Deuil en période d'épidémie : quel accompagnement ?

Dans les décès liés au Covid-19, l'impossibilité de voir les défunts et de se rassembler pour les rites funéraires a "effacé" les étapes essentielles au processus de deuil. Quels conseils donner à ceux et celles qui doivent le vivre ?

La rédaction d'AlloDocteurs
La rédaction d'AlloDocteurs
Rédigé le

Le processus de deuil, qui est propre à chacun, suit différentes étapes. Il démarre du choc initial de l’annonce et chemine dans un réaménagement de la relation à la personne décédée, pour finalement aboutir à une forme de relation apaisée.

Le deuil n’est pas oublier une personne, mais créer quelque chose, un souvenir, une empreinte de l’autre avec laquelle on continue de vivre. 

Autour du décès, il y a des étapes : 

  • Voir le corps après le décès.
  • Participer à l’organisation des funérailles.
  • Respecter les dernières volontés d’une personne qu’on aime... Tous ces moments sont des points de repère pour le psychisme. 

Durant cette épidémie, tout cela a été chamboulé. Le risque d’infection, les conditions dans lesquelles les personnes vivaient, leurs derniers instants n’ont pas toujours permis de visite et cela a été difficile à vivre pour tout le monde. Le risque d’infection ne disparaissant pas avec le décès, il a fallu respecter des précautions et rester à distance.  

Trouver d'autres façons de faire son deuil 

Le numérique, internet, les tablettes, les photos, tout cela s’est révélé bien utile dans cet accompagnement. Les équipes d’Ehpad ont pu aider des familles à maintenir des liens grâce à cela. Dans l’accompagnement des derniers moments, ça n'a pas remplacé mais aidé à surmonter cette douleur. 

Les réseaux sociaux ont pu servir à échanger, rendre hommage à une personne sur un mur consultable par tous les proches par exemple. 

Dans une certaine mesure, il a fallu se montrer créatifs dans ces circonstances, mais le deuil n’est pas forcément associé à de la créativité à priori. 

Comment faire son deuil sans​ "rituel" ?

Le risque c’est que le processus de deuil, ce chemin qui doit être fait, ne commence pas, ou que certaines étapes deviennent difficiles ou impossibles à passer, en vivant l’événement comme un traumatisme par exemple. Les signes à repérer dans ce cas-là, ce seront des cauchemars récurrents, des difficultés importantes de sommeil.  

Même sans vécu traumatique, tout ce qui vient freiner ou gêner ce processus peut nous amener à vivre très, trop longtemps avec une tristesse envahissante. Être triste quand on est en deuil, c’est tout à fait normal. La question va être celle de la durée, et même si on en fixe pas une, l’important est l’impact sur la vie sociale, familiale, affective et professionnelles. Un deuil pathologique, c’est avant tout un deuil dont la durée rend la vie d'après trop difficile.  

On sait qu’un deuil impacte, mais quand il est compliqué, comme c'est le cas avec le Covid, cet impact peut vraiment devenir problématique. 

Le travail de mobilisation des associations, des collectifs de psychologues 

Le deuil isole, alors se mobiliser pour proposer un accompagnement et éviter cela est important.
La Fédération Vivre son Deuil, l’association Empreintes, ont fait un gros travail. La mobilisation pour lutter contre l’isolement, les élans de solidarité face au confinement ont été très encourageants. 

L’enjeu de cet accompagnement est de pallier un peu ces manques, d’aider à encaisser des moments qui ont été violents, en proposant une écoute particulière, non jugeante, avec l’idée que les professionnels ou les bénévoles formés sont susceptibles de tout entendre. On se censure moins qu’avec des proches, cela permet, même par téléphone, d’être deux, et de penser ensemble ce qui se passe. 

Conseils pour aider une personne endeuillée

Il y a le travail remarquable fait par les associations mais chacun d’entre nous peut aussi aider un ami, un proche...

  • Respecter le rythme de chacun, ne pas en préjuger.
  • Accompagner c’est aussi présenter ses condoléances, trouver un moyen de partager des peines sur la personne disparue, entendre ce que l’autre vit, sans forcément le rationnaliser. La culpabilité est très présente, quand un parent décède en Ehpad par exemple, quand soi-même on a survécu à la même maladie, l’idée qu’on aurait pu faire autrement peut être très envahissante. On peut ne pas être d’accord, mais c’est aussi une étape du processus de deuil, et ça peut être important que ce soit entendu, au même titre que l’affection portée au défunt. Cela fait partie du lien et de sa force.
  • Orienter la personne concernée vers une association ou la mettre à disposition pour cette personne si on la sent en difficulté avec un deuil.