Ce qui se passe dans le corps quand on mélange cocaïne et alcool

L'alcool et la cocaïne sont bien connus pour leurs effets respectifs sur la santé. Mais qu'en est-il lorsqu'ils sont consommés ensemble ? On fait le point.

Abderrahim Bittame

Par Abderrahim Bittame

Rédigé le

INCARNE_GENERALISTE_Addictions

Allo Docteurs - Newen Digital

Près de 90 %. C'est la proportion d'usagers qui sont polyconsommateurs de drogue en soirée techno, selon une enquête de terrain menée dans le cadre d'une thèse publiée en 2023. Une donnée qui n'est pas si surprenante au regard du contexte des soirées bien arrosées. Car oui, une personne sous l'empire de l'alcool par exemple aura davantage tendance à consommer d'autres drogues et à adopter des consommations à risque, sa vigilance étant réduite. 

Cocaïne + alcool = cocaéthylène

Mais si cette pratique est répandue, elle n'en est pas moins dangereuse. Car les conséquences sur le corps ne se limitent pas à une addition des effets respectifs de chaque substance. Ils peuvent en effet se multiplier et exposer le consommateur à des risques plus importants.

En cause, principalement : le cocaéthylène, une molécule aux effets dangereux, fabriquée par le foie lorsque cocaïne et alcool sont consommés simultanément. Cette molécule n'est pas fabriquée lorsque la cocaïne ou l'alcool sont consommés seuls. 

Lésions, arrêt cardiaque et risque de mort subite multiplié par 25

Selon une méta-analyse publiée en 2024 dans la revueJournal of Clinical Medecine.  la présence de ce composé est associée à des lésions du muscle cardiaque et des arrêts cardiaques. Il agirait en effet sur les canaux sodiques, des protéines responsables de la régulation de l'activité électrique du cœur. En d'autres termes, ce sont eux qui permettent aux cellules du cœur de se contracter de façon coordonnée. En inhibant ces canaux, le cocaéthylène perturbe complètement les battements du cœur, ce qui peut entraîner une tachycardie, et d'autres troubles cardiaques pouvant être fatals. 

En résumé, selon cette étude, l'alcool potentialise certains effets cardiovasculaires de la cocaïne et le mélange est associé à une mortalité plus élevée. En effet, "la présence de cocaéthylène (....) multiplie par 18 à 25 fois le risque de mort subite par rapport à une consommation de cocaïne seule" écrivent les auteurs. 

Une euphorie accentuée qui pousse à la consommation

Ce cocktail explosif a par ailleurs des implications d'ordre psychologique et comportementale. En effet, selon une étude publiée en 1998 dans la revue Biological Psychiatry, l'état d'euphorie et le sentiment de bien-être sont clairement accentués et prolongés en cas de polyconsommation. 

Ici aussi, le coupable serait le cocaéthylène, qui met plus de temps à être éliminé du corps que la cocaïne seule. Les auteurs émettent ainsi l'hypothèse qu'il pourrait être à l'origine de cet effet, sans pour autant en avoir la preuve. Ce qui est en revanche admis, c'est que cette intensification de l'euphorie pousse à répéter la consommation et favorise les comportements à risque comme la prise de doses plus importantes et/ou plus fréquentes.

Un effet sur la mémoire ?

Dans le cas d'une addiction combinée aux deux substances, des conséquences pourraient aussi apparaître sur le cerveau. En effet, selon une méta-analyse publiée dans la revue Drug Alcohol Depend, les consommateurs de cocaïne et alcool combinés présenteraient des performances cognitives altérées. Ils auraient par exemple davantage de difficultés d'apprentissage, et des troubles sur certaines formes de mémoire comme la mémoire dite auditive et verbale qui permet au cerveau de capter, traiter et stocker des informations auditives.

Si vous vous posez des questions sur votre consommation d'alcool et/ou de cocaïne et que vous êtes inquiet des risques sur votre santé, n'hésitez pas à en discuter avec des professionnels. Il existe en effet différentes structures pour vous informer et vous accompagner :

  • Drogues Info Service : 0 800 23 13 13 (gratuit, 24h/24, 7j/7).
  • Fil Santé Jeunes : 3114 ou 0 800 235 236 si vous avez moins de 25 ans.
  • Les centres d'addictologie d'Addictions France.