Pourquoi le paracétamol est-il si cher ?

Quand le paracétamol fait monter la fièvre... Depuis plusieurs semaines, pouvoirs publics et laboratoires pharmaceutiques se bagarrent autour d'un projet visant à inscrire ce médicament au répertoire des génériques. L'Agence du médicament devrait prendre une décision très prochainement. Et l'enjeu est de taille : pour le gouvernement, cela permettrait à la Sécu de faire des économies. Mais les industriels du médicament craignent des suppressions d'emplois.

La rédaction d'Allo Docteurs
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Les comprimés à base de paracétamol font partie des médicaments les plus vendus en France. Près de 500 millions de boîtes ont été écoulées en 2012. Sur le marché du paracétamol, il y a deux laboratoires leaders : d'un côté Sanofi, le Français, de l'autre BMS-UPSA, l'Américain. Face à eux, une quinzaine de laboratoires spécialisés dans la fabrication de génériques, censés dans les faits produire du paracétamol à moindre coût.

Mais la différence de prix entre génériques et marques est bien maigre. Cette faible différence s'explique par l'histoire particulière du paracétamol comme l'explique Claude Le Pen, économiste de la santé : "Le paracétamol est un produit ancien qui a été synthétisé dans les années 1880. Les premières molécules ont été lancées dans les années 50. Et personne n'a jamais pu breveter le paracétamol tout simplement parce que ça ne répondait pas aux critères de brevetabilité. Le paracétamol n'était pas un produit nouveau inventé par un fabricant. Il reprenait une formule que tout le monde connaissait".

Sans brevet, le paracétamol ne peut pas être inscrit sur la liste officielle des génériques de l'Agence française du médicament. Une exception française qui fait du paracétamol un médicament non substituable.

Il n'y a pas de statut de générique, donc pas de médicament à moindre coût. Conséquence pour la Sécurité sociale : elle ne peut pas faire d'économies avec le paracétamol. L'anti-douleur lui coûte pourtant 500 millions d'euros en remboursement. Mais les intérêts de la Sécurité sociale ne sont pas ceux de l'industrie pharmaceutique. Chez BMS-UPSA, la situation est très claire : l'inscription du paracétamol dans la liste des génériques signerait la suppression de nombreux emplois. À Agen, dans l'usine du laboratoire, on compte plus de 1.000 salariés.

Diminuer la production et réduire la masse salariale dans des régions où l'emploi se fait déjà rare. La menace est prise très au sérieux par le gouvernement. Pour Claude Le Pen, économiste de la santé, une seule solution permettrait de faire des économies à la Sécurité sociale : le déremboursement pur et simple du paracétamol. "Dans la plupart des pays occidentaux le paracétamol est vendu en grandes surfaces. Mais le coût politique serait important. Le paracétamol est un produit qui rend un réel service, c'est un antalgique très puissant. La douleur est une priorité de santé publique. Il faudrait donc mettre en accord les objectifs économiques et les objectifs de santé publique", conclut-il.

À ce jour, des discussions entre le gouvernement et les laboratoires concernés sont en cours. Ces derniers doivent s'engager à baisser leur prix d'ici 2015. Un statu quo qui semble satisfaire toutes les parties.

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