Ch@t : Journée sans tabac

Ch@t du 31 mai 2011 : Les réponses des docteurs Patrick Dupont et Françoise Bouvier, tabacologues.

La rédaction d'Allo Docteurs

Par La rédaction d'Allo Docteurs

Rédigé le

Les réponses du Dr Patrick Dupont, tabacologue

Si vous avez été dépendant physique du tabac, il est malheureusement impossible de devenir un fumeur occasionnel. Si vous êtes déjà un fumeur occasionnel, nous pouvons vous encourager à le rester, à défaut d'arrêter. 

L'irritabilité, la nervosité à l'arrêt du tabac peuvent être secondaires soit au manque de nicotine soit à l'habitude de gérer vos émotions avec la cigarette (soit les deux !). Dans le premier cas, un traitement de la dépendance physique est nécessaire (les substituts nicotiniques bien dosés seront efficaces pour vous). Dans le second cas, il faut apprendre à gérer vos émotions autrement qu'avec la cigarette. Les consultations de tabacologie peuvent alors vous apporter l'aide nécessaire.

La transpiration n'est pas un effet direct de l'acte de fumer ni même de la nicotine, peut-être par action de celle-ci sur certaines hormones, mais c'est peu probable. Quant au stress, cette hypothèse me semble intéressante ; votre transpiration débute-t-elle avant le début de la cigarette ? Sinon, parlez-en à votre médecin afin de comprendre ce mécanisme qui n'est pas habituel.

Pour moi, la réponse est oui. C'est possible en vous posant les bonnes questions : pourquoi je fume cette cigarette ? Qu'est-ce qu'elle m'apporte (ou est censée m'apporter) ? Par quoi, je peux la remplacer ? Si vous ne trouvez pas, alors vous pouvez bénéficier de l'aide d'un tabacologue. Maintenant n'oublions pas que s'il s'agit d'un "gros" fumeur, une dépendance physique risque d'être présente, et un traitement de celle-ci peut être nécessaire (pas toujours, là non plus).

Non, s'il est vraiment occasionnel (une cigarette de temps en temps). S'il s'agit d'une consommation de plusieurs cigarettes par jour pendant quelques jours, puis arrêt, puis reprise... les risques sont les mêmes, mais moins fréquents.   

Pour vous aider, il faut reprendre avec vous le "déroulé" de chacune de vos tentatives (timbres, Champix®, laser...) afin de comprendre pourquoi cela "n'a pas marché". La majorité de ces aides sont des traitements de la dépendance physique nécessaire, mais une prise en charge plus globale en particulier de vos habitudes et de votre éventuelle (mais fréquente !) dépendance psychique et comportementale est nécessaire. Appelez Tabac Info Service au 39 89 pour vous aider et trouver l'adresse d'un tabacologue proche de chez vous.

Ce n'est pas la nicotine qui est le produit le plus dangereux du tabac. Ce ne sont pas les additifs non plus ! La fumée de tabac contient 4 800 molécules dangereuses en elles-mêmes. La nicotine est addictive. Et comme elle est comprise dans la plante de tabac, toutes les cigarettes sont autant addictives les unes que les autres. L'importance de la dépendance physique tient après au fumeur lui-même.

Plusieurs hypothèses : manque de nicotine (les Nicorette® peuvent ne pas donner la dose dont vous avez besoin), manque comportemental ou psychologique. Appelez Tabac Info Service au 39 89 pour en savoir plus.  

50 euros en ayant une ordonnance (substituts nicotiniques) de votre médecin et une facture de votre pharmacien à envoyer à votre caisse d'Assurance-maladie.

Il faut voir, si vous avez besoin de ce type de traitement, si la réponse est oui, comprendre pourquoi vous les supportez mal (tous les timbres par exemple ?) et nous pouvons trouver des parades. Voyez votre médecin ou tabacologue.

La chicha est dangereuse. Le mieux est de ne pas fumer du tout. Qu'en pensez-vous ?

Non, si on les utilise en respectant les recommandations en particulier de doses et de durée. 

Oui, deux fois plus de problèmes de cicatrisations chez les fumeurs que chez les non-fumeurs. 

Non, les bénéfices des six mois d'arrêt ne seront pas tous annulés, heureusement. Et il sera peut-être moins difficile d'arrêter de nouveau car vous avez appris des choses pendant cette expérience. Bravo de votre démarche.

Il y a une très bonne consultation à Bichat.

Oui c'est probable, l'inhalation d'un gaz : le monoxyde de carbone, a pour effet de désaturer partiellement le sang en oxygène, et cause ou aggrave la fatigue. Peut-être avez-vous d'autres raisons d'être fatigué ?

