Chouette, une cacahuète anti-allergique !

Allergiques à l'arachide, réjouissez-vous ! Peut-être pourrez-vous bientôt grignoter à l'apéritif des cacahuètes hypoallergéniques. Des chercheurs toulousains viennent de déposer un brevet qui permettra de neutraliser les composants allergisants des arachides et rendre leur consommation plus sûre.

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Chouette, une cacahuète anti-allergique !
Chouette, une cacahuète anti-allergique !

Symptômes cutanés, digestifs ou respiratoires… l'allergie à l'arachide peut avoir des effets redoutables pour de nombreuses personnes, particulièrement les enfants. Les allergiques se voient alors contraints d'éliminer de leur alimentation les cacahuètes et les nombreux produits identifiés comme "pouvant contenir des traces d'arachides".

De quoi faire de cette graine l'ennemi numéro un d'Annick Barre, professeur à la faculté de pharmacie de l'université Paul-Sabatier à Toulouse, spécialisée dans la recherche sur les allergies. Et l'inciter à prendre la direction d'un projet scientifique au sein du laboratoire PharmaDev (qui associe l'université et l'Institut de recherche pour le développement) pour travailler à l'élaboration de cacahuètes anti-allergisantes.

Une coupable parfaitement identifiée

"L'allergie à l'arachide est due aux protéines végétales contenues dans la graine que nous consommons", nous explique Annick Barre. "Ce sont elles qui sont responsables de la réaction immunologique avec nos anticorps".

Pour combattre son ennemi, il faut le connaître. "La structure de la protéine allergène était déjà identifiée", précise la chercheuse. "Grâce à des techniques de purification et de modélisation de cette protéine, nous avons pu établir précisément sa structure moléculaire". Mais un problème subsistait. "L'antigène se trouve comme protégé dans des corps protéiques au cœur de la cellule de la graine. Il fallait donc trouver le moyen de l'atteindre et de le neutraliser".

Un "traitement de choc"

Pour rendre la protéine responsable de l'allergie inoffensive, il a fallu la déstructurer. "Nous avons fait subir à la protéine une sorte de traitement de choc à base de températures très élevées et de hautes pressions. Puis nous avons utilisé des probiotiques, dont les enzymes ont découpé "en petits morceaux" la protéine et l'ont inactivé. Elle n'était plus capable de réagir avec les anticorps".

Le processus permettrait de neutraliser jusqu'à 95 % des agents allergisants des arachides. Une avancée certes intéressante, mais qui ne permet pas de garantir l'innocuité du produit. "Nous devons encore améliorer le procédé", admet Annick Barre, "mais je crois que nous pouvons dire que nous arriverons d'ici peu à un produit totalement antiallergique. C'est gagné."

L'équipe d'Annick Barre est la seule à avoir mené ce genre de travaux en France. Et à l'étranger? "Je sais qu'aux Etats-unis, ou au Japon, des chercheurs réfléchissent aussi au moyen de rendre des aliments anti-allergisants. Mais ils explorent la voie des OGM. Nous voulions utiliser un procédé naturel" déclare la chercheuse.

Bientôt sur les étales des supermarchés ?

Un brevet a été déposé pour ce procédé. Peu coûteux, il va être élargi aux fruits à coques, comme les graine des sésames ou les noix de cajou, qui sont eux aussi très allergisants.

Les travaux ont été menés en partenariat avec un industriel, qui devrait pouvoir produire les aliments de manière à éviter tout risque de contamination.

L'arachide est la seconde cause d'allergie ali­men­taire chez les moins de 3 ans (après l'œuf) et la pre­mière cause après cet âge-là. Le marché de la "safe cacahuète" est donc loin d'être négligeable.

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