Bisphénol A, diabète et obésité : soupçons renforcés

Une étude chinoise et une espagnole renforcent les soupçons de liens entre le bisphénol A et le développement de l'obésité et du diabète de type 2. Ce produit présent, entre autres, dans les emballages alimentaires est connu depuis longtemps pour sa capacité à "mimer" les hormones de type oestrogènes.

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Bisphénol A, diabète et obésité : soupçons renforcés
Bisphénol A, diabète et obésité : soupçons renforcés

"Jusqu'à ces dernières années, les recherches s'intéressaient surtout aux effets du bisphénol A (BPA) sur le développement du fœtus et du très jeune enfant pour ses effets sur la fertilité et la fécondité", explique Daniel Zalko, biologiste à l'unité Toxalim de l'INRA. Car ce composant utilisé dans la synthèse des matières plastiques a surtout d'abord été identifié pour sa ressemblance avec les oestrogènes et ses interférences dans les processus régulés par ces hormones. "Mais on découvre petit à petit l'étendue des systèmes de régulation qu'il pourrait perturber et les deux dernières études suggèrent des effets chez l'adulte", poursuit-il.

Bisphénol A, diabète et obésité : soupçons renforcés

Des taux élevés de bisphénol A associés à l'obésité

L'équipe du Pr. Tiange Wang à Shangaï vient en effet de publier des travaux inquiétants dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism. Cette étude conclut, à partir de l'examen des urines de 3 390 adultes de plus de 40 ans, que ceux qui présentent des taux élevés de BPA "sont positivement et significativement associés à de l'obésité et à de l'insulino-résistance."

L'insulino-résistance est une perte d'efficacité de l'insuline, hormone régulatrice de la quantité de glucose dans l'organisme. Ce dérèglement est considéré comme favorisant l'origine de l'apparition d'un diabète de type 2. Or, justement, quand ces chercheurs ont réparti les personnes qui n'étaient pas en surpoids (Indice de Masse Corporelle - IMC - normal, inférieur à 25) en quatre groupes selon de leur taux de bisphénol A dans les urines, ceux qui étaient dans le quart le plus élevé présentaient 94 % d'insulino-résistance de plus que ceux du quart pour lequel les niveaux de bisphénol étaient les plus faibles.

"C'est intéressant, estime Daniel Zalko, mais leurs résultats doivent être considérés avec prudence. Ils soulignent eux-mêmes le risque de biais à travers les habitudes alimentaires sur lesquelles ils n'ont aucune information. Les taux de bisphénol A élevés peuvent être directement liés à la consommation de boissons sucrées, par exemple à partir de canettes métalliques dont la laque interne est à base de bisphénol A…" Auquel cas, le soda par exemple est peut-être accompagné de bisphénol, mais sa part dans le développement de l'obésité ne doit pas être oubliée ! Le chercheur de l'INRA souligne surtout, comme les auteurs, la nécessité de travaux complémentaires au niveau fondamental, "nous avons dans nos organismes des dizaines de produits qui n'existaient pas il y a 50 ans, explique-t-il. Le BPA est l'un des contaminants les plus fréquents, mais il n'est pas le seul composé chimique susceptible de perturber la physiologie." Le seul moyen d'être sûr de sa culpabilité est donc de l'étudier de façon isolée au laboratoire.

Le bisphénol A stimulerait la production d'insuline

D'où l'importance des travaux que vient de publier dans la revue PlosOne le Pr. Sergi Soriano du Ciberdem, centre spécialisé dans l'étude du diabète et des maladies métaboliques à Alicante. Il décrypte avec son équipe le mécanisme par lequel le bisphénol A dérèglerait le processus de la production d'insuline au niveau des cellules du pancréas.

"Le BPA est capable d'entrer dans leur noyau, d'interagir avec les récepteurs de l'oestradiol pour stimuler au niveau de l'ADN l'expression des gènes responsables de la production d'insuline", traduit Daniel Zalko. L'organisme  s'adapterait alors pour éviter une hypoglycémie chronique : les cellules normalement "destinataires" de l'insuline dans la chaîne de contrôle du glucose, y deviendraient moins sensibles.  C'est l'insulino-résistance qui induit à terme le diabète de type 2. "L'étude suggère aussi que cette surproduction d'insuline serait aussi générée par la perturbation deux autres "circuits" cellulaires dont un non-spécifique aux oestrogènes", poursuit le biologiste. "Elle prouve ainsi que le bisphénol n'agit pas seulement sur les cibles associées à ces hormones".

D'autres études vont dans le même sens avec des expositions toujours dites "à faible dose" c'est-à-dire en-dessous de la dose journalière tolérable (DJT) définie par les autorités sanitaires (50 microgrammes/kg/j). Des experts de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) ont d'ailleurs notamment conclu dans leur rapport sur les effets sanitaires du bisphénol A que ce type de travaux devraient dans l'avenir être mieux pris en compte dans l'évaluation des risques générés par ce produit.

L'ensemble renforce la vigilance du député PS Gérard Bapt, déjà à l'origine de la loi votée en décembre 2011, pour interdire le bisphénol A dans les contenants alimentaires, en 2013 pour les produits destinés aux enfants de moins de 3 ans, et en 2014 pour tous les autres. Il s'apprête à déposer une nouvelle proposition de loi sur l'ensemble des perturbateurs endocriniens dont le bisphénol fait partie au même titre que d'autres contaminants dont les phtalates. "Il s'agit d'une part de réclamer une loi pluriannuelle concernant la recherche dans ce domaine, explique le député. Et d'autre part d'obtenir la création d'un groupe d'étude permanent pour expertiser année après année toutes ces substances." L'idée serait ainsi de créer une veille permanente pour mieux identifier, et si possible surtout limiter, les risques auxquels nous sommes exposés.

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