Cancer du sein : un marqueur épigénétique pour prédire l'évolution des tumeurs

Des chercheurs français ont découvert un marqueur inédit permettant de distinguer les cancers du sein à faible risque de récidive (cancers ER+ luminal A) des autres cancers. Leurs travaux, qui pourraient éviter des milliers de chimiothérapies inutiles chaque année, ont été discrètement publiés fin novembre 2014, dans la revue Molecular Biology.

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Cancer du sein : un marqueur épigénétique pour prédire l'évolution des tumeurs
Cancer du sein : un marqueur épigénétique pour prédire l'évolution des tumeurs

Parmi les tumeurs cancéreuses dont la prolifération est stimulée par l'hormone œstrogène (tumeurs ER+, près de 80% des tumeurs), on distingue les sous-types A et B.

Il existe de nombreuses formes de cancer du sein, dont le développement peut être stimulée par différentes molécules circulant dans l'organisme. Environ trois quarts des cancers du sein prolifèrent sous l'action de l'hormone œstrogène, deux tiers étant également sensibles à l'action de la progestérone (ces cancers sont dits "hormonaux-dépendants"). D'autres cancers sont également stimulés par une protéine du nom de HER2 (à noter que certaines cellules cancéreuses peuvent être stimulées par plus d'un facteur). Ces trois types de cancers peuvent réagir aux thérapies endocrines. Les formes de cancer qui ne sont stimulées par aucun de ces trois facteurs - cancers dits "triple négatifs" - sont beaucoup plus difficiles à traiter.

Le sous-type A représente près de 60% des cancers du sein : si les récepteurs aux œstrogènes sont nombreux, les gènes spécifiquement liés à la prolifération de la tumeur sont peu représentés.

C'est exactement l'inverse pour le sous-type B, qui prolifère rapidement.

Le risque de récidive est également important dans ce second cas. Aussi, après traitement local (chirurgie ou radiothérapie) de ce type de tumeur, prescrire une chimiothérapie est particulièrement pertinent..

"60% des femmes porteuses [de tumeurs du sein de petite taille] se voient administrer une chimiothérapie", détaille Geneviève Almouzni, directrice de recherche au CNRS et à l'Institut Curie dans un récent communiqué. "Or, [seule la moitié] d'entre elles en a réellement besoin."

Distinguer ces deux catégories de tumeurs est malheureusement très difficile. "Pour le moment, la décision des médecins [concernant la chimiothérapie] repose sur des critères biologiques et cliniques (âge au diagnostic, taille de la tumeur, etc.)", poursuit Geneviève Almouzni, qui constate qu'aucun test génétique n'a encore réellement fait ses preuves.

Mais les altérations génétiques "ne sont pas les seules à participer au développement des tumeurs", rappelle la chercheuse. De fait, l'expression des gènes dépend de multiples facteurs (qualifiés d'épigénétiques). Par exemple, chez deux individus, un même segment d'ADN ne se prêtera pas au décodage avec la même aisance : certaines molécules, en effet, favorisent - ou contraignent - le déroulement ou l'entortillement de l'ADN.

Un marqueur épigénétique des cancers à faible risque de récidive

La synthèse biologique d'une protéine passe par une transcription d'une portion de l'ADN. Cette transcription requiert la création d'une molécule intermédiaire ; plus le gène est décodé, plus une molécule donnée est présente en grande quantité dans la cellule.

L'équipe du professeur Almouzi a analysé des données précédemment publiées, relatives à la proportion de ces molécules intermédiaires dans des prélèvements effectués sur 1.127 malades. Les chercheurs ont alors découvert que toute une zone du génome était moins transcrite chez les patientes atteintes d'un cancer du sein de sous-type A que chez celles souffrant de toutes les autres formes de ce cancer (voir encadré).

En affinant leur analyse, les scientifiques ont découvert, au niveau de cette portion du génome, l'existence d'une molécule très facilement identifiable, et caractéristique d'un processus de transcription plus difficile.

La détection de cette molécule permet-elle de prédire l'appartenance d'une tumeur au sous-type A ? Pour le vérifier, les chercheurs ont analysés des échantillons biologiques émanant de 71 patientes de l'Institut Curie. Selon les données publiées fin novembre 2014 dans la revue Molecular Biology, cette fameuse molécule permettrait bel et bien de distinguer, très tôt, la nature de la tumeur.

Si ces travaux étaient confirmés, ils pourraient un jour permettre de réduire le nombre de chimiothérapies inutiles.

Source : The histone chaperone HJURP is a new independent prognostic marker for luminal A breast carcinoma. Rocío Montes de Oca, Geneviève Almouzni et coll. Molecular Oncology, 20 nov. 2014. doi:10.1016/j.molonc.2014.11.002

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