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Comment réagir face aux enfants victimes de violences sexuelles ?

En cas de doute sur l'existence de violences sexuelles ou face aux confidences d'un enfant, quelle est la meilleure attitude à adopter ? Réponses avec Mireille Cyr, psychologue et intervenante aux 5èmes Assises nationales sur les violences sexuelles.

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Comment réagir face aux enfants victimes de violences sexuelles ?
©Visual Hunt

Alors que la parole des adultes victimes d'agressions sexuelles se libère, il reste difficile d'évaluer le nombre d'enfants et d'adolescents agressés sexuellement. Selon une méta-analyse de 2011, ce serait le cas de 18% des femmes et 7,7% des hommes (taux probablement sous-estimé) [1] de moins de 18 ans. Quels mots choisir pour ne pas les effrayer ? Mireille Cyr, professeure au département de psychologie de l'université de Montréal et auteur de l’ouvrage "Recueillir la parole de l’enfant témoin ou victime : de la théorie à la pratique", répond à nos questions. 

Les raisons du silence

D'après Mireille Cyr, plusieurs motivations peuvent pousser l'enfant à ne pas divulguer son agression : la peur de se faire disputer ou de décevoir, la méfiance envers les adultes, menaces de la part de l'agresseur, le fait de ne pas comprendre que c'est une agression, le fait de protéger la mère ou la fratrie des conséquences de la révélation…

  • Réagir de façon calme

Lorsqu'un enfant se confie, ou si un adulte a des doutes et le pousse à parler, la réaction de l'adulte est très importante. "Il doit essayer de rester calme alors même que c'est un choc. S'il a une réaction très vive du fait de l'anxiété ou de la panique, elle peut être mal interprété par l'enfant", conseille d'emblée Mireille Cyr. Il peut croire avoir fait quelque chose de mal, s'être mal comporté ou que c'est de sa faute, que son parent est fâché ou déçu, ce qui pourrait amener l’enfant à ne plus vouloir en parler.

  • Poser des questions ouvertes

Les confidences sont encouragées à l'aide de questions ouvertes. Il peut s'agir d'interrogations comme "Raconte-moi un peu plus", "Dis-moi tout ce qui s'est passé, du début à la fin" ou encore "Parle-moi plus de ce jeu que tu as mentionné",…. D'après la psychologue, un récit libre est a priori plus fiable qu'un récit orienté par des questions trop précises. "Ici, on en veut pas chercher à obtenir tous les détails possibles auprès de l’enfant, on souhaite accueillir sa révélation avec ce qu’il est à l’aise de confier", précise la spécialiste des entrevues d'investigation auprès des enfants victimes de violence.

  • Etre attentif à la formulation des questions

Les questions fermées risquent d'orienter le témoignage de l'enfant en lui donnant des options. Elles sont suggestives et limitent l'étendue de la réponse. "De plus, il faut éviter les questions du type "Est-ce que… " pour avoir des détails trop précis, recommande Mireille Cyr. Cela peut influencer le témoignage de l'enfant et modifier son souvenir de l’événement ". Les enfants sont suggestibles et ils ont tendance à aller dans le sens de la réponse attendue par celui qui pose la question. Ils vont rarement répondre "Je ne sais pas". "La question "Pourquoi ?" est également à éviter car elle a un ton accusateur pour un enfant", ajoute Mireille Cyr. En effet, les parents la posent souvent quand ils ont un reproche à faire… Ne pas répéter plusieurs fois la même question est important puisque l'enfant pourrait croire qu'il a mal répondu et modifer sa réponse.

  • Rassurer l'enfant

L'adulte doit rassurer l'enfant, de lui dire qu'il le croit et qu'il n'est pas coupable. Il peut le mettre en confiance en lui expliquant qu'il s'en occupe ou qu'ils vont en parler ensemble à la police. 

  • Ecrire le témoignage

Une fois le témoignage recueilli, il est conseillé de noter par écrit ce que l'enfant a confié, afin de rapporter le plus précisément possible ce qu'il a dit aux policiers et de donner ce verbatim.

  • Ne pas confronter l'agresseur

Autre conseil de Mireille Cyr : "Il faut rester dans son rôle de parent et ne pas commencer l'enquête à la place de l'enquêteur, en allant voir l'agresseur (ce qui peut être très compliqué quand il s'agit d'un membre de sa famille). D'autant plus qu'il faut toujours garder à l'esprit que ce sont des hypothèses…"

  • Qui appeler ?

Même si l'on a un doute, il est préférable d'en parler aux policiers. En l'absence de signalement et de violences avérées, il s'agit de non-assistance à personne en danger, pénalement répréhensible. En France, le 119 est le numéro gratuit du Service national de l'Enfance en danger. Un professionnel de l'enfance écoute le témoignage et donne des conseils. Si des éléments l'alertent, il contactera la Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP), qui fera appel aux services sociaux du département. Si l'enfant est en danger et nécessite d'être mis à l'abri rapidement, il signalera aussi le témoignage aux services de première urgence. Si la famille refuse d'agir, un signalement est effectué au Parquet et le Juge pour enfants peut être saisi.

 

[1]A global perspective on child sexual abuse: Meta-analysis of prevalence around the world. Stoltenborgh Child Maltreatment, 16(2), 79-101

 

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