Infection, déformation, nécrose... voici les risques des injections illégales

Les injections illégales sont de plus en plus courantes. Le phénomène prend de l'ampleur sur les réseaux sociaux, avec des risques réels pour la santé.

Julie Zulian

Par Julie Zulian

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En quatre mois, deux personnes sont décédées suite à des injections illégales à visée esthétique en France, malgré les alertes des professionnels de santé.

Lundi 27 juillet, une femme âgée de 25 ans a fait "un malaise juste après une première injection de lidocaïne, un produit anesthésiant, et n'a pas pu être réanimée", selon l'AFP. Elle s'était rendue dans un salon de beauté situé à Nice pour une injection de botox au niveau des fesses.

En mars dernier, une femme d'une quarantaine d'années était décédée après avoir reçu des injections de lidocaïne et d'acide hyaluronique dans les fesses dans un appartement situé à Villeurbanne, près de Lyon. Ces deux décès interviennent alors que le marché des actes de médecine esthétique est en plein essor. 

Une hausse continue des signalements d'exercice illégal de la médecine esthétique

L'Ordre des médecins avait donné l'alerte lors d'un point presse, le 18 mars dernier, précisant avoir recensé 213 signalements d'exercice illégal de la médecine esthétique en 2025. Il y en avait eu 128 en 2024, soit déjà un signalement tous les trois jours. 

La médecine esthétique regroupe des pratiques diverses comme les injections d'acide hyaluronique ou de toxine botulique, les peelings chimiques, le détatouage, les implants capillaires ou les traitements cutanés par laser.

En France, environ 2 millions de personnes ont déjà consulté un médecin pour des soins esthétiques, dont 1,2 d'entre eux pour des injections d'acide hyaluronique ou de botox, d'après le Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom).

Un marché encouragé par les réseaux sociaux

Le recours aux injections d'acide hyaluronique ou de botox attire une patientèle de plus en plus jeune. Une tendance encouragée par les selfies et l'utilisation de filtres sur les réseaux sociaux. Ils encouragent la volonté de ressembler à une version filtrée de soi-même, avec des lèvres pulpeuses ou un nez plus mince. Un phénomène décrit dans la littérature médicale sous le terme de "Snapchat dysmorphia".

"Les filtres donnent une perception faussée de soi-même et peuvent augmenter l'insatisfaction corporelle, notamment chez les adolescents", rappelait le Dr Adel Louafi, chirurgien-esthétique et secrétaire général du Syndicat National de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SNCPRE), le 18 mars dernier.

Des complications qui peuvent survenir 30 ans après

Toutes ces injections constituent un acte médical et deviennent donc illégales dès lors qu'elles sont exercées en dehors des cabinets médicaux. Elles sont souvent vendues à des tarifs réduits avec la promesse de résultats immédiats. Les risques sont multiples : des infections, des allergies, des réactions inflammatoires, des nécroses du visage, des déformations irréversibles et dans certains cas, le décès.

"Il y a des risques liés à l’injection elle-même mais aussi aux produits injectés. Des seringues sont réutilisées sur plusieurs patientes, il y a des acides hyaluroniques qui sont périmés ou contaminés par des bactéries, voire qui ne sont pas des acides hyaluroniques", mettait en garde le Dr Louafi.

"L'autre difficulté, c'est que même si des complications ne sont pas visibles tout de suite, elles peuvent intervenir 10, 20 ou 30 ans après", rappelait la Dre Catherine Bergeret-Gallet, présidente du SNCPRE. Le syndicat dénonce un "phénomène toujours hors de contrôle", avec des complications graves qui se multiplient, et ce, malgré des alertes émises depuis 2022.

Comment reconnaître une pratique illégale ?

La méfiance est de mise sur les réseaux sociaux, principal canal par lequel passent les personnes non habilitées à effectuer des injections. "Des photos de résultats avant/après sont diffusées. Ces publications sont sponsorisées pour toucher un large public", avertissait le Dr Adel Louafi. Voici les signaux qui doivent alerter : 

  • Absence d'un titre médical comme docteur ou médecin. Les personnes non habilitées vont préférer le terme praticien ou cosmétologue, voire "doctor".
  • Identité masquée, avec parfois la présence d'un prénom ou simple pseudonyme.
  • Absence de l'adresse du cabinet, se méfier si elle n'est pas identifiable.
  • Paiement suspect par espèces ou paypal. Il faut se méfier si un acompte est demandé avant une injection, ce n'est pas la pratique d'un médecin.
  • L'absence de téléphone fixe et l'utilisation d'une messagerie instantanée ou privée.
  • Se méfier de la publicité, par le biais d'influenceurs, en France comme à l'étranger. La pratique repose sur le secret médical. La publicité à caractère promotionnel est interdite dans le code de déontologie des médecins.
  • La certification d'un compte ne représente pas une garantie d'une bonne pratique.

Huit hospitalisations en réanimation ont eu lieu suite à des injections illégales en 2024. "Il y a eu zéro cas de complications graves dans les cas d'injections réalisés par des médecins esthétiques ou des dermatologues. Tous les cas d'hospitalisation étaient dûs à des injections illégales", illustrait le Dr Adel Louafi.

Qui peut pratiquer des injections ?

Actuellement, les professions qui ont le droit d'exercer des injections d'acide hyaluronique ou de toxine botulique sont :

  • les chirurgiens plasticiens ;
  • les dermatologues (environ une centaine le propose en France, d'après le Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues) ;
  • les médecins esthétiques qui détiennent un diplôme inter-universitaire de médecine esthétique (DIUME).

Les médecins généralistes doivent donc détenir un diplôme qui leur permet de réaliser de la chirurgie esthétique.

La réalisation de ces injections n’est autorisée qu’aux médecins. Les esthéticiens, infirmiers, coiffeurs, prothésistes ongulaires ou particuliers ne sont pas habilités à réaliser des injections, rappelle Ameli.fr.

Que faire si vous avez été victime d'injections illégales ? 

Les personnes qui ont été victimes d'injections illégales n'osent pas toujours porter plainte. "Certaines personnes subissent des menaces tandis que d'autres ont honte d'avoir été flouées", témoignait la Dre Catherine Bergeret-Gallet. Pourtant, ces plaintes sont nécessaires pour lutter contre ces pratiques, rappelle le syndicat.

Si vous ne souhaitez pas porter plainte, un autre recours est possible : "Vous pouvez contacter le Conseil de l'Ordre national, section santé publique, et donner toutes les informations que vous avez sur l'injecteur ou l'injectrice illégale. Le Conseil de l'Ordre se chargera de les transmettre au Procureur de la République", expliquait le Dr Adel Louafi sur le plateau du Magazine de la Santé en septembre 2023.