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Neuropsychologie : pourquoi oublie-t-on ?

Nous avons plusieurs types de mémoires, et les informations que nous stockons sont d'autant plus accessibles que nous les rappelons souvent. Mais qu'est-ce que l'oubli ? Pourquoi oublie-t-on ? Pourquoi certains souvenirs résistent mieux que d'autres à l'oubli ? Quand doit-on s'inquiéter de ses oublis ? Les explications avec le docteur Sylvie Chokron, neuropsychologue.

Rédigé le , mis à jour le

Chronique de Sylvie Chokron, neuropsychologue, du 23 janvier 2013

L'oubli correspond à la situation dans laquelle nous ne pouvons pas retrouver un souvenir à la demande. L'oubli touche tous les types de mémoire : autobiographique, didactique et même la mémoire prospective, puisque l'on peut aussi bien oublier un nom propre, un code, un itinéraire que nous avons connu par le passé, un texte que nous avons appris... L'oubli ne veut pas forcément dire qu'un souvenir a disparu, il peut simplement être difficile à récupérer. C'est pourquoi, on peut parfois reconnaître une information parmi d'autres alors qu'il est difficile de la rappeler librement.

Pourquoi oublie-t-on ?

Il semble que l'oubli soit dû à deux phénomènes, d'une part le fait que le souvenir peut se détériorer, en particulier si nous n'avons pas recherché cette information depuis un certain temps, et d'autre part parce que nous avons mémorisé d'autres informations proches qui sont venues altérer une information plus ancienne par interférence.

Certains souvenirs résistent mieux que d'autres à l'oubli. Plus une trace sera utilisée et recherchée régulièrement, plus elle sera solidement ancrée dans notre mémoire et peu susceptible d'être oubliée. Par exemple, si vous faites un numéro de téléphone tous les jours, vous le mémoriserez rapidement, mais si vous cessez de composer ce numéro pendant quelques semaines, vous risquez de l'oublier. Par ailleurs, les habiletés apprises et totalement automatisées comme le vélo, la natation, la conduite... résistent beaucoup mieux à l'oubli même chez les patients qui présentent par ailleurs de gros troubles de la mémoire.

L'amnésie infantile

Les très jeunes enfants et même les nourrissons sont dotés d'une mémoire déjà très efficiente, pourtant le plus souvent on ne peut pas évoquer nos premiers souvenirs. D'après Freud, cette amnésie infantile serait due au refoulement. D'un point de vue neuroscientifique, l'amnésie infantile pourrait être due au fait que les premiers souvenirs ont été acquis à un stade où l'enfant n'a pas de langage, et où ses capacités perceptives et motrices sont radicalement différentes de ce qu'elles deviendront à partir de 3 ans. Cette différence de contexte entre la création du souvenir et sa récupération expliquerait l'incapacité à retrouver des souvenirs très précoces.

Par ailleurs, on peut aussi penser que le système mnésique est encore immature et rend la conservation et l'évocation des premiers souvenirs trop fragiles pour être conservés.

Quand doit-on s'inquiéter de ses oublis ?

L'oubli ne correspond heureusement pas toujours à une maladie de la mémoire. Nos oublis peuvent provenir d'un manque de disponibilité, c'est-à-dire d'un manque d'attention soit en cas de fatigue physique, soit lorsque nous sommes préoccupés. Par ailleurs, dans certains cas, il peut s'avérer nécessaire d'oublier notamment quand on a vécu un évènement traumatisant.

Il faut aussi accepter qu'au fur et à mesure du vieillissement, notre mémoire nous joue des tours, et nous risquons d'oublier de plus en plus d'informations, d'une part du fait du vieillissement physiologique des structures impliquées dans les différentes étapes de la mémorisation mais également parce que la quantité d'informations mémorisées est susceptible de créer plus d'interférences.

En règle générale, c'est l'entourage qui s'inquiète le plus des oublis d'un proche surtout lorsque ceux-ci deviennent invalidants. Il convient de s'inquiéter quand ces oublis touchent des informations bien connues du patient et surtout lorsque celui-ci ne semble pas en avoir conscience. L'oubli devient massif, et est qualifié d'oubli à mesure, c'est-à-dire d'incapacité à apprendre lorsque l'hippocampe est touché dans les deux hémisphères.

Aider les patients qui souffrent de nombreux oublis

À la suite d'un traumatisme crânien ou d'un accident vasculaire, et dans le cas d'autres maladies, comme la maladie d'Alzheimer, les patients peuvent avoir de grandes difficultés à se souvenir d'informations acquises avant l'accident ou encore à mémoriser de nouvelles informations. Il faut d'abord identifier l'étape et le type de processus déficitaire pour que la rééducation soit efficace et parallèlement leur apprendre à utiliser des aides pour pallier leur trouble de mémoire pour éviter au maximum la gêne sociale et professionnelle occasionnée par ces troubles. On peut également essayer d'automatiser certaines tâches qui de ce fait, ne mettront plus en jeu la mémoire.

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