Le premier coeur de porc greffé sur un humain était contaminé par un virus

Le patient avait survécu deux mois après avoir reçu une greffe exceptionnelle d’un cœur de porc génétiquement modifié. La cause de sa mort n'avait jusqu'ici pas été clairement identifiée.

Mathis Thomas
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L’équipe chirurgicale de l’Université du Maryland, à Baltimore, le 7 janvier 2022
L’équipe chirurgicale de l’Université du Maryland, à Baltimore, le 7 janvier 2022  —  University of Maryland Medical Center (UMMC)

Son cœur fonctionnait comme une “rock-star”, selon le chirurgien qui l’avait opéré. David Bennett, le premier humain à avoir reçu une greffe de cœur de porc génétiquement modifié, le 7 janvier 2022, avait pourtant succombé un peu moins de deux mois plus tard.

Dans un communiqué publié le 8 mars dernier, l’Université du Maryland, où le patient était suivi, avait annoncé la mort de M. Bennett. Son état s’était détérioré quelques jours plus tôt, sans que la cause exacte du décès ne soit identifiée. Le MIT Technology Review affirme aujourd'hui que la mort du patient aurait été causée par un virus porcin présent dans son nouveau cœur.

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Un danger pour les greffes

En s’appuyant sur un rapport encore non publié, la revue du Massachusetts Institute of Technology avance que le coeur de David Bennett était infecté par un cytomégalovirus porcin, un virus qui aurait pu être prévenu, et responsable d’effets dévastateurs sur les greffes.  

La présence de ce virus porcin a été confirmée par le Dr Bartley Griffith, le chirurgien à l’origine de cette première greffe mondiale. “Nous commençons à comprendre pourquoi il est décédé”, a-t-il avancé lors d’une conférence en ligne le 20 avril dernier. Ce virus reste toutefois complexe à maîtriser.

Si le cytomégalovirus humain est assez fréquent et bénin, son homologue porcin présente des risques plus élevés et semble notamment favoriser les risques d'échec des greffes.

Nouvelle avancée pour les xénogreffes

En effet, en 2020, une équipe de chercheurs allemands rapportait que les cœurs de porc greffés chez des babouins ne résistaient que quelques semaines en présence du virus, contre plus de six mois lorsque le cœur était sain.

La présence de ce virus dans le cœur du patient ne remet pas en cause la prouesse des xénotransplantations (ou xénogreffes), les greffes où le donneur n’est pas de la même espèce que le receveur. Et si la responsabilité du cytomégalovirus porcin est avérée dans la mort de M. Bennett, les chirurgiens espèrent qu’un cœur porcin sain permettra de procéder à des greffes viables sur le long terme. À condition que le virus ne soit plus présent dans les greffons. 

Greffe : un nouveau coeur pour une nouvelle vie  —  Le Magazine de la Santé - France 5