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Peut-on miser sur une stratégie "Zéro Covid" en Europe ?

L’Asie et l’Océanie ont adopté une stratégie "Zéro Covid" : des mesures drastiques au moindre cas pour poursuivre au mieux une "vie normale". Quels sont les pays qui applique le "Zéro Covid" ? Peut-on déployer cette méthode en Europe ? Les avis divergent.    

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Peut-on miser sur une stratégie
Image d'illustration. Une rue de Sydney, en Australie, qui applique la stratégie "Zéro Covid". Crédits Photo : © Shutterstock / Natsicha Wetchasart

Frapper vite et fort pour retrouver rapidement une "vie normale". C'est la stratégie dite "Zéro Covid" adoptée en Asie et en Océanie. Son principe : réduire à zéro la circulation du coronavirus dans une région ou un pays, grâce à des mesures strictes prises dès que des cas apparaissent, combinées à un contrôle drastique des foyers d'infection (tester, tracer, isoler).

Parallèlement, la vie normale peut se poursuivre dans les zones où le virus ne circule pas. Ainsi, à Auckland, deux millions de Néo-Zélandais ont entamé le 15 février un confinement de trois jours à cause de trois cas de covid-19.

Avantage sanitaire, social et économique

De plus en plus de spécialistes plaident pour que cette stratégie soit appliquée en Europe. "L'avantage est triple pour les pays qui l'ont adoptée", la Nouvelle-Zélande, l'Australie, la Chine, Taïwan et le Vietnam, assure l'épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève, qui co-signe le 15 février dans Le Monde une tribune en faveur du Zéro Covid.

"Sur le plan sanitaire, ils sont les champions du monde incontestés pour le faible nombre de décès par habitant, et sur le plan social, la vie a repris ses droits : bars, restaurants, activités culturelles et sportives, écoles et universités sont normalement ouverts, les gestes barrières quasi-inexistants", explique-t-il à l'AFP. "Sur le plan économique enfin, Taïwan et la Chine ont connu des croissances positives de leur PIB en 2020", ajoute le professeur Flahault.

Le "vivre avec" interroge en Europe

Pour ce spécialiste, le "Zéro Covid" est nettement préférable à la « stratégie de mitigation » de la plupart des pays occidentaux", qui appliquent, "entre deux vagues", le "vivre avec" le virus.

Une situation qui n'est "pas acceptable", selon Martin McKee, professeur de santé publique à la London School of Hygiene and Tropical Medicine (Royaume-Uni). Car "elle crée trop d'incertitudes sur le long terme". "On essaie en vain de contrôler l'épidémie, il y a sans cesse des résurgences et donc des confinements supplémentaires, et personne ne peut rien planifier", déclare-t-il à l'AFP.

Autre problème que pose ce "vivre avec" : "plus le virus circule, plus on s'expose à l'apparition de mutations" et donc de variants rappelle le Pr McKee, persuadé que le "Zéro Covid" est "la seule alternative".

Trop de différences entre l’Océanie et l’Europe ?

Mais l’application de cette stratégie est-elle réaliste en Europe ? "Ce serait plus difficile", estime le Pr Archie Clements, épidémiologiste à l'université Curtin de Perth en Australie. Pour plusieurs raisons : "la mobilité bien plus importante en Europe, la densité de population des villes bien plus élevée, la dépendance de l'économie européenne aux voyages transfrontaliers et le fait que l'Europe est une destination de voyage majeure", liste-t-il à l'AFP.

Autre différence majeure : l’isolement et l’absence de frontières terrestres qui caractérisent l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Autant d’arguments qui ne convainquent pas les Européens partisans du "Zéro Covid". "Lorsque le Royaume-Uni enregistre une plus forte mortalité que l'Allemagne, la Suisse ou la France, on ne dit pas que l'insularité est la raison de sa piètre performance", note le professeur Flahault. "Taïwan ou le Vietnam ont une densité de population importante", relève pour sa part le Pr McKee.

Ne pas répéter les "erreurs passées"

Que la stratégie "Zéro Covid" soit ou pas importable, il est de toute façon "trop tard pour cela en Europe", où le virus et ses variants circulent très fort, juge le Pr Clements.

"L'Europe a manqué l'occasion d'adopter une stratégie de type Zéro Covid à la fin du premier confinement" et a "préféré profiter de l'été" en "laissant filer la circulation du virus", fait valoir le Pr Flahault.

Prochain objectif pour ce spécialiste : "que nos démocraties ouvrent un véritable débat" pour éviter de "répéter les erreurs passées". Car "plusieurs pays européens arriveront à une décrue épidémique notable dans quelques semaines et devront bien se poser la question."

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