Certains édulcorants favorisent-ils le diabète ?

La consommation de certains édulcorants peut engendrer une modification de la flore intestinale, selon des travaux israéliens publiés ce 18 septembre, dans la revue Nature. Conséquence inattendue : remplacer le glucose par de la saccharine pourrait entraîner, chez certains sujets, une élévation du taux de glucose métabolisé par l'organisme - et donc de la glycémie...

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Certains édulcorants favorisent-ils le diabète ?
Certains édulcorants favorisent-ils le diabète ?

La plupart des édulcorants artificiels que nous ingérons traversent notre système digestif sans être dégradés. Ainsi, c'est intacts qu'ils rencontrent les bactéries qui composent notre flore intestinale.

La saccharine est un édulcorant artificiel découvert en 1879 par Constantin Fahlberg. Des études de toxicité réalisées dans les années 1960 et 1970 ont généré une vive controverse sur son caractère cancérigène à fortes doses. Ce débat a conduit à une réduction radicale des seuils autorisés dans l'alimentation.

Plusieurs études(1) ayant déjà mis en lumière le rôle de perturbations de la flore intestinale dans diverses pathologies métaboliques (diabète, obésité…), des chercheurs de l'Institut Weizmann (Israël) ont cherché à étudier les effets de substituts courants au glucose sur ces bactéries.

Après avoir astreint des souris à différents régimes enrichis en édulcorants (aspartame, saccharine ou sucralose) ou restreints au seul glucose, les chercheurs ont réalimenté les souris de façon habituelle.

Faux sucre, faux ami ?

De façon surprenante, les souris sous édulcorants présentaient une glycémie à jeun élevée, située bien au dessus des seuils normaux. Les souris avaient développé une "intolérance au glucose", c'est-à-dire que ce sucre était insuffisamment dégradé, se retrouvant en taux importants dans le sang. Les résultats les plus flagrants ont été obtenus avec la saccharine, administrée à fortes doses.

Un traitement antibiotique a permis de rétablir les fonctions métaboliques normales des souris.

Les chercheurs ont ensuite transplanté les selles des rongeurs devenus intolérants au glucose, suite à la consommation de saccharine, dans l'estomac de souris saines. Ces dernières sont également devenues intolérantes au glucose.

Des effets similaires chez l'homme ?

Dans une dernière phase de l'étude, les chercheurs israéliens ont soumis cinq hommes et deux femmes volontaires, non consommateurs de saccharine, à un régime riche en saccharine. Quatre d'entre eux ont présenté, au bout du cinquième jour de l'étude, des taux de glycémie à jeun situés au dessus des seuils normaux, et au dessous des seuils définissant le diabète (stade "prédiabétique").

Si les résultats de ces recherches étaient confirmés par d'autres laboratoires, il resterait à déterminer pourquoi la flore intestinale de certains sujets est particulièrement influencée par tel ou tel édulcorant. Une "prédisposition intestinale" au diabète pourrait ainsi être identifiée à des fins de prévention.

Ces travaux suggèrent aussi la possibilité d'élaborer des traitements antibiotiques ciblés pour aider certains patients à maîtriser leur glycémie.

Source : Artificial sweeteners induce glucose intolerance by altering the gut microbiota. E. Elinav et coll. Nature, 17 sept. 2014. doi:10.1038/nature13793

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(1) Notamment : Turnbaugh, P.J.et coll. Anobesity-associated gut microbiome with increased capacity for energy harvest. Nature 444, 1027–1031 (2006) ; Ley,R.E. et coll. Microbialecology: human gut microbes associated with obesity. Nature 444, 1022–1023 (2006) ;  Qin, J. et coll. A meta genome-wide association study of gut microbiota in type 2 diabetes. Nature 490, 55–60 (2012) ; Henao-Mejia J. et coll. Inflammasome-mediated dysbiosis regulates progression of NAFLD and obesity. Nature 482, 179–185 (2012).

En savoir plus sur les édulcorants :

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