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Coronavirus : la question de la deuxième vague divise les scientifiques

Les autorités sanitaires et de nombreux experts craignent une deuxième vague liée à la levée du confinement. Une minorité de scientifiques est en revanche convaincue que cette deuxième vague n’aura pas lieu.

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Coronavirus : la question de la deuxième vague divise les scientifiques
Image d'illustration. Crédits Photo : © Shutterstock / Jerome LABOUYRIE

Faut-il ou non s’attendre à une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 ? Si la levée du confinement fait craindre cette deuxième vague aux autorités, quelques scientifiques, aux positions toutefois minoritaires, estiment qu’elle ne viendra pas.
"C'est iconoclaste, mais pas plus que l'OMS qui dit que le coronavirus peut ne jamais disparaître", dit à l'AFP l'épidémiologiste Laurent Toubiana. "Ma thèse, c'est qu'il n'y a pas de deuxième vague", reprend-il.

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"Éventuellement quelques cas sporadiques"

Pas de deuxième vague, cela veut dire pas d'afflux massif de patients provoqué par la sortie du confinement, qui risquerait de déborder les services de réanimation. La tête de pont médiatique de cette théorie est le professeur Didier Raoult. "Nulle part il n'y a de deuxième vague (...) Éventuellement quelques cas sporadiques apparaîtront ici ou là (mais) l'épidémie est en train de se terminer", a-t-il assuré dans une vidéo mise en ligne le 12 mai.

Coutumier de ces déclarations, le controversé défenseur de l'hydroxychloroquine ne dit pas ce qui l'amène à penser cela. Mais une poignée d'autres scientifiques défend la même hypothèse, argumentaire à l'appui.

Plus de nouvelles personnes à infecter

"Cela se base sur des arguments d'analyse dans les 188 pays qui ont déclaré des cas et sur la dynamique évolutive de la maladie", déclare ainsi à l'AFP le professeur Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (Irmes).

Lui et Laurent Toubiana ont un raisonnement similaire. Ils estiment que l'épidémie a sans doute démarré sans bruit bien avant ce qu'on pense, peut-être dès l'automne. Puis qu'elle a ensuite flambé très vite et très fort, à partir de fin février en Europe, qu'elle a touché le maximum d'individus possible. Et maintenant, elle décroit, faute de nouvelles personnes à infecter.

Ce dernier point tranche particulièrement avec le discours dominant.

Des chiffres pourtant très loin de l’immunité collective

En effet, dans une étude publiée le 13 mai, des chercheurs de l'Institut Pasteur estiment que seuls 4,4% de la population française (soit 3,7 millions de personnes) ont été contaminés à la date de la levée du confinement le 11 mai, sur la base de modèles mathématiques. C'est très loin des 70% qu'il faudrait selon eux pour atteindre une immunité collective permettant d'éviter une deuxième vague sans mesures de contrôle de l'épidémie.
Une étude espagnole a donné des résultats comparables.

L’hypothèse "difficile à vérifier" des anticorps non-spécifiques

Mais pour Laurent Toubiana et Jean-François Toussaint, le présupposé de départ est biaisé. "Raisonner sur l'intégralité de la population induit que toute la population serait susceptible (de contracter le Covid-19). Je pense que ce n'est pas le cas", affirme le premier.

En se basant sur des données de SOS Médecins, il juge que le Covid-19 a en fait frappé beaucoup plus de Français que ce que l'on croit, près de 18 millions (dont 5,5 sans symptômes). "Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps non-spécifiques de ce virus peuvent l'arrêter", postule-t-il, en concédant qu'il s'agit "d'une hypothèse, difficile à vérifier".

"Le virus s’épuise très vite"

Le Pr Toussaint, lui, avance l'idée que le virus ne puisse en fait "atteindre que 20 ou 30% de la population" pour des raisons inconnues. "Ce virus n'est pas un marathonien, c'est un sprinter : il s'épuise très vite, et c'est peut-être notre chance", veut-il croire.

Selon lui, le pic de contaminations en France a été atteint le 31 mars et celui des décès le 7 avril (le 16 dans le monde). Il estime la durée de la flambée épidémique à "quatre semaines" à partir de fin février, avec une décrue "en six à huit semaines". Le cycle de l'épidémie serait donc de "deux mois et demi à trois mois".

Le confinement, "procédé extrême" ou utile pour sauver des vies ?

Toutes ces hypothèses ont un corollaire : selon les deux hommes, farouches adversaires du confinement, ce "procédé extrême" n'a servi à rien ou presque, puisque la vague était quasiment déjà passée quand il a été instauré le 17 mars. De l'aveu de Jean-François Toussaint, ces théories n'étaient "absolument pas audibles fin mars". Elles restent aujourd'hui encore très minoritaires.

Les épidémiologistes de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), notamment, affirment au contraire qu’un mois de confinement a suffi à épargner plus de 60.000 vies en France et à empêcher un engorgement aux conséquences probablement catastrophiques du système de santé par les malades du Covid-19.

"Message de prudence"

Et maintenant que le confinement a été levé ? Dans un avis rendu le 20 avril, le Conseil scientifique mis en place par le gouvernement estimait qu'"au moment de la sortie de confinement, si toutes les mesures de contrôle sont levées d'un coup, une seconde vague épidémique est attendue", avec un "risque de nouveau confinement".

"Aujourd'hui personne ne peut affirmer ce qui va se passer", déclare à l'AFP Nicolas Hoertel, psychiatre et modélisateur à l'hôpital Corentin-Celton près de Paris. Il a cosigné une étude selon laquelle la distanciation physique et le port du masque sont des mesures cruciales après le confinement, mais qui pourraient toutefois ne pas suffire à éviter un second pic épidémique.

"Ce risque n'est pas nul, donc notre message est plutôt un message de prudence, un appel à la vigilance collective et au respect des mesures de protection", prévient-il. "Je préfère avoir peut-être tort d'avoir peur plutôt que de négliger un risque", répond-il quand on l'interroge sur ceux qui ne croient pas à la deuxième vague.

Une deuxième vague plutôt à l’automne ?

"Les indicateurs de surveillance et les tests permettront d'en savoir plus d'ici une à deux semaines", a expliqué le professeur Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, lundi 18 mai sur France 2. D'ici là, "ne décidons pas trop vite (d'assouplir ou de resserrer les restrictions, ndlr), mais restons très vigilants", a-t-il ajouté.
Par ailleurs, la vraie deuxième vague pourrait ne pas être celle liée à la fin du confinement, mais arriver plus tard, à l'automne, pour une phase épidémique distincte de celle que l’on vit actuellement.

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