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Ehpad : les employés en colère

Les personnels des Etablissements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) manifestent ce jeudi 14 mars pour réclamer davantage de moyens humains et financiers.

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Les employés des Ehpad exigent que les effectifs soient augmentés pour garantir aux pensionnaires des conditions de vie dignes

"On ne peut plus admettre que des personnes âgées ne soient pas douchées régulièrement", explique à l’AFP Mireille Stivala, employée en Ehpad et encartée à la CGT. Le 14 mars, son syndicat, accompagné de la FSU, de la CFDT ou de Solidaires, a manifesté devant le ministère de la Santé. L'association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) a elle aussi rejoint le mouvement. Au total, ce sont une centaine de personnes qui se sont rassemblées à Paris. Elles exigent que les effectifs soient augmentés de façon significative et rapide pour garantir aux pensionnaires des Ehpad, des services d'aide à domicile ou des hôpitaux gériatriques des conditions de vie dignes.

Des personnels trop peu nombreux

Pour ce faire, ils demandent une revalorisation de leurs salaires, de meilleures conditions de travail, et un ratio d'un salarié pour un résident. Aujourd’hui, ce ratio est de 0,6 en moyenne. Conséquence : les employés ne peuvent s’occuper des personnes âgées dépendantes comme il se doit. Comme l’expliquait en janvier dernier Mathilde Basset, ex-infirmière en Ehpad : "Je ne souhaite à personne d'être brusqué comme on brusque les résidents. Disponible pour personne, dans l'incapacité de créer le moindre relationnel avec les familles et les usagers, ce qui, vous en conviendrez, est assez paradoxal pour un soi-disant lieu de vie."

Pour garantir un accueil décent aux pensionnaires, il faudrait doubler le ratio de soignants d’ici quatre ans, d’après un rapport parlementaire publié le 13 mars. Cela correspondrait à plus de 200 000 recrutements, pour un coût de 7 à 10 milliards d'euros. Impossible pour Agnès Buzyn, qui affirme que l’Etat n’a "pas les moyens budgétaires". La ministre de la Santé se montre "rigide et inflexible", selon Jean-Claude Mailly, leader de FO. D’après lui en effet, consacrer aux Ehpad et aux structures similaires une simple "partie" des recettes fiscales supplémentaires enregistrées en 2017 suffirait à couvrir ces dépenses.

Une réforme jugée injuste par les opposants

La réforme du financement des Ehpad, appliquée depuis le 1er janvier 2017, est poursuivie par le gouvernement actuel. Elle a pour but de faire converger d’ici à 2023 les budgets des Ehpad publics et privés. Auparavant, le budget dépendance de ces structures était négocié au cas par cas avec le conseil départemental. Etaient notamment pris en compte la dépendance des résidents, ainsi que le lieu et la taille de la structure. Depuis que la réforme a été mise en place, ce budget est calculé automatiquement via une nouvelle formule. Pour les opposants, ce calcul, injuste, ne tient pas compte des disparités entre les établissements et entre les départements.

Agnès Buzyn a promis de contrer les effets négatifs engendrés par cette réforme, qui a, selon ses propres mots, fait de "20 à 25%" de perdants. Elle a évoqué de possibles "ajustements", en plus des 50 millions d'euros supplémentaires destinés aux Ehpad qu’elle avait débloqués fin janvier. La ministre doit présenter une nouvelle feuille de route concernant la prise en charge du vieillissement à la fin du mois de mars. L'intersyndicale doit quant à elle décider lundi prochain des suites à donner à son mouvement. Pour le moment, FO estime que les syndicats doivent se joindre à la journée d'action des fonctionnaires et des cheminots qui aura lieu le 22 mars.

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