Prévention du suicide : le rôle de l'entourage ?

Mon frère s'est suicidé alors que nous venions de passer un après-midi ensemble et il avait l'air heureux. On n'a rien vu venir.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

Les réponses avec le Dr Cécile Omnes, psychiatre, membre du groupement d'étude et de prévention du suicide au centre hospitalier Charcot à Plaisir, et avec Vincent Lapierre, psychologue au centre de prévention suicide Popaincourt :

"Le rôle de l'entourage est aussi de repérer un certain nombre de choses, mais pas forcément des signes. Ce n'est pas forcément en terme de sémiologie que ça se joue, on parle de ressenti, quelque chose que l'on sent et d'un changement. Cliniquement on observe que parfois une personne qui a des idées suicidaires a une sorte de soulagement s'il sait qu'il va passer à l'acte, qui peut d'ailleurs même donner l'impression d'euphorie. Cela peut faire penser à l'entourage que les problèmes sont résolus et que tout va aller pour le mieux."

"10 à 15% des personnes qui ont fait une tentative de suicide mourront par suicide. C'est donc un facteur majeur, mais tout le monde ne prévient pas. Les hommes entre 30 et 60 ans sont les personnes directement concernées par la problématique de suicide et il n'y a pas d'avertissement avant. Les femmes étant moins violentes, les tentatives de suicide sont plus fréquentes. Dans tous les cas, la culpabilité sera toujours présente que l'on ait vu, que l'on n'ait pas vu… Parce que penser à la question du suicide pour son père, son frère, sa mère, soi-même… n'est pas quelque chose de normal, il est donc logique de ne pas y penser comme étant actuellement peut-être le problème.

"Une tentative de suicide est toujours grave. Cela signifie que la personne va mal et il y a d'autres réponses possibles que de mettre fin à ses jours, encore faut-il pouvoir les trouver, encore faut-il qu'il soit accompagné pour pouvoir les trouver car si ces personnes se mettent en danger, c'est qu'elles n'arrivent pas à trouver d'autres solutions valables. De ce fait, les recommandations ont leur importance : toute tentative de suicide doit faire l'objet d'une hospitalisation pour faire un bilan, un bilan psychiatrique, psychologique, social, familial pour arriver à repérer tous les éléments en cause, sur lesquels on peut agir immédiatement, sur lesquels il va falloir effectivement agir sur plus longtemps, avec quelle décision thérapeutique sur le plan psychiatrique, sur le plan psychologique, quelles aides sociales peuvent être mises en place… En général il y a beaucoup de choses possibles. Ce qui est sûr, c'est que si rien ne change, il y a de fortes chances hélas que ça recommence."