De la réalité virtuelle pour lutter contre les violences conjugales

Le Ministère de la Justice a annoncé le lancement d’une expérimentation inédite : des hommes auteurs de violences conjugales vont tester la réalité virtuelle pour tenter de se mettre à la place de leurs victimes.

Adélie Floch
Rédigé le , mis à jour le

L'objectif de cette expérience est de faire baisser la récidive de violence chez les agresseurs. Ce dispositif a beaucoup fait réagir, notamment du côté des victimes qui y voient un "coup de com", bien loin des priorités.  

Le film est une plongée au cœur des violences conjugales. Immersif et tourné à 360°, il a été réalisé par une entreprise pour un public bien particulier d'hommes violents, incarcérés pour avoir agressé leur conjointe.  

Susciter de l'empathie

L'histoire se déroule sur 12 min, il est successivement pris la place de l’auteur, de la victime puis de l’enfant. Le but de cette expérience est d’utiliser le casque pour pouvoir se mettre à la place de l’autre.

Pour cette psychiatre, associée à l’élaboration du film, l’enjeu est de créer l’empathie chez la trentaine d’agresseurs, sélectionnés pour participer à ce projet.  

"On peut penser qu’ils pourront se mettre à la place de, ressentir ce que l’autre ressent. Ils vont peut-être mieux percevoir ce que vit la victime, en se voyant eux. Jusque là, ils sont tellement aveugles qu’ils ne voient rien, ils vont être forcés de voir, d’entendre et de ressentir. Ça peut être bouleversant et on peut espérer le fameux déclic qui permettra l’ouverture de la parole et l’ouverture à la thérapie" commente le Dr Liliane Daligand, psychiatre.

Un dispositif testé dans 3 villes

L’expérimentation va durer 2 mois, elle est mise en place dans 3 centres pénitentiaires à Meaux, Villepinte et Lyon.
Pour le Ministère de la justice, l’usage de cette technologie s’inscrit dans une stratégie gouvernementale globale. 

"Ce film ne va pas éradiquer d’un coup de baguette magique les violences conjugales, en France. C’est un outil parmi d’autres au même titre que le bracelet antiarapprochement, le téléphone grand danger, pour atteindre un objectif final qui est de faire baisser la récidive en termes de violences conjugales en France", explique Géraud de la Brosse, chargé de projet à la direction de l'administration pénitentiaire.

Un outil qui ne fait pas l'unanimité

Dès son annonce, cette mesure a fait beaucoup réagir, notamment sur Twitter. Les collectifs "Nous Toutes" ou encore "Osez le féminisme" parlent de "gadget". Certains professionnels y voient même un danger.

"C'est à côté de la plaque, ce n'est pas du tout adapté à des agresseurs. Vous mettez une réalité virtuelle à quelqu'un comme ça, justement ça réactive sa mémoire traumatique, ça génère chez cette personne des images et des scènes de violence qu'ils ont au début subies et qu'ils ont ensuite commises. Ça les gène d'avoir toute cette violence dans la tête et il faut qu'ils s'en débarrassent. Et ils s'en débarrassent en exerçant de la violence, c'est un risque de passage à l'acte", explique le Dr Muriel Salmona, psychiatre.

220 000 femmes subiraient des violences conjugales chaque année en France. En 2020, 102 d’entre elles sont décédées.  

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