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Première mondiale : un traitement pour soigner un syndrome proche de celui d'Elephant Man

Un traitement expérimental de cancérologie s’est révélé efficace pour réduire de façon significative les malformations associées à une pathologie jusqu'à présent incurable, le syndrome de Cloves.

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De graves malformations d'origine génétique traitées grâce à un anticancéreux expérimental.

C'est une avancée thérapeutique qui pourrait sauver la vie de centaines de patients, atteints du syndrome de CLOVES, un syndrome génétique rare, proche de celui dont souffrait Elephant Man, et qui entraîne de très graves malformations parfois mortelles.

Ces maladies ont en commun les mutations d’un gène, PIK3CA, impliqué dans la prolifération des cellules. Ces anomalies vont entraîner la croissance anormale d'organes. Dans les cas les plus graves, comme le syndrome CLOVES (Congenital Lipomatous Overgrowth, Vascular Malformation, Epidermal Nævi), les patients présentent des excroissances de tissu graisseux, des malformations vasculaires, une scoliose, des déformations des mains, des bras, voire des reins ou du cerveau, engageant à terme leur pronostic vital.

Un traitement détourné de sa première utilisation

Or, depuis quelques années, l’industrie pharmaceutique s’intéresse aux mutations du gène PIK3CA, celles-ci s’observant parfois dans les tumeurs du sein ou du colon. Ainsi, le laboratoire Novartis expérimente actuellement le BYL719, un inhibiteur de ce gène, en cancérologie.

L'idée de détourner ce traitement de sa mission première a germé dans la tête du Dr Guillaume Canaud, de l’hôpital Necker Enfants malades (AP-HP), fin 2015, après sa rencontre avec un patient de 29 ans présentant un syndrome de CLOVES avancé, pour lequel aucune intervention n’était plus envisageable.

L'ANSM a autorisé le recours au BYL719 à titre expérimental pour ce patient. Pari gagnant : "Très rapidement [après le début du traitement], un effet positif a été observé sur l’ensemble des symptômes", commente aujourd’hui l’AP-HP. "Il a notamment été constaté une diminution importante des masses vasculaires et des excroissances dont le patient souffrait mais aussi une amélioration majeure de sa qualité de vie. Dix-huit mois plus tard, ce premier patient n'a présenté qu’un seul effet secondaire, une hyperglycémie, bien contrôlée par un simple régime alimentaire".

19 patients déjà sauvés grâce à ce traitement

Fort de ces résultats, une équipe de recherche dédiée a été mise en place. Mi-2016, une enfant de 9 ans atteinte présentant une grave tuméfaction vasculaire a été traitée quotidiennement avec le BYL719, qui a eu "un effet spectaculaire sur l’ensemble des symptômes, des déformations et sur la tuméfaction". "Aucun effet secondaire n’a été constaté chez ce premier enfant, le premier dans le monde à recevoir ce traitement, et que sa croissance n’a pas été affectée au cours des 12 mois du suivi", précise l’AP-HP.


Évolution de l'état d'une patiente sur six mois. (crédits : Dr Canaud, AP-HP)

En février 2017, dix-neuf patients âgés de 4 ans à 50 ans se sont vu proposer le traitement. "Dès les premiers jours, […] tous ont présenté une amélioration spectaculaire de leur état général et notamment une réduction rapide de la taille des tumeurs vasculaires, des dilatations veineuses, de l’aspect cutané ou du volume anormal des membres ainsi qu’une diminution de la fatigue et une meilleure résistance à l'effort. Par ailleurs, tous les patients ont connu une amélioration de leur scoliose", poursuit l’AP-HP, qui note que certains ont pu reprendre une activité physique, retourner à l’école, ou arrêter certains traitements antidouleurs.

"Après six mois de traitement, ces 19 patients sont encore en vie et aucune intervention chirurgicale n'a été effectuée. Des effets secondaires mineurs, tels que des aphtes, ont été observés chez trois d’entre eux".

L’ensemble des patients continue aujourd'hui à recevoir quotidiennement le BYL719.

la rédaction d'Allodocteurs.fr

Étude : Q. Venot et al. "Molecular targeted therapy in patients with PIK3CA-related overgrowth syndrome", Nature, 13 juin 2018 doi:10.1038/s41586-018-0217-9

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