Eau potable : pesticides et nitrates dans les zones rurales

L’eau potable française contient des polluants agricoles, comme des pesticides, en particulier dans les zones rurales et de montagne. Ces pesticides sont pour certains suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Image d'illustration.  —  Crédits Photo : © Shutterstock / Dmitry Naumov

Plus d’un million de Français boivent de l’eau polluée. C’est ce que dénonce ce 20 avril l'UFC-Que Choisir, qui met à jour son étude nationale sur la qualité de l’eau potable et qui publie une nouvelle carte interactive accessible au grand public.
La principale inquiétude porte sur les zones rurales, où l’eau est polluée par des pesticides.

Eau conforme pour 98% des consommateurs

Pour réaliser cette étude, l’association de consommateurs s’est associée à l’ONG Générations futures et s’est appuyée sur les résultats d’analyses réalisés pour le compte des Agences régionales de santé (ARS).

Premier constat rassurant : la qualité de l'eau progresse. Ainsi, "98% des consommateurs ont accès à une eau conforme à la totalité des critères sanitaires, soit une progression de plus de deux points par rapport à la précédente étude de 2017", selon un communiqué de presse de l’UFC-Que Choisir.

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Pesticides et nitrates dans les zones rurales

Des problèmes subsistent toutefois, en particulier dans des zones rurales et de montagne. Selon UFC-Que Choisir, "les pollutions agricoles constituent toujours les premières causes de contaminations : 450.000 consommateurs boivent ainsi une eau dépassant les normes maximales en pesticides et 148.000 une eau contaminée par les nitrates".

UFC-Que Choisir cite notamment les villes de Château-Gontier (Mayenne), Langres (Haute-Marne) pour les pesticides et Berck (Pas-de-Calais), Chinon (Indre-et-Loire) pour les nitrates. "La pollution des eaux, des nappes phréatiques et des rivières n'a pas baissé", s'inquiète Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC-Que Choisir, qui a piloté l'étude.

La dépollution coûte cher

"Ce paradoxe de la bonne qualité de l’eau potable s’explique par la mise en place de coûteux traitements de dépollution", selon l'étude.

"Le coût de la dépollution des pollutions agricoles représente entre 750 millions et 1,3 milliard d’euros par an, intégralement financé par les consommateurs via leurs factures d’eau", indique-t-elle.

12 pesticides recherchés… sur 750 existants

Et ce n’est pas tout. L’UFC-Que Choisir dénonce un autre problème : celui de la disparité, selon les départements, des pesticides recherchés dans l'eau potable. "750 molécules de pesticides ou de dérivés peuvent être rencontrées dans la nature, en moyenne. On n'en recherche en France que 206", observe Olivier Andrault.

Pire, "dans certains territoires comme l'Aisne, qui est pourtant un département agricole avec des grandes cultures intensives très utilisatrices de pesticides, on peut descendre à 12", poursuit-il.

Soupçons de perturbateurs endocriniens

Il y a donc un problème de nombre de pesticides mais aussi de quantités recherchées. Car certains de ces pesticides sont soupçonnés d'être des perturbateurs endocriniens, qui "peuvent agir à des doses beaucoup plus faibles et avec un effet cocktail", souligne Olivier Andrault.

"Si on s'en tient aux normes actuelles, certes très basses au niveau de l'eau, et si on n'applique pas le principe de précaution au niveau des pesticides suspectés d'être des perturbateurs endocriniens, on soumet la population à un risque", juge-t-il.

Vers une interdiction de commercialisation ?

Dans cette étude, "28% des analyses considérées comme conformes à la réglementation" contiennent des pesticides soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens, selon le communiqué.

Un chiffre qui justifie la demande de l'UFC-Que Choisir, d'interdire la commercialisation de ces pesticides au nom du principe de précaution. "Les gouvernements français ne veulent pas contraindre les agriculteurs à respecter la réglementation environnementale. Nous en payons les conséquences et le coût au niveau de la facture d'eau", dénonce enfin Olivier Andrault.