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Hystérie : une histoire de femmes ?

Parmi les symboles de mauvaise prise en charge des troubles féminins par le corps médical, il y a l'hystérie. Pendant des siècles, tout ce qui ne s'expliquait pas immédiatement par une maladie connue relevait d'une sorte de demi-folie. Un ensemble de symptômes dont la cause était attribuée à l'organe qui séparait clairement hommes et femmes : l'utérus.

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Hystérie : une histoire de femmes ?

C'est sur un papyrus égyptien que seraient évoqués pour la première fois d'étranges comportements spécifiquement féminins. Mais c'est Hippocrate quelques siècles plus tard qui leur donne le nom d'hystérie car il en attribue l'origine à l'utérus, c'est-à-dire hysteria en grec qui signifie la matrice.

Au Moyen-Âge, les femmes touchées par des crises avec des signes parfois très sexués ont subi de terribles répressions. "Un lien est fait entre le péché et la sexualité donc il y a une stigmatisation croissante qui se fait autour de ces symptômes repérés uniquement chez la femme et qui sont reliés à quelque chose de diabolique, une possession par le diable... La thérapeutique sera alors l'exorcisme. Et à partir du XII-XIIIe siècle, on brûlera les sorcières", explique le Pr Jean-François Allilaire, psychiatre.

Ce n'est qu'en 1682 que les bûchers sont enfin interdits par Louis XIV. Mais des femmes continuent encore à être exorcisées au XVIIIe siècle. Celles qui y échappent grâce à des symptômes plus discrets sont confiées à des médecins dont l'attitude reste proche de l'Antiquité. Et pendant des siècles, l'intérêt du corps médical envers ses troubles reste limité. La femme continue à être définie par sa nature de génitrice, son utérus avec des aléas qui sont une sorte de fatalité.

Les femmes les plus atteintes se retrouvent à l'asile livrées à elles-mêmes. C'est là que les découvre, en 1870, le docteur Jean-Martin Charcot, jeune chef de service à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Il va notamment étudier le discours, la mémoire, le fonctionnement mental des hystériques. Paralysie, troubles de la marche, douleurs... Le Dr Charcot décrit minutieusement toutes les formes prises par l'hystérie. Et il découvre qu'elle n'a aucune cause anatomique, ni dans l'utérus, ni dans les ovaires, ni dans le cerveau.

En écoutant ses patientes, il devine ce qui va être confirmé par l'avènement du train : "Des psychotraumatismes surviennent dans les trains, avec des ouvriers blessés, en danger de mort... Ils vont développer des symptômes qui ressemblent à l'hystérie féminine", raconte le Pr Allilaire. Charcot introduit alors l'hypnose et la psychothérapie pour guérir l'hystérie. Mais ses découvertes étaient un peu trop révolutionnaires pour l'époque et l'hystérie restera encore longtemps perçue comme une maladie essentiellement féminine.

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