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La pollution de l’air est-elle un facteur aggravant du coronavirus ?

La pollution aux particules fines pourrait augmenter le risque de complications du Covid-19 et favoriser sa propagation, selon des scientifiques et des associations de surveillance de la qualité de l’air.

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La pollution de l’air est-elle un facteur aggravant du coronavirus ?
Pollution atmosphérique à Paris. Crédits Photo : Wikimedia Commons / Cherry

La Chine, le Nord de l’Italie, l’Iran, le Grand-Est, l’Île-de-France… qu’ont en commun toutes ces régions ? Un nombre important de cas sévères de coronavirus Covid-19 et de décès, mais aussi des niveaux de pollution souvent élevés. Et si ces deux facteurs étaient liés ? C’est en tout cas une hypothèse soutenue par plusieurs scientifiques.

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Episode de pollution printanière

Certes, en France comme dans les autres pays touchés, une chute de la pollution aux dioxydes d’azote liée au trafic routier a été enregistrée dès la première semaine du confinement. Mais les relevés de la qualité de l’air n’ont pas montré de baisse du taux de particules fines liées à de multiples sources de pollution, ni des particules polluantes liée aux épandages dans les champs.

Pire, un épisode de pollution a eu lieu le week-end du 28 mars en région parisienne et dans le Grand-Est : en plus de la pollution liée au chauffage résidentiel au bois, cet épisode de pollution montre "une part importante de particules secondaires formées à partir d’ammoniac et d’oxydes d’azote, l’ammoniac étant issu majoritairement des épandages de fertilisants", rappelle l’association régionale de surveillance de la qualité de l’air Atmo Grand-Est. Un épisode aggravé par la météo printanière de la semaine dernière, réunissant ensoleillement et absence de vent, qui a favorisé la pollution aux particules fines.

La pollution fragilise les voies respiratoires

Or, selon un communiqué d’Atmo France, fédération des associations de surveillance de la qualité de l’air, publié le 27 mars, "les habitants de zones polluées seraient exposés à un risque accru face au Covid-19". Et ce pour plusieurs raisons.

La première raison est liée à l’état initial de leur appareil respiratoire. En effet, "la pollution de l'air fragilise les voies respiratoires et rend les organismes plus vulnérable" rappelle Atmo France. Ainsi, selon cette fédération,"une exposition chronique à la pollution de l’air est un facteur aggravant des impacts sanitaires lors de la contagion par le COVID-19", notamment parce qu’elle peut être à l’origine de nombreuses affections (inflammation des voies respiratoires, hypertension, diabète...) elles-mêmes considérées comme facteur aggravant.

Lien entre SRAS et pollution

La deuxième raison s’appuie sur les connaissances qu’ont les scientifiques sur le virus du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS), un coronavirus cousin du Covid-19. En 2003, une étude publiée dans la revue Environmental Health s’était penchée sur le lien entre la pollution de l’air et les décès dû à ce virus du SRAS en Chine.

Selon cette étude, les patients contaminés vivant dans des régions modérément polluées avaient 84% plus de risques de mourir que les patients de régions peu polluées. De même, les patients vivant dans les régions avec des niveaux de pollution élevés avaient deux fois plus de risques de mourir du SARS par rapport à ceux vivant dans les régions peu polluées.

Les particules fines, vecteurs du Covid ?

Outre le risque accru de complication, la question de la propagation du virus interroge les scientifiques, qui soupçonnent les particules de pollution de faciliter la mobilité du Covid-19.

C’est ce qu’avance une étude publiée le 17 mars par la Société italienne de médecine environnementale. Celle-ci met en évidence une corrélation entre les niveaux de pollution élevés constatés en Lombardie et le nombre important de décès dans cette région. Selon ces scientifiques, les particules fines présentes en Italie auraient pu contribuer à propager le Covid-19 et à le transporter dans l’air, à des distances supérieures à celles des mesures de sécurité. Des études plus complètes sont néanmoins attendues pour confirmer ce lien et établir une éventuelle relation de cause à effet.

"Limiter drastiquement les épandages agricoles"

En attendant, le collectif Air-Santé-Climat, qui rassemble des médecins, des chercheurs et des associations spécialistes de la pollution atmosphérique publiait le 24 mars une tribune appelant à "limiter drastiquement les épandages agricoles afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus" au nom du principe de précaution.

"Les particules fines servent de vecteur, de transporteur au virus qui se déplace d’autant plus facilement lorsque l’air est chargé de particules fines" alerte ce collectif. Et ce sur de grandes distances, car les particules fines, et donc potentiellement les virus, "peuvent voyager sur plusieurs kilomètres" s’inquiètent les signataires de la tribune.

Air-Santé-Climat appelle donc à réduire les épandages responsables de pics de pollution "durant les mois de mars à mai", par exemple en optant pour des alternatives moins polluantes pour l’air, comme les techniques d’enfouissement de l’engrais.

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