Après l'Europe, le tabac s'attaque à l'Afrique

Comme l'Europe et ses campagnes anti-tabac ruinent le marché des sociétés productrices, le continent africain est devenu la nouvelle cible des industriels de la nicotine.

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Après l'Europe, le tabac s'attaque à l'Afrique
Après l'Europe, le tabac s'attaque à l'Afrique

62 % entre 1995 et 2000. C'est le taux d'augmentation de la consommation de cigarettes sur le continent africain. Un chiffre qui inquiète l'OMS, puisque selon ses calculs, en 2030, le tabac devrait faire 7 millions de victimes dans les pays en voie de développement, soit 70 % des victimes à l'échelle mondiale.

Cette augmentation rapide est surtout causée par la stratégie de marketing des entreprises du tabac. Avec les campagnes anti-tabac des pays européens, les fabricants ont perdu de nombreux clients qu'ils essayent de récupérer en Afrique. Les entreprises utilisent des images susceptibles de toucher et d'influencer les jeunes : artistes, sportifs, etc… tous communiquent une attitude "cool" qui incite les jeunes à les imiter. Et dans cette stratégie de marketing, personne n'est oublié. Les cigarettes en chocolat sont interdites à la vente en Europe ? Qu'importe ! Elles seront vendues à la sortie des écoles aux jeunes africains qui se feront une joie de frimer en mimant les postures des fumeurs. Les commerçants innovent même. La cigarette n'est plus en chocolat, mais en sucre ! Pour les adultes, le meilleur moyen de les faire acheter reste de parler de leur porte-monnaie. Désormais, les cigarettes ne sont plus vendues au paquet mais à l'unité. Le prix est le même, mais le consommateur a le sentiment de payer moins cher.

Evidemment, les résultats sur la santé ne se font pas attendre. Les Africains fument de plus en plus, de plus en plus tôt (10 % des fumeurs commencent à crapoter vers 13 ans), et ce fléau touche aussi les femmes.

Si certains états comme l'Afrique du Sud, le Botswana, l'Érythrée, Madagascar ou le Rwanda multiplient les lois et les campagnes anti-tabac, d'autres ne semblent pas pressés de mener la guerre à la nicotine. En Algérie, la société algérienne des tabacs et allumettes est le deuxième contributeur de l'État. Autant dire que les taxes sur le tabac, même si elles restent largement inférieures aux taxes européennes, constituent une ressource non négligeable pour l'économie des pays. Selon les pays, les taxations varient de 15 à plus de 50 %. De plus, sur un continent envahi par le paludisme, le sida et autres épidémies, les maladies causées par le tabac arrivent en dernière position sur la liste des préoccupations étatiques.

Dans un rapport de 2009, l'OMS analyse que "dans les 46 pays de la Région africaine de l'OMS (AFRO), les maladies non transmissibles devraient représenter 46 % des décès d'ici 2030, contre 25 % en 2004". Le Dr Alwan, sous-directeur général de l'OMS pour les maladies non transmissibles et la santé mentale, précise : "La consommation de tabac en Afrique est plus qu'un problème de santé, c'est aussi un problème de développement. Le tabac alimente la pauvreté, tuant des gens dans la force de l'âge. Il grève le budget familial et celui des soins de santé. D'autre part, l'argent dépensé en produits du tabac représente autant en moins pour des dépenses essentielles telles que l'éducation, l'alimentation ou les médicaments."

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