J'ai dit que c'était un mauvais antidépresseur. C'est surtout un anti-stress. Mais dans votre cas, peut-on être sûr que c'est l'action de la nicotine qui vous a aidé, où l'idée que vous aviez une aide ? En tout cas, bravo pour votre embauche. Attention la nicotine est un poison violent, que le non-fumeur peut très mal tolérer. 

Les réponses du Dr Françoise Bouvier, tabacologue

L'inhalation de la fumée est délétère pendant la grossesse, pour la maman et le fœtus, que ce soit par la fumée du tabac ou celle du cannabis, et que ce soit par inhalation active (maman fumeuse) ou passive (maman exposée au tabagisme de son entourage). Les risques sont : fausse couche, accouchement prématuré, grossesse extra-utérine, et retard de croissance avec diminution du poids de naissance pour le bébé. Il y a aussi un plus grand risque de mort subite du nourrisson. Ces effets disparaissent si on arrête de fumer avant la fin du premier trimestre de grossesse.

Selon le niveau de dépendance, le plus "dur" peut durer quelques semaines à quelques mois (la plupart du temps cela va de mieux en mieux au cours des trois premiers mois), mais il ne faut pas perdre de vue que d'une part, la dépendance psychologique existe et qu'il faut réaménager ses habitudes, ses réponses aux moments d'émotions (stress par exemple) et d'autre part que si les choses sont difficiles, l'aide de votre médecin par exemple peut être nécessaire pour passer le cap.

La première chose est "est-il motivé à arrêter ?". Personne ne peut le forcer surtout pas un médicament, l'arrêt du tabac est un projet personnel. Si oui, je lui conseille de faire le point sur ses dépendances avec son médecin, ou un tabacologue de Tabac Info Service pour trouver les solutions les plus adaptées à sa situation : en effet les dépendances physique et comportementale se traitent en parallèle et par des moyens différents.

Si vous trouvez le traitement efficace et n'avez pas de problèmes de santé particulier avec ce médicament, vous pouvez le continuer à condition de bien vous faire suivre (et surveiller) par le médecin qui vous l'a prescrit. N'hésitez pas à le reconsulter en cours de cure pour en reparler, notamment si vous vous trouvez moins bon moral, ou si des signes nouveaux apparaissent.

La cigarette du matin répond souvent au manque physique de nicotine après une nuit passée à ne pas fumer. Même si vous fumez depuis 5 ans, vous pouvez déjà être dépendant. La solution n'est pas "toute faite", il faudrait aussi réfléchir à vos habitudes, vos rituels. Dans un premier temps, avez-vous essayé de prendre gommes ou comprimés à la nicotine pour calmer le besoin, un comprimé ou une gomme remplaçant une cigarette en général ? Si vous ne trouvez pas cela assez efficace, le mieux est de vous faire aider.

En tout cas, bravo de réussir depuis si longtemps ! Avez-vous toujours envie tous les jours ? Ou seulement quelques fois dans le mois et seulement dans certaines situations ? Les envies d'origine psychologique, les rappels des habitudes persistent souvent mais pas au quotidien et de façon plutôt "flash". Si vous tenez bien ainsi, c'est que vous avez trouvé les ressources pour faire face, je ne doute pas de vos capacités à continuer, mais vous avez raison de rester vigilante. Pour ne pas craquer, repensez aux bénéfices et aux satisfactions que vous apporte cet arrêt.

Il n'y a pas d'études démontrant l'efficacité du laser sur la dépendance, et d'après notre expérience cela ne marche pas. S'il n'arrive pas à arrêter, c'est certainement qu'il est dépendant et la BPCO est une maladie directement reliée à l'usage du tabac dans la majorité des cas. Je lui conseille vraiment d'envisager un traitement validé efficace afin de stabiliser la BPCO, qu'il en parle au(x) médecin(s) qui s'occupe(nt) de lui.

Tous les substituts nicotiniques sont reconnus efficaces, sous n'importe quelle forme : patch, comprimés, gommes, inhaleur.

Soit votre médecin qui vous connait et peut allier les compétences dans les deux domaines, soit un tabacologue en lui demandant des conseils spécialisés ou travail en commun avec un collègue qui s'occupe plus spécifiquement de nutrition.

C'est la forme qui revient ! Pour le reste : je ne peux pas vous aider plus.

