "La Mort en keffieh" en 1980, "Raymond d'Orient" en 1999, "Les amants de Gibraltar", pour lequel il obtient en 2010 le prix Méditerranée).

En 2009, il redevient député européen après avoir été élu dans le Sud-Ouest à la tête de la liste UMP. Vice-président de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, il est rapporteur sur les négociations de l'accord d'association UE-Syrie.

Enfin, il est nommé en 2011 par le président Nicolas Sarkozy pour un mandat de six ans à une fonction nouvelle: inscrit dans la Constitution, le Défenseur des droits absorbe les missions des Médiateur de la République, du Défenseur des enfants, de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité (HALDE) et de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS).

Dominique Baudis avait épousé en secondes noces la journaliste et écrivain franco-algérienne Ysabel Saïah-Baudis. Il était père de trois enfants dont Florence, engagée en politique à Toulouse sur ses pas.