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Un lieu d'accueil pour les femmes victimes de violences

Pour les femmes victimes de violences, il est parfois difficile de trouver l’écoute nécessaire auprès de la police. À l’hôpital Robert Ballanger, en région parisienne, un dispositif a été mis en place pour faciliter le contact entre ces femmes et les forces de l’ordre.

Rédigé le , mis à jour le

Un lieu d'accueil pour les femmes victimes de violences

Des personnes confrontées à des situations traumatiques (deuil, catastrophe naturelle, attentat ...)  peuvent désormais être accueillies à l’Unité spécialisée de l’accompagnement du psycho-traumatisme, l’Usap. Beaucoup des patients de l’Usap sont des patientes. 

En 2018, parmi les 562 personnes reçues, 80 % étaient des femmes, et parmi elles 60 % étaient victimes de violences conjugales. C’est le cas d'une patiente qui souhaite parler de manière anonyme, pour préserver sa sécurité. 

"Ça a commencé basiquement, par une bousculade et puis après je te pousse dans le mur et puis je te jette contre le frigo etc. En fait, l’échelle de la violence a augmenté et pendant le confinement ça a explosé. Au point où il a failli me tuer en fait. Il m’a étranglée, j’ai eu des coups de tête, coups de poing, et j’avais mon fils en fait en bas âge avec moi, présent. C’est l’image de le voir me regarder pendant que j’étais en train de perdre connaissance clairement qui m’a dit non là il faut faire quelque chose, tout de suite".  

Plus tard, elle appelera la police, son conjoint est arrêté immédiatement, mais relâché après seulement quelques mois d’incarcération. Cette libération, est une grande source d’angoisse pour la victime, d’autant que son ancien compagnon la harcèle et ne respecte pas son interdiction de l’approcher.  

Protéger les victimes

Dans le commissariat de quartier de cette victime, personne ne suit son dossier et ne prend ses plaintes au sérieux. À l’Usap, la psychologue du service, la dirige vers la permanence policière de l’unité. Pour la première fois, elle est entendue et en 48 heures, elle se retrouve équipée du dispositif : Téléphone Grave Danger, pour assurer sa sécurité. 

Une fois le téléphone déclenché, une service de téléassitance prend en charge l'appel. Après analyse de la situation, une voiture des forces de l'ordre géocalise l'appel et se dirige vers la victime.

Ce téléphone est un premier pas pour retrouver une vie normale. Cette avancée a notamment été permise grâce à la permanence policière établie depuis quelques mois au sein de ce service. Les victimes peuvent porter plainte plus facilement, dans un cadre rassurant. C'est ce qu'expliquent les responsables de l’unité, un policier puis une psychologue.  

"La victime va pouvoir évoquer beaucoup plus facilement tout ce qui a pu lui arriver éventuellement même peut-être sur des choses plus anciennes, cela permettra de pouvoir matérialiser beaucoup mieux la plainte. Plus une plainte est bien étayée, les faits sont bien expliqués, plus cette plainte et cette procédure pourront aller à leur terme". 

"C’est beaucoup plus rassurant pour les femmes victimes de se rendre dans ce cadre-là, qu’elles connaissent, parce que classiquement dans les commissariats, l’accueil est quand même assez difficile, parfois l’attente est longue, elles ne savent pas sur qui elles vont tomber".   

FORMER LES FORCES DE L'ORDRE

Tous les policiers ont reçu une formation spécifique sur les violences faites aux femmes et cela fait toute la différence pour les victimes. C’est le cas pour cette femme qui raconte avoir été victime d’une agression sexuelle il y a 5 ans. À l’époque, sa plainte avait été classée sans suite. 

"Dans ma tête je me suis dit que la justice a déclaré que c’était sans suite et bien on passe à autre chose. En fait, je n’étais pas vraiment passée à autre chose. En plus, mon agresseur continue de m’envoyer des messages régulièrement. Il y a eu d’autres petits incidents, il est venu sur mon lieu de travail, des petites choses qui pour moi n’étaient pas graves et en fait si ça l’est et c’est ici que je l’ai réalisé en fait. Le lieu fait qu'il y a tout qui sort et c’est vrai que de rencontrer la policière ici, de savoir qu’il y avait mes médecins juste à côté, le fait que tout soit sur le même endroit, permet de se dire j’y vais, enfin oui ça va bien se passer".  

Un lieu d'écoute

Une femme a pu réexpliquer son agression sexuelle à une policière. C’était la première fois qu’elle avait le sentiment d’être écoutée par la police. Cela lui a permis de prendre conscience de quelque chose de primordial. Grâce à cette unité, elle va mieux psychologiquement et se sent prête à porter plainte à nouveau.

"Ici j’ai pris conscience de plein de choses. En effet, c’est l’agresseur qui n'a pas entendu mon refus. Quand j’ai parlé avec la policière, je lui ai réexpliqué et je lui ai dit que j’étais en train de pleurer, elle m’a dit à partir du moment où vous pleuriez c’était un refus. Cela m’a fait un bien fou que ce soit une policière qui me le dise, c’était la première fois que la police me disait que j’avais raison".

Dans le département de Seine-Saint-Denis, il existe deux unités de ce type. Les services de police souhaitent en ouvrir deux de plus. 

En cas de violences, contacter la police, ou appeler le numéro dédié aux violences faites aux femmes, le 39 19.  

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