Il est possible que votre dépendance physique soit plus accentuée que lors de votre premier arrêt ! Mais aussi on sent bien qu'il y a beaucoup d'habitudes et de rituels. Il faudrait casser ces habitudes et repérer comment y résister. Si ce n'est pas possible, probablement vous avez besoin d'un traitement. Par ailleurs je remarque que souhaitez arrêter et probablement vos réussites précédentes vous y encouragent. Pourquoi ne pas faire le point sur ces différentes dépendances et trouver les outils les plus appropriés ? Il n'y a pas de réponse toute faite et chaque fumeur a des besoins qu'il faut cerner, et des stratégies qu'il peut développer.

Quand on cesse de fumer le système d'élimination pulmonaire se remet à fonctionner, d'où l'évacuation de ces glaires. Ce n'est pas inquiétant du tout, c'est même un signe de récupération (même si tous les fumeurs ne l'ont pas). Pour le chatouillis, je ne vois pas le rapport, il vaut mieux en parler à votre médecin.

Même si vous n'avez pas la sensation d'avaler la fumée, il est très fréquent qu'elle passe quand même dans les bronches, au moins en partie (la fumée, c'est "bête", ça ne s'arrête pas tout seul dans la bouche). Il existe un appareil en consultation de tabacologie qui permet de le voir en moins d'une minute. Dans le cas d'un fumeur qui n'inhale pas, de toute façon, les produits de la fumée sont toxiques, même dans la bouche, il y a des risques locaux.

Les substituts nicotiniques sont tous validés utilisables dans le cas de la grossesse, mais la forme utilisée et la dose doivent être définies ; vous pourriez envisager de les prendre, mais le mieux est de vous faire accompagner par votre médecin, ou gynécologue pour qu'il vous conseille au mieux. S'ils n'en ont pas l'habitude, demandez à un tabacologue. En tout cas, c'est super d'avoir pensé à arrêter, courage !

Quand vous le sentez ! C'est l'idéal car on est porté par le projet... Sinon, choisissez une date symbolique (anniversaire par exemple) ou un moment facilitateur : vacances, ou au contraire, travail... Tout dépend de vous.

En fait c'est l'arrêt du tabac qui provoque ces ennuis chez les personnes atteintes de la maladie de Behçet, mais pas tous ! Les substituts nicotiniques sont tout à fait utilisables. L'idéal étant de les diminuer de façon très progressive. Cela dit, le mieux est quand même de vous faire accompagner par une personne habituée à ce type de problème. Il y a d'autres solutions que d'utiliser le tabac, qui est hautement toxique par ailleurs !

Quand on a ce genre de problème, c'est dans l'immense majorité des cas que la personne est dépendante du tabac et elle craque facilement car c'est douloureux de résister ! La volonté n'est pas du tout en cause et merci de l'encourager car il a vraiment l'air de vouloir arrêter. Plutôt que de le laisser se débattre seul avec ces difficultés, pourquoi ne se fait-il pas aider avec un traitement ? Ceci lui permettrait de vivre son sevrage avec un minimum de confort et du coup pouvoir réfléchir et travailler sereinement sur ses habitudes. Continuez le travail d'équipe, en élargissant l'aide apportée avec un professionnel, par exemple votre médecin.

Il y a deux possibilités et parfois elle coexistent : vous êtes dépendante du geste (mâcher, prendre quelque chose qui a remplacé la cigarette) ou vous n'avez pas tout à fait éteint la dépendance à la nicotine que vous aviez développée avec les cigarettes. Si vous avez ce dernier problème, on arrive en général à en sortir avec l'arrêt complet des gommes et la pose d'un patch (puis une nouvelle "étape dégressive" en diminuant progressivement la dose du patch). La difficulté est de trouver la dose qui permettra de démarrer, et là je vous conseille de vous faire aider. Puis il faut aussi travailler sur la séparation du geste, avoir des gestes alternatifs en n'ayant plus du tout de gommes sous la main !

La situation est difficile pour vous et en même temps quelle réussite pendant vos grossesses et aussi l'allaitement ! Et on voit bien que vous refusez de vous faire mener par ces envies insidieuses... Avez-vous réfléchi à tout ce que vous a apporté ces arrêts ? Et à votre enfant ? Essayez de changer vos idées quand l'envie est là : image mentale agréable, bouger, s'étirer, respirer profondément, faire des photos de votre bébé, tourner le regard ailleurs quand vous voyez des fumeurs, etc. Si vraiment vous n'en sortez pas, faites-vous aider.

