Bientôt un anticancéreux pour traiter la DMLA ?

Permettre aux médecins de prescrire un traitement moins onéreux pour soigner la DMLA, une maladie de l'œil. Tel est le souhait du ministère de la Santé qui a confirmé avoir transmis au Conseil d'Etat un décret, autorisant, à terme, les médecins à utiliser l'anticancéreux Avastin®, vingt fois moins coûteux que le traitement de référence.

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Bientôt un anticancéreux pour traiter la DMLA ?
Bientôt un anticancéreux pour traiter la DMLA ?

Le Lucentis®, commercialisé par la firme suisse Novartis, est le traitement de référence pour traiter la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge), une maladie dégénérative de l'œil qui affecte le centre de la rétine et entraîne une perte des capacités visuelles. Mais ce médicament creuse le déficit de l'Assurance maladie. En 2012, il a coûté 389 millions d'euros. Le coût d'une seule injection de ce médicament, intégralement remboursé, pouvant atteindre 900 euros.

Pourtant, un autre traitement, tout aussi efficace et bien moins cher, existe sur le marché. Il s'agit de l'anticancéreux Avastin®, commercialisé par le laboratoire Roche. Ce médicament présente une véritable aubaine en matière d'économie pour le ministère de la Santé. Le coût de l'injection d'Avastin® se situe, en effet, entre 30 et 50 euros. Pourquoi n'est-il donc pas prescrit en France pour traiter la DMLA ?

Pas d'AMM, pas de prescription !

L'anticancéreux n'a pas son sésame pour soigner la DMLA, la fameuse autorisation de mise sur le marché (AMM). En France, l'Avastin® est autorisé en cancérologie comme antiangiogènique, il empêche la formation de vaisseaux sanguins qui irriguent les tumeurs. Les premiers travaux établis, fin juillet 2012, montrent l'intérêt de l'Avastin® pour le traitement de la DMLA.

"Six études internationales démontrent que l'Avastin® et le Lucentis® sont équivalents sur le plan thérapeutique et qu'il n'y a pas d'écarts significatifs sur les effets indésirables", explique François Chast, chef de service pharmacie à l'Hôpital Cochin et Hôtel-Dieu, à Paris. Mais, la Direction générale de la santé (DGS) a demandé aux agences régionales de santé (ARS) d'interdire formellement son usage dans ce contexte. Une décision qui a déclenché les foudres de nombreux ophtalmologistes et économistes.

L'espoir de plus de 200 millions d'économie à la Sécu

De plus, le groupe Roche n'entame aucune démarche pour demander une extension de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour la DMLA, malgré les nombreuses discussions avec le ministère de la Santé. Le dossier aurait pu s'arrêté là. Mais, c'était sans compter sur le vote d'un texte au Parlement, en décembre 2012, mentionné dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2013. Il précise "les conditions dans lesquelles l'Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) et la Haute autorité de santé (HAS) pourront autoriser l'utilisation de certains médicaments dans le cadre de RTU (recommandations temporaires d'utilisation) pour motif économique". Une procédure qui permettra à l'Ansm d'autoriser les prescriptions de l'Avastin® pour motifs économiques. Cette opération donnerait lieu à une économie annuelle de plus de 200 millions d'euros à la Sécurité sociale.

Le frein des enjeux financiers

Ce sont surtout de grands enjeux financiers qui se cachent derrière cette polémique. Initialement, c'est une filiale de Roche, Genenech, qui a vendu le Lucentis® à Novartis et bénéficie d'importantes royalties. Novartis reverse alors une commission monétaire à Roche. Un confort financier pour le laboratoire qui pourrait se voir contraint par la décision de l'Agence nationale du médicament.

En France, le ministère de la Santé précise avoir "adressé fin 2012 un courrier" au ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, dans l'objectif que l'Autorité de la concurrence enquête sur une éventuelle entente entre Roche et Novartis. Une enquête est actuellement en cours, a-t-on indiqué au ministère de la Santé.

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