Enquête sur l'affaire du Dr Roux

L'affaire avait fait grand bruit. Le 12 octobre 2010, le service de chirurgie cardio-vasculaire de l'hôpital de Metz était fermé en urgence pour un taux de mortalité jugé anormalement élevé. Le Dr Pierre-Michel Roux, chef de service, avait alors été révoqué. Mais un an après les faits, des doutes subsistent.

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Enquête sur l'affaire du Dr Roux
Enquête sur l'affaire du Dr Roux

Jusqu'à il y a un an, le Dr Pierre-Michel Roux était un chirurgien cardiaque réputé, et un chef de service respecté de ses équipes. Aujourd'hui, il n'a plus rien. Le médecin lorrain a été suspendu de ses fonctions, et quelques mois plus tard révoqué.

L'affaire a commencé en octobre 2010. Le directeur régional de santé de Lorraine annonçait la fermeture en urgence du service de chirurgie cardiaque de l'hôpital de Metz. En cause : un taux de mortalité deux fois supérieur à la moyenne nationale. Mais aussi des interventions jugées anormalement longues, une importance inquiétante de chocs septiques dans le service. Le Dr Roux, chef du service est alors suspendu de ses fonctions.

Des expertises contestées

La mission d'expertise, suivie d'une seconde quelques semaines plus tard, a mis en cause les pratiques du Dr Roux. Mais pour certains, ces expertises ont été bien légères. Selon le Dr Michel Boursier, cardiologue à l'hôpital de Metz : "ce rapport des experts a été malgré tout extrêmement superficiel. Personnellement, j'ai été entendu 15 minutes, et j'ai été le seul cardiologue entendu lors de cette première mission. On est obligé de penser que ce rapport a été un rapport à charge."

Dr Roux et Mr Hyde ?

L'un des faits reprochés au Dr Roux serait une pratique solitaire et des opérations programmées sans l'avis de ses confrères. L'autre accusation, c'est evidemment le taux de mortalité jugé très élevé et qui serait notamment dû à la prise en charge de malades trop lourds, c'est-à-dire très affaiblis. Un fait que ne conteste pas le Dr Roux et qu'il justifie : "Beaucoup de personnes qui me reprochent d'avoir pris un risque avec eux, avaient un risque spontané élevé, c'est-à-dire un risque de mourir dans les jours ou les semaines qui suivaient."

Dans son combat pour être réhabilité, le Dr Roux a aujourd'hui derrière lui plus d'une centaine de soignants ainsi que des grands noms de la cardiologie qui ont épluché les dossiers d'expertise et qui ne comprennent pas l'acharnement contre ce médecin.

Le doute subsiste

Une association composée d'anciens patients s'est également constituée. Elle est la première à avoir mis le nez dans les rapports des experts. À sa tête, Hubert de Chevigny, en a puisé une conviction : "Je me bats pour la vérité. Et la vérité c'est que le Dr Roux a été accusé de façon injuste. On lui a fermé son service sans que personne ne réagisse. Cette affaire est la preuve qu'un directeur d'ARS peut transformer le paysage de santé d'une région sans rendre compte à personne, même pas à nos élus."

De son côté, l'ARS de Lorraine n'a pas souhaité répondre à nos questions. Elle affirme ne pas vouloir communiquer sur ce dossier et estime l'affaire bouclée.

Pour le Dr Roux, l'affaire est loin d'être terminée. L'ancien chef de service a déposé 3 recours devant le tribunal administratif. Des actions qui peuvent prendre des années.

Révoqué à tort ?

En attendant, il est difficile de savoir si le praticien a été révoqué à tort. Le doute subsiste, notamment sur la procédure, sur la manière dont la révocation a été prononcée. Car dans cette affaire, il y a eu deux enquêtes. Une première qui a conduit à la fermeture du service et à la suspension du Dr Roux. La seconde enquête aurait dû être, en toute logique, une contre-expertise avec des experts différents. Or l'un des membres de la première enquête a aussi participé à la seconde. Ce qui en terme d'indépendance est clairement discutable.

De plus, Pierre-Michel Roux a été jugé par ses pairs, qui ont voté contre sa révocation. Quand il s'est présenté devant le conseil de discipline des praticiens hospitaliers, il y avait dans le jury 7 représentants de l'administration de la santé, et 3 représentants de médecins. Et bien, malgré les faits reprochés, le conseil a estimé que les compétences du Dr Roux étaient telles que cela ne valait pas une révocation, autrement dit un bannissement de l'hôpital public. Malgré la décision de cette instance, la révocation a quand même été prononcée.

Les défenseurs du Dr Roux parlent d'un acharnement.

Certains pensent même que le Dr Roux, tombait à point nommé pour résoudre un vieux problème administratif. Car cela faisait des années que les autorités sanitaires de Lorraine souhaitaient réorganiser la chirurgie cardiaque dans la région.
Avant que n'éclate l'affaire Roux, il y avait trois pôles : un à Nancy, et deux à Metz. L'ARS n'en souhaitait plus que deux. C'est aujourd'hui quasiment chose faite. Le service du Dr Roux, même s'il a rouvert, est sous la coupe de Nancy et la plupart des chirurgies complexes du cœur sont envoyées à Nancy. L'affaire du Dr Roux a en quelque sorte simplifié la tâche de l'Agence Régionale de Santé (ARS).

 

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