Il a prouvé plus d'efficacité que le placebo, donc oui. Mais il ne vous aidera pas à travailler sur le changement de vos habitudes, de vos rituels, gestuelles, et là vous êtes actif : repérer ce qui se passe en vous, trouver des solutions autres, et voir un peu en détail pourquoi vous êtes motivé et content de votre arrêt. Après tout, vous méritez bien un peu d'attention, non ? Et les médicaments ne font pas tout, même si leur aide est parfois indispensable.

C'est tout à fait possible. Si vous arrêtez sans symptômes désagréables du type : changement d'humeur, irritabilité, troubles du sommeil ou de l'appétit, prise de poids rapide, troubles de concentration, pensées obsessionnelles ou pulsions à fumer... c'est qu'a priori vous n'êtes pas en manque, et que le travail sur les comportements suffit.

Là je pense qu'il faut vous faire aider par un professionnel (votre médecin peut le faire ou vous orienter). Deux remarques : l'arrêt du tabac est acquis, vous pouvez rester vigilant mais le plus dur est fait, bravo ! Ensuite, il est raisonnable de concevoir ce travail sur le poids comme une deuxième étape, à réaliser dans le temps c'est-à-dire dans les mois qui viennent, tranquillement.

Tout centre de tabacologie ou d'addictologie vous donnera les moyens pour cela. L'acupuncture et l'hypnose n'ont pas prouvé d'efficacité pour l'arrêt de tabac, mais je crois que le plus important est effectivement de faire le point pour savoir de quoi vous avez besoin pour mener à bien votre projet d'arrêt. L'annuaire des consultations de tabacologie est sur le site de l'Office Français de prévention du Tabagisme (OFT) et sur appel téléphonique, Tabac Info Service (39 89) peut vous donner les adresses dans votre région.

Ce qui influe le plus pour le risque de maladie est la durée pendant laquelle on s'expose au tabac dans sa vie (plus que le nombre de cigarettes, même si cela compte, bien sûr !). Un tabagisme entre une et 4 cigarettes par jour a été étudié et les risques pour la santé existent. Il n'y a pas de seuil en dessous duquel le tabac n'est pas dangereux.

Il est clair que le mieux est d'allaiter le bébé ! Mais surtout ne pas fumer en sa présence, et le mieux est d'arrêter complètement. Si vous ne pouvez pas du tout éviter de fumer, il est préférable de le faire loin de lui, en dehors du logement si possible (mais ne pas le laisser seul chez vous quand même...). Et plutôt après la tétée, car effectivement au bout de deux heures il y a beaucoup moins de nicotine dans le lait. Et pourquoi ne pas envisager de remplacer les cigarettes par des gommes ou des comprimés nicotiniques, ou encore l'inhaleur ? A utiliser aussi juste après la tétée, ou au moins deux heures avant.

Beaucoup de personnes paniquent à l'idée d'arrêter, ou en pensant qu'il n'y aura plus jamais de cigarettes. Pourquoi ne pas envisager alors d'arrêter progressivement, en plusieurs étapes de diminution ? Mais alors il est mieux de l'envisager en remplaçant les cigarettes au coup par coup par une gomme ou un comprimé pour calmer le manque, sinon on risque d'inhaler plus les cigarettes qui restent et du coup de garder tous les aspects toxiques du tabac. On peut ainsi s'habituer en douceur aux changements et prendre confiance en soi et dans les traitements disponibles.

Là c'est un vrai souci, et on voit bien que vous faites tout pour reperdre. L'idéal serait de vous faire aider au long cours par un professionnel expérimenté : avez-vous fait un bilan dans ce sens ?

Cela ressemble à des manifestations d'anxiété qui sont fréquentes lors du manque nicotinique. Si c'est le cas, les patchs peuvent être efficaces, demandez quand même au moins à votre pharmacien de vous aider à trouver la bonne dose pour vous. En cas de symptômes nouveaux ou d'inefficacité, faites-vous aider par votre médecin ou un tabacologue.

En savoir plus

Selon l'Organisation mondiale de la santé, le tabagisme est la première cause évitable de mortalité. Cette année encore, plus de 5 millions de personnes mourront des suites d'un infarctus, d'un accident vasculaire cérébral, d'un cancer, d'une pneumopathie ou d'une autre maladie liée au tabac. Plus de 600 000 décès dont plus d'un quart chez des enfants sont imputables au tabagisme passif. Le nombre annuel des décès dus à l'épidémie mondiale de tabagisme pourrait atteindre 8 millions d'ici à 2030. Le tabac, qui a fait 100 millions de morts au XXe siècle, pourrait en faire un milliard au XXIe siècle.

En savoir plus 

Sur Allodocteurs.fr

Dossiers :

Questions/réponses :

Dans le forum :

Ailleurs sur le web