Les agriculteurs français pourront écouler leurs stocks de Basta F1 jusqu'en juillet 2018.
Les agriculteurs français pourront écouler leurs stocks de Basta F1 jusqu'en juillet 2018. Photo © Sauletas - Fotolia

Les herbicides à base de glufosinate seront bientôt retirés du marché

L’Anses estime que les risques pour la santé humaine liés à l’exposition au glufosinate, principal composant du Basta F1, ne peuvent être exclus. Elle a donc décidé du retrait de l’autorisation de mise sur le marché de cet herbicide.

La rédaction d'AlloDocteurs
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Rédigé le , mis à jour le

Alors que l’avenir du glyphosate est toujours en suspens, son cousin, le glufosinate, devrait disparaître du marché français en 2018. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a annoncé jeudi le retrait de l'autorisation de mise sur le marché en France de l'herbicide Basta F1 de Bayer. L'Agence estime en effet que "les risques pour la santé humaine liés à l’exposition au glufosinate, une substance classée reprotoxique présumée, ne peuvent être exclus pour la santé des agriculteurs l'utilisant". Ils peuvent aussi concerner, poursuit l'agence, "les personnes susceptibles de se trouver dans un espace où ce produit est ou a été appliqué, et des enfants habitant ou fréquentant une institution (école ndlr) à proximité des espaces traités." De quoi inquiéter les familles résidant au bord des exploitations où cette substance qui pourrait altérer la fertilité ou le développement du foetus est employée.

Cet herbicide est généralement pulvérisé sur les vignes, vergers, légumes et pommes de terre. Selon Bayer, il est peu utilisé en Europe. En France, il génère des ventes annuelles de 8 millions d'euros.

Les stocks de Basta F1, "le seul produit phytopharmaceutique à base de glufosinate-ammonium autorisé en France", pourront encore être écoulés pendant trois mois par les distributeurs et utilisés pendant neuf mois supplémentaires par les agriculteurs, à partir de la date de la décision prise le 24 octobre, a précisé l’Anses. Le retrait concerne également neuf licences d'importation de produits contenant du glufosinate-ammonium, ce qui signifiera à terme "la disparition de tous les produits phytopharmaceutiques" à base de cette substance du marché français.

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Bayer s'est dit "surpris" de cette décision, affirmant que l'Anses n'avait pas pris en considération "les dernières données disponibles sur le Basta F1, ce qui l’a conduit à surestimer de 300 à 1.000 fois le risque pour la santé humaine". "Nous regrettons la décision de l’Anses qui prive l'agriculture d'une solution de désherbage reconnue utile, voire indispensable par certaines filières, alors même que des études démontrent la sécurité de l’utilisation du produit pour la santé lorsque les conditions d’utilisation sont respectées", a commenté Frank Garnier, président de Bayer France. Celui-ci a affirmé que la sécurité et la santé des agriculteurs et des consommateurs étaient "au coeur" des préoccupations de l'entreprise.

Débat en Europe autour du glyphosate

L'allemand Bayer a annoncé en octobre la session pour près de 6 milliards d'euros de certaines activités agrochimiques, dont celles dans le glufosinate-ammonium, à son compatriote BASF, pour anticiper sur les décisions des autorités de la concurrence avant sa fusion avec l'américain Monsanto.

La décision de l'Anses intervient alors que le débat fait rage en France et en Europe sur la potentielle dangerosité d'un autre herbicide, le glyphosate, principe actif du Roundup de Monsanto. La Commission européenne a d’ailleurs proposé vendredi que la licence de ce produit phytosanitaire soit renouvelée pour cinq ans, une durée revue à la baisse après le refus de voter de la part des Etats membres dans la semaine. La décision devrait être prise le 9 novembre.

Depuis le 1er juillet 2015, l'Anses a procédé pour des raisons de sécurité sanitaires au retrait de 147 autorisations de mise sur le marché de produits contenant certaines substances actives, dont 126 produits à base de glyphosate associé à la tallowamine en juin 2016.

Avec AFP